Gambie. 3e mandat: Adama Barrow déjà sur les traces de Wade, Condé et Ouattara?

Adama Barrow, président de la Gambie.
Adama Barrow, président de la Gambie.. DR
Le 19/09/2020 à 13h41, mis à jour le 19/09/2020 à 14h14

Arrivé au pouvoir par un concours de circonstances en 2016, Adama Barrow qui s’était engagé à ne rester que trois ans au pouvoir serait en train de manœuvrer pour aller au-delà de deux mandats, en profitant de la réforme constitutionnelle en cours.

Les parlementaires gambiens discutent du projet de la nouvelle Constitution depuis lundi. Dans le texte qui sera ensuite soumis au vote, le nombre de mandats présidentiels est strictement limité à deux.

Seulement l’actuel président qui avait battu campagne pour un mandat de trois ans, en 2016, est en train de boucler tranquillement un mandat de 5 ans. Et pour certains, un homme qui a déjà manqué à sa parole ne serait plus digne de confiance.

Pour les défenseurs du respect de la durée des mandats, un petit brin d’espoir naît du chapitre rétroactif qui considère que le premier mandat du président actuel prend effet avec son élection en décembre 2016.

Toutefois, dans l’entourage du président, certains contestent ouvertement la donne et vont même jusqu’à soumettre une résolution à la Commission de révision constitutionnelle demandant que le mandat du président ne soit comptabilisé qu’à partir du prochain. «Le premier mandat du président commence en 2021 si la loi est respectée», plaide l’avocat et professeur du droit constitutionnel, Lamin Darboe, proche du président Barrow.

Mais selon Saliou Taal, le président du Barreau Gambien, la limitation à deux mandats présidentiels a déjà été prise en compte par les rédacteurs de la nouvelle Constitution. «Les Gambiens ne veulent plus avoir un président à vie et il faut que la classe politique le sache désormais», souligne-t-il, avant d'ajouter que «le dernier mot revient au Parlement et au peuple».

Certains observateurs, notamment au sein de la société civile, s'insurgent contre toute modification de la future loi fondamentale soumise à l’Assemblée nationale. Ayant perdu la majorité au Parlement, le président gambien ne peut compter que sur le vote de ses ex-alliés pour l’adoption du projet de nouvelle Constitution sur 2/3 des députés avant qu’il ne soit soumis aux Gambiens par referendum.

En décembre 2019, plusieurs manifestations avaient même été organisées par le mouvement «Three Years Jotna» pour demander à Adama Barrow de respecter sa promesse électorale et de quitter le pouvoir au bout de trois ans.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 19/09/2020 à 13h41, mis à jour le 19/09/2020 à 14h14

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