Autour de l’aéroport de Niamey, des quartiers démolis au nom du risque jihadiste

Destruction de construction près de l'aéroport de Niamey.

Le 04/06/2026 à 07h19

Sous la menace des bulldozers, des habitants de Kobontafa, riverains de l’aéroport de Niamey, s’empressent de démonter toitures, portes et fenêtres de leurs maisons illégalement construites: selon les autorités, c’est notamment par ce quartier que des jihadistes se seraient infiltrés pour commettre une attaque inédite fin janvier.

Plusieurs mesures ont récemment été prises pour se protéger du «risque terroriste» dans la capitale du Niger, plus que jamais sur ses gardes.

«On nous a demandé de déguerpir», lance Ali Adamou, un résident, «alors on accélère le rythme», se lamente-t-il perché, comme des dizaines d’autres, sur le toit de sa maison, un pied-de-biche à la main.

D’après les autorités, 26.000 habitants vivant dans quatre quartiers illégalement construits sur près d’un quart de la zone aéroportuaire, sont concernés par l’opération.

Le Niger, immense pays sahélien, subit depuis une dizaine d’années les violences de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique, notamment dans la région de Niamey.

Le 29 janvier, l’aéroport international Diori Hamani et une base militaire de drones ont été visés dans la capitale lors d’une attaque revendiquée par l’Etat islamique au Sahel (EIS), repoussée par l’armée nigérienne et ses partenaires russes.

Vingt assaillants sont morts et quatre soldats nigériens avaient été blessés, selon les autorités, en plus des dégâts matériels.

Le mois suivant, à la télévision publique, le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire issu d’un coup d’Etat en juillet 2023, avait évoqué «une faille dans le dispositif» qui «a permis l’attaque», dont «l’objectif était de détruire toutes les capacités aériennes» de l’armée.

Selon le ministre nigérien des Transports et de l’Aviation, le colonel Amadou Abdramane, l’opération de démolition concerne «en priorité le côté est» de l’aéroport, «occupé anarchiquement» et d’où «sont arrivés» les assaillants.

Son homologue de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, dit craindre une «nouvelle infiltration terroriste par ces quartiers», en plus d’un déclassement de l’aéroport «par les instances internationales faute de sûreté».

«Tous les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES, regroupant Mali, Burkina et Niger, NDLR) doivent prendre des mesures draconiennes pour renforcer leur sécurité», estime un ancien parlementaire nigérien, qui rappelle les attaques jihadistes ayant frappé le cœur de la junte malienne, près de Bamako fin avril.

«Dénoncer» tout suspect -

Parmi ces riverains de l’aéroport, certains chargent meubles et autres effets personnels à bord de leurs voitures ou de tricycles de location.

Au milieu des gravats, des enfants fixent du regard un avion cargo qui décolle tout près.

«Déguerpir 26.000 personnes, c’est l’équivalent d’une petite ville. Même si l’opération est jugée +nécessaire+ quelle que soit la raison, le droit nigérien et les standards internationaux imposent un accompagnement strict. Sans ça, ça devient une expulsion forcée et inhumaine», estime Maikoul Zodi, figure de la société civile, sur Facebook.

Les autorités ont promis «d’indemniser» les victimes des démolitions qui doivent se faire officiellement recenser.

«Le gouvernement aurait dû regarder le côté social, prendre des dispositions utiles pour reloger d’abord les intéressés avant de détruire leurs logements acquis depuis de longues années. La justice sociale est une exigence du peuple souverain», souligne un analyste politique.

D’autres mesures de sécurité ont été prises: à l’aéroport, le mur de clôture a été rallongé et plus de 350 caméras ont été installées à l’intérieur et à l’extérieur de l’enceinte.

Dans la ville, la circulation des véhicules transportant des produits inflammables, des hydrocarbures, du gaz butane ou des explosifs est interdite «sans autorisation préalable» vers des sites «stratégiques»: casernes, sièges des ministères et institutions publiques.

Et «au regard des nouvelles méthodes d’infiltration utilisées par les ennemis», le ministère de l’Intérieur a interdit l’hébergement de «tout étranger» dans les mosquées et les écoles coraniques, une pratique courante dans ce pays très majoritairement musulman.

Des campagnes de sensibilisation sont par ailleurs organisées à travers le pays invitant «à dénoncer tout individu suspect» à des numéros d’urgence des forces de sécurité.

Et à la demande des autorités, des jeunes regroupés en «brigades de veille» et des orchestres locaux s’installent tous les soirs sur les principaux carrefours de la capitale.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 04/06/2026 à 07h19