Sachets et bouteilles en plastique sur les trottoirs, les rues comme dans les caniveaux, ventes à la sauvette sur les routes, occupations anarchique des trottoirs, alcool et téléphone au volant, cigarettes dans les lieux publics… La liste des interdits allègrement violés, au vu et au su de tous, est vraiment longue en Côte d’Ivoire.
A l'école comme au marché, dans les administrations et sur les routes, l'incivisme gangrène tous les aspects de la vie en société dans le pays. Que ce soit dans la capitale économique, à Abidjan, ou dans les autres grandes villes, citoyens et autorités sont régulièrement tous concernés par ces violations. L’incivisme a donc la peau dure et menace toujours davantage l'ordre.
«Je dénonce chaque jour la violation de ces différents interdits. Il faut que le gouvernement réfléchisse à la faisabilité des choses, à la mise en application des lois avant de les adopter. Sinon, comment comprendre que des gens continuent de fumer en public, de boire au volant et de commercialiser les sachets plastiques sans faux fuyants. C’est ridicule et honteux», s’indigne Tom de Genèse, un artiste-chanteur engagé.
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Les secteurs du transport et de l'éducation sont, entre autres, ceux dans lesquels l'incivisme est omniprésent.
De septembre à décembre 2021, les autorités ivoiriennes ont enregistré 300.000 cas d'infractions liées à l'incivisme routier. Au niveau de l'éducation, le phénomène des congés anticipés, c'est-à-dire le fait pour des élèves de perturber l'école et faire arrêter les cours plus tôt, avant la date officielle des congés scolaires, est en vogue. En décembre 2021, 70 apprenants ont même été arrêtés, puis transférés dans un centre de redressement à cause de l'incivisme.
«Il faut véritablement mettre en place un vrai plan de sensibilisation au niveau national; un vrai plan d’éducation pour toucher toutes les couches et contrées du pays c’est important et c’est après cela qu’on va véritablement prendre la chicote», suggère Alexis Gouanou, qui fait partie des autorités municipales.
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«Quand l’Etat donne le signal, il faut que dans un pays responsable, qui a des citoyens responsables, les gens mettent en pratique ce que les autorités leur demandent, car c’est pour leur bien-être», ajoute Aimond William Oula, président les amis de la République.
Pourtant, les violations de ces règles sont passibles d’amendes financières et même de peines d'emprisonnement. Par exemple, la production, l'importation, la commercialisation, la détention ou l'utilisation des sachets plastiques sont interdits depuis 2013. Et la loi prévoit jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 1 million de fcfa d'amende (environ 1.500 euros). Mais, faute d’application de cette loi et des sanctions prévues, les citoyens continuent à la violer comme si de rien était.
Outre la sensibilisation et la répression, la refonte du système éducatif, l'exemplarité des autorités dans la gestion des affaires publiques et bien d'autres mesures sont à expérimenter. Ainsi, certains traditionalistes proposent le retour aux valeurs africaines pour venir à bout de l'incivisme qui est grandissant dans le pays.
«Nous constatons tous qu’il y a des choses qui laissent à désirer dans nos comportements collectifs, alors nous devons les corriger. Par exemple, la valeur africaine du respect de l’aîné, cette tradition nécessite aujourd’hui une attention particulière», déclare Clément Apiti, chef du village de Yopougon-Kouté.