Quelque 868 personnes ont perdu la vie dans 15.407 accidents de la circulation recensés au Sénégal en 2025, soit une moyenne de plus de 42 accidents et de deux à trois décès par jour, selon des données de l’Agence sénégalaise de la sécurité routière (ANASER). A ceux-là s’ajoutent 5.592 blessés graves et 9.536 blessés légers.
Quatre corridors en ressortent avec une netteté alarmante: Dakar, Thiès, la Route nationale n°1 (RN1) et la Route nationale n°2 (RN2). C’est là que se concentre l’essentiel de la mortalité, et c’est là que la répression comme la prévention doivent concentrer leurs forces.
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Dakar compte 8.503 accidents, soit 55,5% du total national. Pourtant, la capitale n’enregistre que 107 décès: une létalité de 1,26%, la plus faible du quatuor.
Dakar produit beaucoup de tôle froissée, mais peu de morts par accident. Le problème y est d’abord celui du volume et de la congestion, où les infractions mineures pullulent sans toujours tuer.
Dakar, Thiès, RN1, RN2: bilan comparé
| Corridor / Zone | Accidents recensés | Décès | Létalité (décès / accidents) | Constat clé |
|---|---|---|---|---|
| Dakar | 8 503 (55,5% du total national) | 107 | 1,26% | Fort volume d’accidents, faible létalité : trafic dense et vitesses réduites. |
| Thiès | 1 432 | 163 | 11,4% | Létalité près de dix fois supérieure à Dakar malgré six fois moins d’accidents. |
| RN1 | 1 458 | 141 | 9,7% | Corridor le plus meurtrier: non-respect des règles et excès de vitesse. |
| RN2 | Non communiqué (2e bilan en décès derrière RN1) | 92 | Non calculable | Plus de morts que l’autoroute A1 malgré un nombre d’accidents inférieur. |
| Total national | 15 407 | 868 | 5,6 % (moyenne) | 5 592 blessés graves, 9 536 blessés légers. |
Source: ANASER.
Thiès inverse radicalement la donne: 1.432 accidents, soit six fois moins que Dakar, mais 163 décès. La létalité y grimpe à 11,4%, près de dix fois celle de la capitale. Quand une région affiche un tiers de décès de plus que Dakar avec un volume d’accidents six fois inférieur, c’est que les conditions de circulation y sont structurellement plus meurtrières. Traversée par les grands axes nationaux, soumise à des vitesses élevées et à un non-respect massif des règles, Thiès est le point de convergence des risques.
La RN1, colonne vertébrale reliant Dakar à la frontière malienne, est le corridor le plus sanglant du pays: 1.458 accidents et 141 morts. Sa létalité (9,7%) est proche de celle de Thiès. La RN1 n’est pas une simple route, c’est une succession de pièges où le non-respect des règles et l’excès de vitesse transforment chaque dépassement en loterie. Le non-respect des règles de conduite, qui cause 30% des accidents mais près de 40% des décès au niveau national, y trouve son expression la plus brutale.
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La RN2, elle, détient le deuxième bilan le plus lourd avec 92 décès, derrière la RN1, alors que l’autoroute A1 la devance en nombre d’accidents. Un contraste riche d’enseignements: l’autoroute, malgré ses accidents, protège par sa conception (séparation des flux, accès contrôlés). La RN2, non. Quand une route nationale fait plus de morts qu’une autoroute qui a pourtant plus d’accidents, c’est que l’absence de séparation physique des voies et les comportements dangereux s’y combinent pour tuer. Défaut de maîtrise (25% des accidents) et imprudence (16%) y trouvent un terrain mortel.
Les données mensuelles confirment la concentration du risque: décembre (1 558 accidents), août (1 384) et octobre (1 380, dont 102 décès) correspondent aux périodes de fêtes et de grands déplacements. Ce ne sont pas les routes qui tuent, ce sont les comportements qui s’y déploient. Il faudrait ajouter que chaque blessé grave représente un coût sanitaire et productif considérable, faisant de ces corridors un enjeu de santé publique autant que de sécurité.
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Face à ce constat, la stratégie est de sévir et redoubler de vigilance sur ces quatre territoires. Contrôles de vitesse systématiques, sanctions immédiates du non-respect des règles, présence policière dissuasive sur la RN1 et la RN2, campagnes ciblées dans les zones périurbaines de Dakar et Thiès.
La répression seule ne suffira pas, mais sans elle, aucune évolution comportementale ne sera possible. Ces corridors sont le champ de bataille où le Sénégal peut, concrètement, inverser la courbe de la mortalité routière.
