Le Mali fait face à une situation sécuritaire critique et est en proie à l’incertitude et à la fébrilité après ces attaques lors desquelles le général Camara, un des piliers de la junte, est mort. Le président Goïta «assure les fonctions de ministre de la Défense et des Anciens combattants», selon ce décret publié neuf jours après le décès de M. Camara.
Le Mali fait face à une situation sécuritaire critique et est en proie à l’incertitude après ces attaques cordonnées d’ampleur menées par des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) et la rébellion du Front de libération de l’Azawad (FLA), à dominante touareg, contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir à Bamako.
Plusieurs villes et localités du nord du Mali sont désormais sous contrôle des jihadistes et de leurs alliés du FLA.
Le ministre de la Défense Sadio Camara, 47 ans, un des piliers de la junte, a été tué à Kati, fief de la junte proche de la capitale, Bamako, lors de ces attaques qui ont visé plusieurs grandes villes.
Face à cette situation, le président Goïta a décidé de renforcer son contrôle sur l’armée. Désormais, il « assure les fonctions de ministre de la Défense et des Anciens combattants », selon un décret lu lundi sur l’ORTM par un présentateur, neuf jours après le décès du général Camara.
M. Goïta sera secondé dans cette nouvelle fonction par l’ex-chef d’état-major général des armées, le général Oumar Diarra, nommé « ministre délégué auprès du ministre de la Défense et des Anciens combattants », selon un décret distinct également lu sur l’ORTM.
Ancien chef de l’armée de terre sous le régime du président Ibrahim Boubacar Keïta (2013-2020), le général Diarra avait été arrêté en même temps que plusieurs hauts gradés de l’armée lors du coup d’État ayant renversé M. Keïta en août 2020.
Il avait ensuite été nommé chef d’état-major des armées en septembre 2020 par les militaires arrivés au pouvoir quelques semaines plus tôt.
- Poursuite du blocus routier -
Après leurs attaques, qui ont fait officiellement 23 morts civils et militaires, les jihadistes et leurs alliés indépendantistes ont maintenu leur pression sur la junte en bloquant des routes menant vers Bamako.
Le 28 avril, ils avaient menacé de lourdes représailles toute personne qui persisterait à emprunter les axes routiers menant à la capitale et à Kati.
Ils ont poursuivi lundi leur blocus routier sur Bamako, perturbant gravement les transports.
« Nous avons purement et simplement supprimé tout départ sur Bamako jusqu’à nouvel ordre », a déclaré lundi à l’AFP un responsable d’une compagnie de transport assurant une liaison Bamako-Sikasso (sud).
Un passager a raconté à l’AFP être venu de Ségou (centre) à Bamako lundi. « Il y avait sur la route des centaines de (camions) remorques et bus de transport interurbains. Un détachement militaire est venu (pour sécuriser les passages). La peur au ventre, nous sommes rentrés à Bamako sans encombre », a-t-il témoigné.
Les jihadistes ont parallèlement poursuivi leur offensive sur le terrain.
Ils ont pris vendredi le contrôle du camp militaire de Tessalit (nord), après son évacuation par l’armée malienne et ses alliés russes, selon des sources locale, sécuritaire et indépendantiste. Tessalit, situé près de la frontière algérienne, représente un camp stratégique de par sa position géographique.
- Premières interpellations -
Le parquet militaire a annoncé vendredi des interpellations de soldats, après de premières investigations ayant révélé selon lui des « éléments solides » de « complicité » de certains militaires dans « la planification, la coordination et l’exécution » des attaques du 25 avril, avec l’implication présumée de certains acteurs politiques.
Par ailleurs, un avocat critique envers la junte, Mountaga Tall, a été « enlevé » samedi soir à Bamako par des hommes encagoulés, selon sa famille. M. Tall a été membre du mouvement M5, acteur majeur de la contestation ayant contribué à la chute du régime de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. D’abord allié aux militaires alors arrivés au pouvoir, il a ensuite pris ses distances avec eux.
Le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.
Les jihadistes du JNIM ont le 30 avril appelé à un large « front commun » pour « mettre fin à la junte », en vue d’« une transition pacifique et inclusive ».
