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De futurs «nains pétroliers»? L’inexorable déclin des plus grands pays producteurs de pétrole d’Afrique

Mise à jour le 07/06/2021 à 14h39 Publié le 07/06/2021 à 13h58 Par Moussa Diop

#Economie
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#Algérie : Tendance lourde, le déclin des grands producteurs de pétrole africains est confirmée par une étude du think tank Shift Project, commanditée par le ministère français des Armées. Et pour ces futurs «nains pétroliers», dès 2030, l’exploitation des réserves restantes nécessitera des coûts élevés.

La chute annoncée de la production pétrolière au cours de la décennie 2020-2030 amorce inexorablement le déclin pétrolier des principaux pays producteurs africains. D’ici 2050, il est fort probable que les premiers producteurs de pétrole du continent –le Nigeria, l’Angola, l’Algérie, la Libye et l’Egypte- deviendront des «nains pétroliers».

Un rapport publié par le think tank Shift Project, et commandité par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) relevant du ministère français des Armées vient confirmer ce fait, chiffres et statistiques à l’appui.

Le document, «Approvisionnement pétrolier futur de l’Union européenne: état des réserves et perspectives de production des principaux pays fournisseurs», s’inquiète du déclin constaté des réserves pétrolières de certains des 16 principaux pays producteurs de pétrole dans le monde qui approvisionnent l’Union européenne, et permet de se faire une idée claire sur le déclin pétrolier des pays du continent.

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Parmi les conclusions de cette étude, le fait que les grands pays producteurs de pétrole d’Afrique connaîtront d’inquiétants déclins. Une tendance d’ores et déjà entamée pour certains pays producteurs de pétrole depuis de nombreuses années, la raréfaction de la découverte de nouveaux gisements ne parvenant plus à maintenir la production.

Pour parvenir à cette conclusion, les analystes ont passé en revue la production, les réserves des champs de pétrole exploités et les découvertes pétrolières de ces différents pays. Le déclin pétrolier des principaux producteurs de pétrole du continent est plus qu’inquiétant, selon leurs conclusions, tant les baisses de la production à partir de 2030 sont élevées pour des pays dont les économies sont essentiellement basées sur la rente pétrolière.

Par ailleurs, ce déclin annoncé est aggravé par le fait que l’exploitation des réserves de pétrole prouvées actuelles va de plus en plus nécessiter des coûts élevés, avec des points morts, allant de 40 à 100 dollars par baril de pétrole. C’est dire qu’un grand nombre de gisements, bien que découverts, risquent de ne pas être exploités à cause du problème de rentabilité qu’ils vont poser, accélérant ainsi le déclin de la production de plusieurs pays pétroliers africains.

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Globalement, ces déclins sont dus à l’épuisement progressif des réserves de pétrole contenues dans le sous-sol terrestre, à l’augmentation des charges d’exploitation, avec des points morts très élevés, rendant plusieurs champs pétroliers non rentables, avec, de plus, selon les prévisions, des cours du baril bas, et, autre donnée, les incertitudes liées au développement des énergies renouvelables, qui poussent certains investisseurs à délaisser leurs investissements dans l’industrie liée aux énergies fossiles.

L’ensemble des grands producteurs de pétrole d’Afrique sont touchés par ce phénomène de déclin. D’après l’étude du think tank Shift Project, certains grands producteurs du continent deviendront même des «nains pétroliers».

Nigeria : de 2,5 Mb/j à seulement 0,2 Mb/j en 2050

Premier producteur de pétrole africain depuis de nombreuses années, devant l’Angola et l’Algérie, la production de pétrole brut du Nigeria est en déclin depuis 2005, date à laquelle elle s’était établie à 2,5 Mb/j, pour se situer à 1,7 Mb/j en 2019. Or, le pétrole représente 90% des recettes en devises étrangères de la première puissance économique du continent, et plus de 50% des recettes du budget fédéral. C’est dire que le Nigeria est un géant qui dépend fortement de la rente pétrolière.

Ce déclin s’explique par le fait que le volume des découvertes de pétrole depuis 2005 demeure négligeable. Seulement 1 milliard de barils ont été découverts depuis cette date, malgré des investissements assez élevés dans l’exploration pétrolière.

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En conséquence, les réserves de pétrole brut cumulées du pays, depuis ses premières découvertes d’or noir, s’établissent actuellement à 44 milliards de barils. De ces réserves prouvées, il n’en est resté, à fin 2020, que près de 9 milliards de barils non exploités. C’est dire que le Nigeria a déjà consommé plus de 80% de ses réserves découvertes.

