Sénégal: regain de tension entre le président et son Premier ministre

Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko (en costume).

Le 03/05/2026 à 17h11

Les tensions latentes entre le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre et ancien mentor, Ousmane Sonko, ont de nouveau éclaté sur la place publique samedi soir, le chef de l’Etat critiquant la «personnalisation excessive» autour du chef du gouvernement au sein du parti au pouvoir.

«Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre», a déclaré le président Faye dans une interview télévisée.

«Tant qu’il (Sonko, ndlr) est (au poste de Premier ministre), c’est parce qu’il est en train de faire son travail convenablement et que jusqu’ici, j’en aie eu satisfaction», a souligné M. Faye.

Alors farouche opposant au président Macky Sall (2012-2024), M. Sonko avait été empêché de se présenter au scrutin présidentiel de février 2024 après une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques, et une vague de manifestations populaires contre le président Macky Sall et la possibilité qu’il brigue un troisième mandat.

M. Sonko avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer. Depuis l’élection de M. Faye, les tensions n’ont cessé de monter avec son ancien mentor et charismatique Premier ministre, dont l’influence considérable avait contribué à porter le duo au pouvoir.

Les législatives de 2024 ont vu une victoire écrasante du parti des deux hommes, le Pastef, promettant un profond bouleversement politique, en luttant contre la corruption, la mauvaise gestion des affaires publiques et l’influence de l’ancienne puissance coloniale française.

Le parti «risque d’être détruit si ses membres ne changent pas de cap», a mis en garde samedi le président Faye.

«Les sacrifice ayant conduit à des morts, des blessés et des emprisonnements (lors des manifestations contre le président Sall), ça n’a pas été fait pour les beaux yeux d’un homme mais pour la quintessence du projet» de changer le système au Sénégal, a expliqué M. Faye.

«Nous avons toujours cherché à distinguer (le peuple et) le projet, qui doit être dépersonnalisé par rapport au leader qui l’incarne», a-t-il ajouté.

Malgré la popularité de Sonko, c’est le président Faye qui détient tout le pouvoir réel en tant que président et qui peut limoger son chef du gouvernement d’un simple décret.

«La survie du projet ne peut aller de pair avec une personnalisation excessive», a ajouté M. Faye.

Avec une rhétorique panafricaniste, Sonko avait suscité un engouement passionné parmi la jeunesse désabusée du Sénégal à l’approche de la présidentielle de 2024.

Dans une intervention tonitruante devant les fidèles de son parti, le Pastef, début juillet, M. Sonko avait accusé Faye d’un «manque de leadership». Leur relation, de plus en plus tendue, alimente depuis lors la chronique politique au Sénégal.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 03/05/2026 à 17h11