Cameroun. «Il est désormais possible d’être président sans être élu»: l’opposition rejette la réforme de la Constitution

Paul Biya, 93 ans, a été réélu pour un huitième mandat avec 53,66% des voix en octobre 2025.

Le 17/04/2026 à 08h24

VidéoLa réforme de la Constitution, qui réintroduit le poste de vice-président, a été approuvée à la majorité du Parlement dominé par le parti au pouvoir. Nommée par le président, cette future deuxième personnalité de la nation aura la charge de diriger le pays en cas de vacance du pouvoir. A Yaoundé, certains opposants y voient la possibilité d’accéder à la magistrature suprême sans passer par les urnes.

La constitution du Cameroun a été revue. Le texte a été adopté à la majorité du Parlement composé de l’Assemblée Nationale et du Sénat.

La nouvelle devra d’être promulguée par le Président de la République, Paul Biya qui, à 93 ans, a été réélu pour un huitième mandat avec 53,66% des voix en octobre 2025.

Pour le politologue Georges Bisso’o: «La constitution d’un pays doit être dynamique pour permettre aux citoyens la pleine jouissance de leurs droits et devoirs», a-t-il déclaré.

L’effet majeur de cette révision constitutionnelle du Cameroun est certainement la réintroduction du poste de Vice-président qui existait entre 1960 et 1972. Une fois nommé par le chef de l’Etat, il sera la deuxième personnalité de la République qui devra assurer l’intérim du Président en cas d’empêchement définitif.

Cette réforme approuvée par 200 voix contre 18, est perçue par le régime de Yaoundé comme un moyen de sécuriser la transition. Mais elle est vivement dénoncée par l’opposition comme un renforcement de l’exécutif sans passer par les urnes.

L’honorable Koupit Adamou, député à l’Assemblée Nationale pour l’Union Démocratique du Cameroun fait partie des leaders politiques qui dénoncent cette réforme. «Il est désormais possible d’accéder à la magistrature suprême sans être élu. En démocratie, c’est inacceptable. En plus, le Président actuel a déjà la latitude de nommer qui il veut sans être inquiété. Pourtant, il aurait été souhaitable d’encadrer le profil des personnalités à nommer pour éviter cette extrême liberté», a-t-il déclaré.

En effet, les leaders politiques de l’opposition et certains citoyens soupçonnent le Président Paul Biya de vouloir se faire succéder à la tête de l’Etat par son fils ainé Franck Emmanuel Biya. Le poste de Vice-président est une réelle opportunité qui lui permettra d’atteindre son but. Une assertion rejetée complètement par les pontes du régime.

Il faut rappeler que c’est par ce même mécanisme que le Président Paul Biya avait accédé au pouvoir le 6 novembre 1982. Son prédécesseur Amadou Ahidjo avait alors modifié la constitution pour ouvrir sa succession au Premier ministre.

Paul Biya nommé Premier ministre quelques mois après, avait immédiatement remplacé Amadou Ahidjo démissionnaire le 4 novembre 1982.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 17/04/2026 à 08h24