Les données consolidées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) confirment le poids du continent dans les équilibres forestiers mondiaux. L’Afrique disposait en 2023 de 624,6 millions d’hectares de forêts, soit 15% des surfaces mondiales estimées à près de 4 milliards d’hectares.
Ce patrimoine forestier reste toutefois concentré dans un nombre limité de pays, dominé par la République démocratique du Congo (122,8 millions d’hectares), l’Angola (64,9 millions) et la Tanzanie (44,3 millions) .
Cette concentration géographique s’accompagne de contrastes régionaux marqués. Le Nigéria s’impose comme principal détenteur en Afrique de l’Ouest avec 21,1 millions d’hectares, tandis que le Maroc constitue la référence en Afrique du Nord avec 5,7 millions d’hectares.
À l’opposé, Djibouti ne compte que 6.000 hectares, illustrant des écarts écologiques et économiques significatifs. Le Gabon présente, quant à lui, une singularité avec une couverture forestière dépassant 87% de son territoire selon la FAO .
Une telle distribution n’empêche pas une tendance globale à la réduction des surfaces forestières. La République démocratique du Congo a ainsi perdu plus de 20 millions d’hectares depuis 2000, ce qui traduit une pression continue sur les grands bassins forestiers
Les données de Global Forest Watch (GFW) pour 2025 indiquent un ralentissement relatif de la déforestation mondiale après le pic de 2024, sans modifier la trajectoire de fond. L’Afrique subsaharienne demeure l’un des principaux foyers de perte de forêts primaires .
Cette dynamique s’explique d’abord par le rôle central de l’agriculture dans les économies africaines. La Banque mondiale souligne que ce secteur concentre près de 60% des emplois en Afrique subsaharienne. L’extension des surfaces cultivées, souvent réalisée par défrichement, constitue dès lors le principal moteur de disparition du couvert forestier.
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À cette pression agricole s’ajoute une dépendance énergétique persistante. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 70% des ménages africains recourent au bois ou au charbon de bois pour la cuisson. La forêt devient ainsi une ressource immédiate de subsistance, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
Parallèlement, l’exploitation forestière, souvent informelle, accentue les déséquilibres. La FAO estime qu’une part importante du bois commercialisé échappe aux circuits réglementés, limitant les recettes fiscales et réduisant les marges de manœuvre des États pour financer une gestion durable.
Principaux pays africains par superficie forestière
| Pays | Superficie forestière (millions Ha) | Part estimée |
|---|---|---|
| RDC | 122,8 | 20% |
| Angola | 64,9 | 10% |
| Tanzanie | 44,3 | 7% |
| Nigéria | 21,1 | 3% |
| Maroc | 5,7 | <1% |
| Gabon | 23,0 | 4% |
| Djibouti | 0,006 | marginale |
La déforestation produit des effets immédiats sur les économies africaines. Le premier impact concerne la perte de revenus liés aux ressources forestières. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le secteur forestier génère des millions d’emplois directs et indirects, notamment dans les filières bois, agriculture et produits forestiers non ligneux.
Cette contraction des ressources se répercute sur la productivité agricole. La disparition du couvert forestier altère la fertilité des sols et accentue l’érosion, ce qui réduit les rendements. Ce mécanisme fragilise les systèmes agricoles, alors même que la sécurité alimentaire constitue un enjeu majeur à l’échelle continentale.
Les finances publiques subissent également des effets indirects. La dégradation des écosystèmes réduit les opportunités économiques futures, notamment dans le tourisme écologique et les marchés du carbone. La Banque mondiale souligne que l’Afrique capte encore une part marginale des financements carbone, malgré un potentiel important lié à ses forêts .
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La question énergétique constitue un facteur structurant de la pression sur les forêts. L’absence d’alternatives accessibles au bois-énergie maintient une exploitation constante des ressources forestières. L’AIE rappelle que l’accès à des sources d’énergie modernes demeure limité dans de nombreuses zones rurales africaines .
Ce lien entre pauvreté énergétique et déforestation entretient un cercle difficile à rompre. Les ménages privilégient le bois pour des raisons de coût, tandis que les États font face à des capacités d’investissement limitées pour développer des infrastructures énergétiques alternatives.
Certains pays amorcent néanmoins des stratégies de rééquilibrage. Le Maroc développe des programmes de reboisement et de gestion durable, tout en investissant dans les énergies renouvelables afin de réduire la pression sur les ressources forestières. L’Agence nationale des Eaux et Forêts souligne que ces politiques visent simultanément la restauration des écosystèmes et le soutien aux revenus ruraux .
Un enjeu climatique à dimension internationale
Les forêts africaines jouent un rôle central dans la régulation climatique mondiale. Le bassin du Congo, deuxième massif tropical après l’Amazonie, constitue un réservoir majeur de carbone. Leur préservation dépasse ainsi les enjeux nationaux pour s’inscrire dans les engagements climatiques internationaux.
Les pays africains se trouvent confrontés à un arbitrage complexe entre impératif de développement économique et exigences environnementales. L’Union africaine plaide pour un renforcement des financements internationaux afin de soutenir la gestion durable des forêts.
La FAO et la BAD estiment que les mécanismes existants restent insuffisants au regard des besoins. Les dispositifs comme REDD+ offrent des leviers, mais leur mise en œuvre demeure inégale selon les pays .
Les réponses nationales varient selon les profils économiques et forestiers. Le Gabon privilégie une exploitation encadrée et la transformation locale du bois afin de capter davantage de valeur ajoutée, notamment depuis l’interdiction d’exportation de grumes instaurée en 2010 .
À l’inverse, la République démocratique du Congo fait face à des défis de gouvernance qui compliquent la gestion de ses vastes ressources forestières. Les tensions entre exploitation économique et conservation y restent particulièrement fortes.
Moteurs économiques de la déforestation en Afrique
| Facteurs | Poids économique |
|---|---|
| Agriculture | 60% des emplois |
| Bois-énergie | 70% des ménages dépendants |
| Exploitation forestière | Secteur informel important |
| Croissance démographique | Forte en Afrique subsaharienne |
| Urbanisation | En progression rapide |
En Afrique de l’Ouest, en plus d’un capital forestier majeur mais inégalement réparti, la pression démographique accélère la conversion des forêts en terres agricoles. Le Nigéria illustre cette dynamique, avec une demande croissante en terres et en énergie liée à la croissance de sa population .
Les données disponibles convergent vers un constat central: les forêts africaines demeurent un actif stratégique pour le continent, mais leur dégradation progressive limite leur contribution économique à long terme. La capacité des États à articuler exploitation, préservation et transformation locale des ressources conditionnera l’évolution de ce capital dans les prochaines années.