En plus de la baisse des découvertes, le coût d’exploitation des réserves restantes sera élevé, sachant que 65% des réserves restantes ont un point mort estimé supérieur à 40 dollars par baril, contre 20% de la production actuelle. Cela s’explique par le fait que les dernières découvertes ont été réalisées en partie en eaux profondes et très profondes, et que la taille moyenne des champs pétroliers découverts et ceux mis en production depuis 2019 est inférieure à 40 millions de barils.

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In fine, selon les projections du think tank, «les volumes des champs à ce jour en production devraient baisser de 65% à l’horizon 2030 et 95% d’ici 2050». En tenant compte des découvertes et mises en exploitation sur la période 2019-2030, la production de pétrole brut devrait baisser de 1,6 Mb/j à 1 Mb/j, soit une contraction de l’ordre de 40% sur la période. Et à l’horizon 2050, la production de pétrole brut du Nigeria devrait se situer à environ 0,2 Mb/j, très loin du pic de 2,5 Mb/j enregistré en 2005.


Angola: une baisse de 50% de la production d’ici 2030

L’Angola, second pays producteur de pétrole en Afrique actuellement, dont la production est essentiellement offshore, est lui aussi très affecté par le déclin pétrolier. La production pétrolière du pays recule d’ailleurs fortement depuis 2008.

En effet, depuis 2006, les découvertes de pétrole, exclusivement offshore, sont faibles en volume (4 milliards de barils découverts sur cette période), et ce, malgré les investissements importants consentis dans l’exploration de nouveaux gisements de pétrole. De plus, la taille moyenne des champs découverts ne dépasse pas les 100 millions de barils depuis 2010. De fait, après «un pic des réserves en 2004 à 12,2 milliards de barils,  en 2020, les réserves représentaient près de 5 milliards de barils, soit un taux de déplétion de 73% des découvertes cumulées», indiquent les auteurs du rapport.

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En conséquence, selon les projections du think tank, «les volumes des champs en production, à la date de 2020, devraient subir une baisse de l’ordre de 75% à 2030 et devenir négligeables à 2050».

Ainsi, la production du second producteur actuel de pétrole africain devrait se situer à 0,7 million de baril/jour (Mb/j) à l’horizon 2030, soit près de 50% par rapport à la production de 2019. Pire encore, la production angolaise, sauf en cas de nouvelles découvertes exceptionnelles, devrait chuter fortement pour devenir insignifiante, s’établissant à 0,1 Mb/j à l’horizon 2050.

L’exploitation du pétrole angolais, totalement en offshore, reste globalement rentable. En effet, «plus de la moitié de ces réserves présentent un point mort estimé supérieur à 40 dollars, tandis que le point mort des deux tiers de la production actuelle est estimé à moins de 40 dollars», soulignent les analystes de Shift Project.

Algérie: un déclin confirmé, un coût d’exploitation non rentable

Ce rapport ne fait que confirmer l’évident déclin pétrolier de l’Algérie. Il faut dire que cette baisse inexorable a démarré dès le début des années 1970. Depuis cette date, le rythme de croissance de la production algérienne n’a été que de 1,6% par an en moyenne, et ce, jusqu’en 2007, année au cours de laquelle la production a atteint un pic de 1,4 million de barils/jour. Depuis, le volume extrait du sous-sol pique littéralement du nez. En 2019, l’extraction d’hydrocarbures liquides était en recul de près de 24% par rapport au pic de 2007, année au cours de laquelle la production pétrolière algérienne a atteint un pic de 1,4 million de barils/jour. Et depuis cette date, la production ne cesse de reculer. En 2019, celle-ci avait chuté de près de 24% par rapport au pic de 2007.

Selon les analystes, la quasi-totalité de la production à 2020 provient des champs dont la date de découverte est antérieure à 2000. Et la production de ces champs devrait, selon les auteurs du rapport de Shift Project, diminuer de près de 50% à 2030 et de 92% à 2050.

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Parallèlement, les découvertes cumulées de pétrole ont faiblement augmenté depuis 2000 en Algérie. Elles n’ont augmenté depuis 2000 que de 1,2 milliard de barils (+4,5%).

Selon les projections du think tank, à cause du «résultat du taux élevé de déplétion [la diminution de la quantité, Ndlr] des réserves (79%) et des faibles perspectives de renouvellement, la production de pétrole brut de l’Algérie devrait poursuivre son déclin à un rythme comparable à celui observé depuis le pic de 2007, pour s’établir en 2030 de 38% en dessous du niveau de 2019 (0,7 Mb/j), et 65% en dessous en 2050 (0,4 Mb/j)».

