Politique

Côte d’Ivoire: les Gbagbo, un couple au destin troublé

Adulés par les uns, détestés, voire haïs par les autres, les Gbagbo n’ont jamais fait l’unanimité. Le couple qui s’est forgé dans la politique aura vécu des hauts et des bas, et connu la prison plusieurs fois.

Par Georges Moihet (Abidjan, correspondance)
Le 29/03/2017 à 18h43, mis à jour le 29/03/2017 à 18h45
Couple gbagbo
DR

Décrite comme rugueuse, inflexible, combattante politique redoutable, Simone Ehivet enseignante de lettres modernes (doctorat de l’Université de Dakar) a fait ses armes au sein d'une association de jeunesse catholique avant de militer dans des syndicats d’enseignants du secondaire, puis à l’université d’Abidjan où elle dirigea le tout puissant Synesci, considéré à l’époque comme le repaire des opposants au régime d’Houphouët-Boigny.

Son activisme lui vaut d'attirer l’attention, en 1973, d’un certain Laurent Gbagbo, considéré comme un agitateur par le régime et déjà passé par la case prison (de mars 1971 à janvier 1973). En 1982, devenus entre-temps intimes, ils fondent ensemble un mouvement politique clandestin d’obédience maxiste-léniniste.

Traqué par le pouvoir, Laurent contraint à l’exil laisse alors les rênes de l’organisation à Simone, la seule femme du groupe de contestataires, qui le dirige jusqu’à son retour en 1988. Ce sera ensuite un discret mariage puis la constitution du Front populaire ivoirien (FPI) dans le sillage du Discours de La Baule.

Le vent de démocratie qui souffle sur le continent va parfois tourner à la tempête à Abidjan. En pleine crise économique, le discours de Laurent Gbagbo trouve un écho favorable dans la population désabusée par les plans d’ajustement structurel.

Commencent alors les premières manifestations politiques réprimées jusqu’au jour fatidique du 18 février 1992. Ce jour-là, dénonçant une descente musclée de l’armée ayant eu lieu la veille sur le campus universitaire, le couple prend la tête d’une grande manifestation durement réprimée. Simone est battue jusqu'au sang et internée dans un centre hospitalier. Laurent lui, manque d'être tué avant d’être emprisonné à la MACA, le centre pénitencier d’Abidjan, où il sera rejoint par son épouse, plus tard.

Condamné pour subversion, le couple, gracié par Houphouët-Boigny, ressort de prison au bout de six mois plus déterminé que jamais à poursuivre son combat politique. Début 2001, à la suite d’une élection présidentielle, Laurent prend le pouvoir. Une consécration qui aurait dû constituer un moment de répit après deux décennies de lutte politique incessante. Mais à peine après un an de pouvoir Laurent doit faire face à une rébellion à relent politique.

Cet épisode va contraindre le couple à retourner dans l’arène politique marquée cette fois par la violence armée. Lui se charge des négociations politiques pour tenter de sortir de la crise, en interne et à l’extérieur, alors qu'elle prend en main le FPI et se charge de la mobilisation populaire, réunissant des dizaines de milliers de partisans à chacune de ses sorties.

On prêtera à Simone une influence importante sur l’appareil sécuritaire du régime, via notamment son aide de camp, le commandant Seka Seka (condamné en 2015 à 20 ans de prison pour assassinat).

Arrive ensuite la présidentielle de 2010 dans un climat politique délétère. Les Gbagbo se braquent contre la victoire d’Alassane Ouattara, criant à la fraude dans la partie nord du pays contrôlée par la rébellion. Simone est alors présentée comme celle qui incite, voire impose, à son époux de se maintenir au pouvoir. Elle concentre alors bien des rancœurs.


L'arrestation du couple s’est faite dans la violence en 11 avril 2011. Laurent est transféré à la CPI où son jugement est en cours. Simone, pour qui Abidjan refuse toute extradition malgré les appels répétés de La Haye, a été condamnée une première fois à 20 ans de prison en 2015 pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Elle vient toutefois d’être acquittée lors d'un second procès, où elle était accusée, comme son époux, de crime de guerre et de crime contre l’humanité. Peut-être un autre signe du destin… 

Par Georges Moihet (Abidjan, correspondance)
Le 29/03/2017 à 18h43, mis à jour le 29/03/2017 à 18h45

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