Sénégal. Jusqu’à 10.000 francs le kilo de viande: ce prix est une véritable boucherie !

Le 30/10/2026 à 14h35

VidéoAutrefois symbole de prospérité, le métier de boucher n’est plus ce qu’il était. Héritiers d’un savoir-faire séculaire, les bouchers voient aujourd’hui rouge en raison des maigres recettes que l’envolée des coûts d’approvisionnement à fait fondre.

Ahmadou Bamba Ndiaye, issu d’une longue lignée de bouchers, mesure avec amertume le fossé qui sépare la prospérité de ses aïeux des difficultés auxquelles sa génération est confrontée.

«Nos ancêtres étaient célèbres et respectés grâce au commerce de la viande. À l’époque, pour chaque bœuf abattu, près de la moitié de sa valeur constituait un bénéfice. Au fil des années, ils parvenaient ainsi à amasser des fortunes. Malheureusement, les choses ont beaucoup changé aujourd’hui, sous l’effet de plusieurs facteurs», explique Ahmadou Bamba Ndiaye.

Dans les foyers, les conséquences de cette flambée des prix se font durement ressentir.

Le kilogramme de viande de mouton, autrefois vendu autour de 4.000 francs CFA, peut désormais atteindre 8.000 francs. Pour la viande braisée au charbon, communément appelée dibi, la facture grimpe parfois jusqu’à 10.000 francs le kilogramme.

Des tarifs devenus prohibitifs pour de nombreuses familles, contraintes de revoir leurs habitudes alimentaires.

Même le poulet, longtemps considéré comme une solution de rechange, devient difficilement accessible. Face à cette pression sur le pouvoir d’achat, certains ménages se rabattent sur le poisson séché. C’est notamment le cas de Saly, une mère de famille qui ne cache pas son désarroi.

«Huit mille francs le kilogramme pour une viande que nous achetions autrefois à 4.000 francs. Et pour la viande braisée au charbon, n’en parlons même pas: le kilogramme peut atteindre 10.000 francs. Nous ne pouvons plus nous offrir le luxe de manger du dibi. Nous nous rabattons sur le poisson séché. Quant au poulet, il est devenu tellement cher que nous n’en mangeons pratiquement plus qu’à l’occasion de la Korité», souligne Saly, mère de famille.

Mais derrière cette flambée des prix se dessine une problématique bien plus profonde: celle de l’équilibre entre les besoins d’une population en constante augmentation et les capacités de production du secteur de l’élevage.

L’expansion des villes, la disparition progressive des espaces de pâturage et la pression exercée sur les ressources naturelles compliquent l’approvisionnement en bétail.

Pour Ahmadou Bamba Ndiaye, la hausse des prix ne saurait donc être réduite à la seule volonté des commerçants. Elle traduit également les difficultés structurelles d’une filière confrontée à une demande croissante et à des contraintes de plus en plus importantes.

«Plusieurs facteurs expliquent la hausse du prix de la viande. D’abord, la population humaine a considérablement augmenté, alors que le cheptel n’a pas suivi le même rythme. Ensuite, il y a l’urbanisation galopante et la déforestation. Les villes s’étendent, les habitations occupent progressivement les terres et les zones de pâturage disparaissent. Aujourd’hui, presque tous les espaces sont habités, ce qui rend l’élevage de plus en plus difficile», explique Ahmadou Bamba Ndiaye, boucher

Entre des bouchers qui voient leurs bénéfices fondre et des consommateurs qui renoncent progressivement à la viande, c’est toute une filière qui se retrouve sous pression.

Au-delà de la flambée des prix, se pose désormais la question de l’avenir de l’élevage, de la préservation des espaces pastoraux et de l’accessibilité des produits carnés. Un défi économique et social majeur dans un pays où, pour de nombreuses familles, manger de la viande n’est plus une habitude, mais un luxe.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 30/10/2026 à 14h35