Khartoum a rappelé son ambassadeur en Ethiopie, accusant Addis Abeba d’être impliqué dans l’attaque de drones lundi de l’aéroport de Khartoum avec les Emirats arabes unis, selon l’agence officielle Suna.
Le porte-parole de l’armée soudanaise a, lors d’une conférence de presse mardi au petit matin, affirmé que le Soudan disposait de preuves suggérant que des drones avaient été lancés en mars depuis l’aéroport éthiopien de Bahir Dar (Ouest), et ciblé des positions de l’armée soudanaise dans les Etats du Nil Blanc, du Nil Bleu et du Kordofan du Nord et du Sud.
L’armée soudanaise a établi un lien entre un autre drone, parti du même aéroport éthiopien, et l’attaque de lundi, a annoncé ce même porte-parole.
«Les agissements de l’Ethiopie et des Emirats arabes unis constituent une agression directe contre le Soudan et ne resteront pas sans réponse», a averti ce porte-parole, Assim Awad: «Nos forces armées sont en état d’alerte maximale pour faire face à toute menace.»
En mars, le gouvernement soudanais pro-armée avait déjà fait état d’attaques de drones «en provenance du territoire éthiopien», une mise en cause inédite du pays voisin. Addis Abeba avait démenti.
«Terrain d’affrontement»
A la mi-janvier, Cameron Hudson, ex-analyste Afrique pour la CIA, l’une des agences de renseignements américaines, avait aussi mentionné à l’AFP des «rapports non confirmés» selon lesquels «de nombreux commandants des FSR ont leur famille en Ethiopie», où ils «voyagent régulièrement pour des soins ou pour se reposer».
Khartoum accuse régulièrement Abou Dhabi d’équiper les Forces de soutien rapide (FSR). Les Emirats arabes unis ont toujours nié avec véhémence toute ingérence, malgré les preuves alignées par des rapports internationaux.
Contacté mardi par l’AFP, un responsable émirati a dénoncé des «accusations infondées» et une «propagande délibérée (...) qui sape activement les efforts visant à mettre fin au conflit» depuis avril 2023 entre l’armée soudanaise et les paramilitaires au Soudan.
Un rapport du laboratoire de recherche de l’université américaine de Yale publié début avril avait conclu qu’une base militaire éthiopienne proche de la frontière soudanaise apportait un soutien aux paramilitaires.
La Corne de l’Afrique, région stratégique entre océan Indien et canal de Suez, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées du monde, est devenue selon de nombreux experts un «terrain d’affrontement» entre pétromonarchies du Golfe.
Les Emirats, qui y ont la présence la plus visible, y sont d’après ces spécialistes partenaires de l’Ethiopie, du Somaliland, dont Israël a reconnu l’indépendance de la Somalie fin décembre dernier, et des FSR, tandis que Somalie, Erythrée et Egypte et l’armée soudanaise se sont rapprochées de l’Arabie saoudite.
Addis Abeba a rejeté les accusations de Khartoum comme «infondées», et à son tour accusé les forces armées soudanaises d’avoir «fourni des armes et un soutien financier à ces mercenaires» du TPLF, «facilitant ainsi leurs incursions le long de la frontière occidentale de l’Ethiopie».
Menaces
«Les activités des mercenaires du TPLF au Soudan sont de notoriété publique, et de nombreuses preuves crédibles démontrent que le Soudan sert de hub à diverses forces anti-éthiopiennes», ajoute le texte publié sur la plateforme X.
Depuis plusieurs mois, les tensions s’exacerbent entre le TPLF et les autorités fédérales éthiopiennes, faisant craindre un nouveau conflit dans cet Etat du nord de l’Ethiopie, sorti en 2022 de deux ans de guerre civile meurtrière (au moins 600.000 morts, selon l’Union africaine).
Interrogé par l’AFP, Amanuel Assefa, le numéro 2 du TPLF, a démenti toute «connexion» avec les autorités soudanaises. «Le gouvernement rejette la faute sur tout le monde - le TPLF, l’Erythrée (...), l’armée soudanaise - pour ses propres échecs», a-t-il jugé.
En guerre depuis avril 2023, l’armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ont intensifié leurs attaques de drones ces derniers mois, faisant parfois des dizaines de morts.
Des drones ont attaqué l’aéroport de Khartoum lundi, a indiqué une source militaire à l’AFP, deux jours après une attaque des paramilitaires des FSR qui avait fait cinq morts dans la capitale soudanaise.
«S’il devient nécessaire pour nous d’entrer dans une confrontation ouverte qu’ils veulent nous imposer, alors nous, notre armée et notre peuple sommes prêts à y faire face», a encore menacé le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieldin Salem, à l’intention de l’Ethiopie.
