Droits d’auteur en Guinée: la colère gronde face à des redevances jugées insuffisantes

Artistes sur scène en Guinée

Le 09/05/2026 à 09h29

VidéoLa question de la répartition des droits d’auteur revient au cœur de l’actualité. Plusieurs artistes dénoncent des montants perçus qu’ils jugent dérisoires, malgré des années d’activité. Entre incompréhensions, défis liés au numérique et cadre réglementaire complexe, le système de gestion des droits est aujourd’hui vivement critiqué.

Depuis quelques jours, des artistes montent au créneau pour dénoncer des redevances qu’ils estiment largement en deçà de leurs attentes.

Certains affirment n’avoir perçu que 600.000 francs guinéens, soit environ 60 dollars, après plusieurs années d’exploitation de leurs œuvres.

Face à la polémique, le Bureau guinéen des droits d’auteur (BGDA) tente d’apporter des éléments de réponse sur le fonctionnement du système de répartition. «La République de Guinée dispose de onze lignes de droits, mais seulement neuf sont actuellement recouvrées. Ces neuf droits, collectés au niveau de l’Assemblée, permettent de couvrir intégralement le pays au profit des auteurs, conformément à un arrêté de répartition», confie Moussa Fofana, DG du Bureau guinéen des droits d’auteurs (BGDA).

Mais ces explications peinent à convaincre une partie des artistes, qui dénoncent un manque de transparence et réclament une meilleure lisibilité dans les critères de calcul des redevances. Pour eux, la question dépasse le cadre technique et interpelle directement les autorités.

Dans ce contexte, certaines voix du monde culturel appellent à une implication plus forte de l’État: «le président de la République est ferme, les artistes ne doivent pas être piétinés. C’est pourquoi la notion de la culture est soulignée dans les prérogatives du président. Le président est le protecteur des arts et des lettres. Aucune catégorie artistique de création n’est mise à l’écart. Même les interprètes qui pourtant ne créent pas mais reprennent, sont pris en compte», confie Mamadou Lamine Diallo, humoriste.

Au-delà des critiques, le BGDA met également en avant des défis structurels majeurs, notamment liés à l’évolution des usages numériques.

La piraterie fragilise la collecte des droits. «La première difficulté, c’est la piraterie qui n’est plus physique, ce ne sont plus les cassettes, les CD ou les clés USB. C’est une piraterie en ligne: le streaming, l’utilisation non déclarée des œuvres, la non maîtrise de la monétisation des contenus en ligne. Nous sommes en train de nous positionner comme tous les autres pays. Inchallah, nous allons maîtriser cela dans les prochains mois», confie le DG du BGDA.

Entre attentes fortes des artistes et contraintes du système, la question de la réforme devient inévitable. Transparence accrue, modernisation des outils de collecte, meilleure régulation du numérique: autant de leviers évoqués pour redonner confiance aux créateurs.

En attendant des changements concrets, une chose est sûre: les artistes guinéens entendent désormais faire entendre leur voix pour défendre leurs droits et leur dignité.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 09/05/2026 à 09h29