Le nouveau président béninois Wadagni est arrivé au Niger, une première depuis le putsch de 2023

Romuald Wadagni, ministre des Finances du Bénin et candidat du parti au pouvoir à l'élection présidentielle du 12 avril 2026.

Le 02/06/2026 à 12h57

Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, est arrivé mardi au Niger, une première depuis la prise de pouvoir d’un régime militaire à Niamey en juillet 2023, qui laisse entrevoir une décrispation des relations très tendues entre les deux voisins.

Le régime militaire nigérien qui a tourné le dos à la France maintient sa frontière fermée avec son voisin béninois qu’il accuse d’être trop proche de Paris et de chercher à le déstabiliser.

A sa descente de l’avion, Romuald Wadagni, entré en fonction le 24 mai, a été accueilli par son homologue, le chef de la junte Abdourahamane Tiani, selon des images en direct de Télé Sahel, la télévision publique nigérienne.

Après une première visite lundi au Nigeria, Romuald Wadagni consacre son deuxième déplacement au Niger et devrait aborder avec le général Tiani une relance de la coopération sécuritaire, les deux pays étant confrontés à des violences jihadistes récurrentes.

Cette visite «s’inscrit dans la diplomatie de voisinage active que le président Wadagni entend conduire avec l’ensemble des Etats riverains du Bénin», a indiqué la présidence béninoise dans un communiqué.

Le dégel avait été entrevu à la cérémonie d’investiture de Romuald Wadagni à Cotonou, où le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine avait fait le déplacement.

Lundi soir, la télévision publique nigérienne a diffusé des reportages vantant «les relations séculaires» entre les «peuples frères nigériens et béninois» ainsi qu’une «volonté de décrispation diplomatique régionale».

Mardi matin, les grands axes de Niamey étaient décorés des drapeaux des deux pays et des centaines de ressortissants béninois s’étaient rassemblés pour saluer le passage du cortège des présidents.

Décrispation

Quelques jours après l’élection de M. Wadagni - avec plus de 94% des voix - le ministre de l’Intérieur nigérien, le puissant général Mohamed Toumba disait attendre «des gages de bonne volonté» du nouveau président, «que le Bénin sorte pour dire qu’il n’a rien à voir avec les intérêts de la France, que le Bénin ne facilite pas la présence sur son territoire de la France pour agresser ses voisins».

Le Niger accuse régulièrement le Bénin d’héberger des bases militaires françaises qui formeraient des jihadistes.

Fin janvier, le prédécesseur et mentor de Romuald Wadagni, Patrice Talon, avait même été nommément cité par le général Tiani comme l’un des «sponsors» des jihadistes qui avaient attaqué l’aéroport de Niamey.

Ces accusations ont toujours été démenties par Cotonou et Paris. Le Bénin est d’ailleurs lui-même confronté depuis quelques années à un regain de violences jihadistes meurtrières dans sa partie nord, frontalière du Niger.

A l’inverse, des soupçons ont pesé sur une implication de Niamey dans un coup d’Etat manqué au Bénin, en décembre 2025, même si Cotonou n’a jamais spécifiquement désigné son voisin.

«Il fallait cette visite pour décrisper cette situation malheureuse qui ne profite pas aux deux pays. Cette visite doit être le début d’une longue entente», espère un résident de Niamey.

Si Romuald Wadagni a fait campagne sur la continuité avec son prédécesseur, son arrivée au pouvoir ouvre malgré tout des perspectives de décrispation.

Les deux pays ont des intérêts économiques communs évidents: le port de Sèmè-Kpodji, à Cotonou, est la voie d’entrée la plus simple pour ravitailler Niamey, ou pour écouler ses matières premières.

Selon les statistiques officielles nigériennes, 80% du fret nigérien passait par ce corridor avant la brouille.

Un gigantesque oléoduc qui exporte le pétrole nigérien via le Bénin est toutefois resté fonctionnel.

Mais l’unique pont qui relie les deux pays, séparés par le fleuve Niger, reste pour l’heure fermé, avec un important dispositif sécuritaire et ds obstacles en bétons, selon des riverains.

Ces trois dernières années, les échanges ont demeuré, clandestinement, via des embarcations de fortune, occasionnant parfois des chavirements mortels.

Après Niamey, Romuald Wadagni est attendu dans l’après-midi au Burkina Faso, autre pays gouverné par une junte souverainiste alliée au Niger.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 02/06/2026 à 12h57