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Enfin, en plus de la baisse de la production et de la faiblesse des découvertes, le plus inquiétant encore dans le cas algérien, demeure le coût d’exploitation exceptionnellement élevé des réserves restantes. En effet, les deux tiers des de ces réserves ont un point mort supérieur à 100 dollars par baril. Autrement dit, quel que soit le coût d’exploitation du tiers restant, il faudra au minimum un cours du baril supérieur à 80 dollars pour espérer une production rentable! Autant dire une équation impossible, au regard des projections actuelles.

Libye: une production au ralenti et un inéluctable déclin

La production pétrolière libyenne est au ralenti depuis une décennie à cause de la guerre civile. Toutefois, avec la signature d’un accord de paix entre les parties au conflit, la production de pétrole dans le pays devrait petit à petit retrouver son rythme de production d’avant 2011.

Toutefois, le déclin pétrolier libyen est aussi une réalité, du fait de la faiblesse des découvertes de pétrole, malgré d’importants investissements consentis. Depuis 1985, les découvertes n’ont augmenté les réserves prouvées que de 5 milliards de barils, pour une production cumulée sur cette période de 15 milliards de barils. C’est dire que les gisements découverts ne compensent plus la production.

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Du coup, les réserves ne cessent de se réduire. En 2020, les réserves restantes étaient estimées à 10 milliards de barils, soit l’équivalent de 25% des réserves découvertes cumulées du pays.

Les coûts d’exploitation des gisements qui seront exploités à l’avenir seront, de plus, très élevés. Le tiers des réserves restantes a un point mort supérieur à 60 dollars par barils. A titre de comparaison, seuls 7% des champs de pétrole actuellement en exploitation dans le pays ont un coût d’exploitation avec un point mort aussi élevé.

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A cause de la guerre civile, aucun développement de nouveaux champs n’est prévu dans l’immédiat. En conséquence, et en dépit d’un déclin assez lent des champs de pétrole libyen, la production pétrolière devrait passer, sur la période 2019-2030, de 1,1 Mb/j à 1 Mb/j. Un niveau qui sera inférieur à celui d’avant la guerre civile, avec une production de 1,6 Mb/j en 2010.

Selon les projections de Shift Project, «sur l’ensemble de la période 2019-2050, la production libyenne devrait décliner de près de 60% à 0,4 Mb/J». On est très loin du pic de la production pétrolière atteint en 1970, avec 3,3 Mb/J.

Egypte: entre 2019 et 2030, une production qui devrait baisser de de moitié

Producteur de pétrole depuis les années 1920, la production égyptienne n’a cessé de baisser depuis 1996, malgré l’augmentation du nombre de champs en exploitation (un total de 250 champs en 2019), poussant le pays à devenir un net importateur de produits pétroliers.

Après avoir atteint un pic de production record de 0,9 Mb/j en 1996, la production ne cesse depuis de décliner, pour se situer à 0,6 Mb/j en 2019, soit une baisse de 35% par rapport à ce pic.

En effet, depuis 1982, l’extraction du pétrole n’est plus compensée par de nouvelles découvertes. Les réserves de pétrole sont en déclin continu. En 2020, les réserves de pétrole brut étaient estimées à 2,2 milliards de barils, l’équivalent de 15% des découvertes cumulées depuis les premières découvertes, soit un total cumulé de 14,4 milliards de barils.

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De plus, l’exploitation des nouvelles découvertes, estimées à 2 milliards de barils de pétrole brut ne devrait pouvoir s’effectuer qu’à des coûts de production plus élevés, à cause de la taille moyenne des champs découverts depuis 2000. La production de pétrole, en conséquence, sera quasi-systématiquement inférieure au seuil actuel de 30 millions de barils. En effet, l’estimation faite sur les 73% des réserves restantes a un point mort supérieur à 40 dollars par baril. Pire encore, le point mort de certains champs est même supérieur à 80 dollars le baril. 

Selon les projections des auteurs de ce rapport, «les volumes des champs en production, à la date de 2020, devraient subir une baisse proche de 60% en 2030 et de plus de 90% à l’horizon 2050». En conséquence, sur la période 2019-2050, la production pétrolière égyptienne devrait baisser de 0,5 Mb/j à environ 0,2 Mb/j.

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Toutefois, d’importants gisements gaziers ont été découverts dans les eaux territoriales méditerranéennes du pays, ce qui permettra au pays de compenser son déclin pétrolier. L’Egypte, «Mère du Monde», vient en effet de se hisser au 13e rang mondial des pays producteurs de gaz en 2020.
Le 07/06/2021 Par Moussa Diop