Libreville a abrité un atelier régional contre les produits cosmétiques contenant du mercure. L’événement qui a pris fin le 24 janvier a réuni environ 200 experts de la santé et de l’environnement issus de 15 pays pour explorer pour établir des stratégies afin de changer les comportements des populations.
Selon les spécialistes de la santé, la dépigmentation, encore appelée décoloration de la peau, est une pratique qui vise à éclaircir la peau à travers des produits tels que l’hydroquinone ou le mercure sous forme de savon ou crème. Ces préparations sont généralement en vente libre sur le marché africain. La rencontre de Libreville a rassemblé plusieurs profils d’intervenants décidés à éliminer la fabrication locale des produits cosmétiques ou en freiner l’importation.
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À la tête du Centre africain pour la santé environnementale, l’Ivoirien Bally Dominique Kpokro insiste sur la nécessité d’encadrer juridiquement la production, le commerce et l’utilisation des produits éclaircissants, un mal aux conséquences désastreuses, «pendant plusieurs années nous avons évalué et testé ces crèmes et nous nous sommes rendus compte qu’elles n’ont pas été fabriquées en Afrique. En Côte d’Ivoire, il y a une réglementation qui encadre la production, l’utilisation et le commerce des produits cosmétiques éclaircissants contenant du mercure», explique cet ingénieur chimiste.
Si la Côte d’ivoire s’est dotée d’une loi, tel n’est pas le cas d’autres pays d’Afrique comme le Togo, pays où les praticiens disent faire ce qu’ils peuvent contre le phénomène de dépigmentation de la peau. «Au Togo, nous n’avons pas de texte réglementaire, c’est un réel problème. Mais nous essayons, lors de nos consultations et nos diverses activités professionnelles, de sensibiliser la population au risque de ces produits à base de mercure et d’autres substances dangereuses», déplore Pr Kaba Bayaki, délégué du Togo.
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Organisé en partenariat avec l’OMS, le secrétariat de la convention de Minamata et l’agence nationale du médicament, cet atelier a été précédé par une enquête sociologique menée à Libreville dont les résultats incitent à l’inquiétude, «il y a une forte prévalence de ce phénomène et concerne 70% de la population avec un écart significatif au niveau du genre. Notre enquête a montré que ce sont les femmes et les enfants qui sont plus vulnérables au blanchiment de la peau», a alerté Pr Orphée Soumaho Maviogha.
En effet, la dépigmentation volontaire fait partie des habitudes cosmétiques d’un grand nombre de femmes africaines. Or cette pratique entraîne des complications d’autant plus difficiles à traiter que ce comportement est ancré dans les mœurs.
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Pour le directeur de l’Agence du médicament du Gabon, Ange Mibindzou Mouelet, le premier niveau de combat se situe dans la sensibilisation des masses pour tordre le coup à certaines idées reçues. «La croyance populaire veut que la femme et l’homme qui ont la peau claire sont plus beaux. Aujourd’hui, notre enquête a posé les problématiques et cet atelier a pour objectif d’établir des stratégies pour mener des actions afin de changer les comportements des gens», a fait savoir le directeur de l’Agence des médicaments.
