Guinée. Le lent déclin du sisal, cette plante à la fibre résistante

Le 01/07/2026 à 08h10

VidéoLe sisal, fibre végétale résistante, faisait partie du quotidien et du paysage de la préfecture de Mali. Utilisé pour clôturer les exploitations agricoles ou fabriquer divers objets utilitaires, cette agave constituait une ressource précieuse pour les communautés rurales. Mais avec l’arrivée des grillages, des matériaux industriels et des produits manufacturés, cette plante a progressivement perdu de son importance.

À Mali, ses longues feuilles épaisses et ses tiges dressées continuent de marquer le paysage. Le sisal est encore visible dans plusieurs quartiers, le long de certaines concessions et sur d’anciennes parcelles agricoles.

Pourtant, cette plante qui faisait autrefois partie du quotidien des habitants semble désormais reléguée au rang de simple élément décoratif.

Avant la généralisation des grillages métalliques, il constituait une solution naturelle pour protéger les champs contre les incursions des animaux.

Planté en rangées compactes autour des exploitations, il formait une véritable barrière végétale. Mais son utilité ne s’arrêtait pas là. Les fibres extraites de ses feuilles servaient à fabriquer des cordes résistantes, des sacs destinés à différents usages domestiques, ainsi que des pinceaux et d’autres objets du quotidien. À une époque où les matériaux industriels étaient rares ou coûteux, le sisal représentait une ressource locale précieuse.

Pour Moussa Souaré, habitant de Mali, cette plante a longtemps rendu de nombreux services aux populations. «À ma connaissance, le sisal a été introduit à l’époque coloniale. Lorsqu’on l’alignait autour des champs, elle servait de clôture naturelle et empêchait les animaux d’y pénétrer. Une fois transformées, ses fibres pouvaient servir de cordes pour attacher divers objets, mais aussi à la fabrication de pinceaux pour la peinture et de nombreux articles du quotidien. C’est un matériau naturel et respectueux de l’environnement».

À quelques mètres de là, Ibrahima Sory Souaré observe cette plante qui a traversé les générations. Son regard trahit une certaine nostalgie. Il fait partie de ceux qui ont connu l’époque où le sisal était véritablement exploité.

À cette période, la culture et la transformation de la plante demandaient un savoir-faire particulier. Les feuilles étaient récoltées puis travaillées afin d’en extraire les fibres. Une opération longue et exigeante qui nécessitait patience et expérience. En montrant la haute tige florale qui domine la plante, il explique également les méthodes traditionnelles de reproduction du sisal.

«Cette tige que vous voyez au sommet de la plante, entourée d’épis, sert à la reproduction. Ces épis étaient récoltés puis replantés le long des bordures des champs pour former de nouvelles haies. C’était une pratique courante qui donnait également un aspect très esthétique aux espaces agricoles. C’était vraiment beau à voir».

Avec la modernisation des pratiques agricoles et l’arrivée de nouveaux matériaux, le sisal a progressivement perdu sa place.

Une évolution que regrette Moussa Souaré, convaincu que le sisal pourrait encore jouer un rôle important dans le développement local. «En réalité, les gens ont fini par négliger cette plante. Nous ne mettons pas suffisamment en valeur ce que nous avons ici, et c’est regrettable. Les producteurs locaux ne cultivent presque plus le sisal et certains cherchent même à le détruire, alors qu’il s’agit d’une ressource très importante et très utile. J’ai vu, dans certains pays d’Amérique du Sud, comment le sisal est valorisé. Là-bas, il sert à fabriquer des cordes, des sacs et de nombreux autres objets. C’est une plante qui possède une utilité économique et pratique considérable. C’est pourquoi il est important de lui accorder davantage d’attention et de préserver cette culture».

À l’heure où le monde s’intéresse de plus en plus aux matériaux biodégradables et aux alternatives écologiques, le sisal pourrait retrouver une nouvelle jeunesse. Mais à Mali, le temps semble jouer contre cette plante autrefois incontournable.

Faute de programmes de valorisation, de transmission des savoir-faire et d’intérêt économique, elle risque de disparaître peu à peu du quotidien des populations, ne laissant derrière elle que le souvenir d’une époque où elle participait pleinement à la vie des communautés rurales.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 01/07/2026 à 08h10