Souveraineté: comment la Guinée sort du lot des pays africains sans frontières maritimes claires

En lançant la délimitation de ses frontières maritimes, la Guinée officialise une souveraineté longtemps restée théorique sur plus de 300 km de côtes, entre enjeux de sécurité, de pêche et de ressources minières.

Le 24/08/2026 à 09h42

Sans frontières maritimes claires, Conakry ne pouvait ni surveiller ses eaux ni protéger ses ressources. Le chantier engagé vise à transformer le littoral guinéen en levier de développement et de coopération régionale.

Et si la prochaine bataille de souveraineté guinéenne se jouait en mer ? Le gouvernement guinéen vient de lancer les travaux de délimitation des frontières maritimes du pays, une initiative visant notamment à renforcer la surveillance de l’espace maritime et la protection des ressources halieutiques et minières, rapporte la presse locale.

Lancés récemment à l’initiative du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation et de la Commission nationale des frontières, ces travaux visent également à renforcer la sécurité des populations établies le long du littoral guinéen, qui s’étend sur plus de 300 km.

L’opération permettra aussi de dresser un état des lieux de la situation juridique des frontières maritimes, d’inventorier et de sécuriser les données géospatiales et maritimes nationales, ainsi que de définir les travaux techniques de cartographie nécessaires. Elle prévoit également la poursuite du dialogue diplomatique et des concertations avec les États limitrophes concernés, selon la ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Djénabou Touré Camara. Sur le plan géographique et maritime, les pays directement concernés par la délimitation des frontières maritimes de la Guinée sont principalement ses deux voisins côtiers: la Guinée-Bissau, au nord-ouest, et la Sierra Leone, au sud-ouest.

De son côté, le secrétaire exécutif de la Commission nationale des frontières, Cheick Sidya Diabaté, a souligné que la frontière maritime constitue une expression fondamentale de la souveraineté de l’État et un espace de sécurité, de coopération et de développement économique.

Comme l’on peut le constater, en lançant la délimitation de ses frontières maritimes, la Guinée ne se contente pas d’un exercice de cartographie. Elle affirme une souveraineté trop longtemps restée théorique sur un littoral de plus de 300 kilomètres, où la surveillance de l’espace maritime, la protection des ressources halieutiques et minières et la sécurité des populations côtières se heurtaient à un vide juridique.

L’initiative, portée par le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation et par la Commission nationale des frontières, révèle une volonté politique de transformer la mer en frontière active de développement plutôt qu’en angle mort.

La première dimension du chantier est technique et juridique. Il s’agit de dresser un état des lieux de la situation des frontières maritimes, d’inventorier et de sécuriser les données géospatiales nationales, puis de définir les travaux de cartographie nécessaires.

Ce travail est moins spectaculaire qu’un déploiement naval, mais il conditionne tout le reste: sans coordonnées précises et sans reconnaissance juridique, un État ne peut ni interdire, ni poursuivre, ni négocier en position de force. La ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Djénabou Touré Camara, inscrit l’opération dans une logique de dialogue diplomatique et de concertation avec les États limitrophes. Un choix qui n’est pas anodin. Les contentieux frontaliers maritimes peuvent rester gelés pendant des décennies avant de se réveiller, parfois à la faveur d’une découverte de ressources. En privilégiant la concertation, Conakry réduit les frictions et se place en partenaire régional fiable.

La seconde dimension est économique et humaine. Le secrétaire exécutif de la Commission nationale des frontières, Cheick Sidya Diabaté, le dit avec netteté: la frontière maritime est une expression fondamentale de la souveraineté de l’État, un espace de sécurité, de coopération et de développement économique. Une formule qui résonne pour les communautés du littoral guinéen, qui dépendent de la pêche artisanale et subissent de plein fouet la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Elles sont aussi exposées à la criminalité maritime, qui prospère lorsque la limite entre les eaux nationales et la haute mer reste floue.

En officialisant ses frontières, la Guinée ne fait pas disparaître ces fléaux par magie, mais elle se donne les bases légales pour lutter contre eux, protéger la biodiversité marine et préserver l’intégrité de son territoire.

Reste à transformer l’intention en moyens. La délimitation devra être suivie d’investissements dans la surveillance, la formation des agents et l’implication des acteurs locaux. Mais l’essentiel est engagé. La Guinée sort du lot des pays africains qui tardent à formaliser leurs espaces maritimes. Elle démontre qu’une frontière maritime n’est pas une abstraction diplomatique: c’est un instrument concret de souveraineté et de développement.

Par Le360 (avec MAP)
Le 24/08/2026 à 09h42