À Adjamé, Treichville, Yopougon ou encore Abobo, les marchés retrouvent cette agitation particulière des grands rendez-vous festifs. Sous les parasols, entre les étals débordant de vêtements, de chaussures, de bijoux, de boubous marocains, de babouches, d’épices et de denrées alimentaires, les clients se bousculent pour effectuer les achats avant la Tabaski prévue le 27 mai.
Dans les allées du grand marché d’Adjamé, les vendeurs interpellent les passants à grand renfort de promotions et de slogans commerciaux. Les motos et les pousse-pousse peinent à se frayer un chemin tant la circulation humaine est dense. Malgré la chaleur étouffante, les consommateurs vont et viennent, listes en main, à la recherche de bonnes affaires.
«Depuis le début de cette semaine, il y a vraiment du mouvement dans le marché. Les clients viennent acheter les habits pour les enfants, les chaussures, les boubous. Ça nous soulage un peu parce que ces derniers mois, les ventes étaient très lentes», confie Sanogo Abdoukarim, commerçant spécialisé dans le prêt-à-porter islamique.
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Comme lui, de nombreux vendeurs disent retrouver le sourire grâce à cette période de forte demande. Pour plusieurs commerçants, la Tabaski demeure l’un des moments les plus importants de l’année pour le fidèle musulman après les fêtes de fin d’année et le Ramadan.
Certains disent avoir anticipé l’événement en augmentant leurs stocks de marchandises. C’est le cas de Touré Karidjatou, commerçante de bijou, bracelet et boucles d’oreille, «généralement à cette période, on fait du profit. D’ici la semaine prochaine, il y aura plus d’affluence. Et nous prions Allah pour que nos articles soient vendus », explique-t-elle.
Dans les boutiques de tissus et de basin, les clients négocient longuement les prix avant de se décider. Les modèles brodés, les robes et les complets pour enfants connaissent un succès particulier.
Mais derrière cette effervescence commerciale se cache une réalité plus difficile. Beaucoup de clients ou revendeurs, de chefs de ménages affirment composer avec des budgets serrés dans un contexte où les prix des produits de première nécessité restent élevés. Riz, huile, condiments, viande, transport, les dépenses s’accumulent à mesure que la fête approche.
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«Je viens acheter des vêtements pour enfants pour aller les revendre à Cocody. Avant la période des fêtes, le prix était abordable, mais actuellement, les habits sont devenus chers. J’achetais un t-shirt à 500 FCFA mais aujourd’hui il faut payer 800 FCFA», déplore Awa Esther, une cliente rencontrée au petit marché de la mosquée d’Adjamé.
Et dame Coulibaly de renchérir, «Même pour habiller les enfants, il faut prévoir beaucoup d’argent. Avant, avec 25.000 francs CFA on pouvait acheter plusieurs articles. Aujourd’hui, ce n’est plus possible».
Malgré cette situation, les clients continuent d’affluer, parfois contraints de réduire leurs ambitions pour respecter la tradition. Certains privilégient désormais les achats essentiels tandis que d’autres étalent les dépenses sur plusieurs semaines.
Du côté des commerçants, l’ambition est claire, écouler le maximum de marchandises avant le jour de fête.
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«On est obligé de réduire nos bénéfices sinon les clients partent ailleurs. Les gens discutent beaucoup les prix cette année parce que le pouvoir d’achat a baissé. D’autres ne font que se renseigner sur les prix puis repartent», raconte Dembélé Adjaratou, vendeuse de bijoux.
À mesure que la Tabaski approche, l’ambiance festive gagne les marchés de la capitale économique ivoirienne. Entre prières, achats et préparatifs, les familles s’organisent tant bien que mal pour célébrer dignement cette fête de partage et de solidarité.
En attendant, beaucoup qu’ils soient vendeurs ou clients espèrent surtout une accalmie sur les prix une fois les festivités passées. Car derrière l’effervescence visible dans les marchés d’Abidjan, nombreux sont ceux qui continuent de faire face à un quotidien économique de plus en plus éprouvant.
