Récifs tourbeux: au Mozambique, une forêt engloutie vieille de 5.000 ans nourrit encore la mer

Vue aérienne de la petite île tropicale de Santa Carolina, qui fait partie de l'archipel de Bazaruto, au large des côtes du Mozambique.

Le 18/10/2026 à 12h21

Des chercheurs viennent d’identifier au large de Bazaruto, au Mozambique, des récifs tourbeux issus de forêts côtières submergées, avec une biodiversité comparable à celle des coraux et un rôle de nurserie pour requins, raies, tortues et petits poissons.

Au large de l’archipel mozambicain de Bazaruto, des chercheurs ont mis au jour des récifs tourbeux formés à partir de forêts côtières submergées il y a 5.000 ans.

La datation au carbone 14 situe la formation de ces dépôts organiques entre 300 et 5.000 ans, un intervalle qui raconte moins un événement brutal qu’une lente conquête de la mer sur le littoral.

Ce que les scientifiques décrivent n’est pas un simple vestige géologique. L’étude écologique recense entre 26 et 36 espèces de petits poissons, des requins, des raies et des tortues au sein de ces plateformes immergées. Autrement dit, un sol forestier ancien, devenu structure d’accueil pour la faune marine, fait aujourd’hui office de nurserie.

Mario Lebrato, auteur principal de l’étude et cofondateur de l’Observatoire océanique du BCSS, insiste sur ce point. Ces récifs tourbeux hébergent une biodiversité comparable à celle des coraux. La comparaison a de quoi déplacer le regard. Dans l’imaginaire conservationniste, le corail reste la référence absolue ; ici, c’est la tourbe, matière humide et obscure, qui porte une vie marine dense.

Les scientifiques ne cèdent pourtant pas à l’enthousiasme facile. Ils précisent que le rôle précis de ces formations dans le stockage du carbone demeure incertain et nécessite des mesures complémentaires. C’est la nuance décisive.

La découverte ouvre un chantier scientifique, pas une certitude climatique. Elle oblige à distinguer la valeur écologique immédiate, déjà documentée par la nurserie marine, et la valeur carbone, encore à établir.

Les scientifiques recommandent d’intégrer ces écosystèmes aux stratégies de conservation côtière. La recommandation est loin d’être accessoire. Si les récifs tourbeux abritent des juvéniles de poissons, de requins, de raies et de tortues, les politiques côtières qui ne protègent que les coraux laisseraient de côté une pièce du dispositif.

Les scientifiques indiquent aussi que des structures similaires pourraient exister en Afrique de l’Ouest. Une hypothèse qui élargit la portée de la trouvaille. Elle ne dit pas que ces récifs existent ailleurs ; elle dit que la méthode et le regard scientifique invitent à les chercher. La première mondiale menée par le Centre d’études scientifiques de Bazaruto avec des institutions britanniques, américaines et canadiennes donne à l’Afrique un rôle de pionnier dans l’exploration de ces habitats.

La nouveauté ne se trouve pas seulement dans les grands fonds lointains, elle peut surgir au large d’un archipel connu. Reste une question que les scientifiques posent sans la trancher: comment conserver des formations dont on connaît mal la contribution au stockage du carbone, mais dont on sait déjà qu’elles nourrissent la faune marine ?

La réponse ne peut être uniquement technique. Elle suppose des mesures complémentaires, une surveillance écologique et une intégration aux stratégies côtières. Bazaruto ne livre pas une solution miracle ; il livre une archive immergée et un signal d’alerte scientifique. La forêt engloutie n’est pas morte, elle travaille encore pour la mer.

Par Le360 (avec MAP)
Le 18/10/2026 à 12h21