Libreville. Le Festival du livre gabonais et des arts dédié aux diasporas: l’Afrique vue par ceux qui n’y sont plus

Des livres exposés lors du Festival International du Livre Gabonais et des Arts (FILIGA) au Musée National des Arts, Rites et Traditions du Gabon.

Le 30/05/2026 à 08h50

VidéoDu 28 au 30 mai se tient la cinquième édition du Festival International du Livre Gabonais et des Arts (FILIGA) au Musée National des Arts, Rites et Traditions du Gabon auquel prennent part une dizaine de pays réunis autour d’un thème: «L’Afrique et ses diasporas, regards croisés sur le monde». Plumes, voix et imaginaires se rencontrent dans une traversée intime et collective, où la littérature dialogue avec l’histoire, les rites et les blessures partagées.

Ambiance feutrée mais intense au Musée national. Des écrivains venus du Burkina Faso, du Bénin, du Cameroun, de la RDC, du Congo-Brazzaville, de Guinée Conakry, et bien sûr de Centrafrique, les cinq invités d’honneur, répondent à une même urgence: raconter l’Afrique non comme un objet, mais comme un sujet qui traverse le monde et se réinvente dans ses diasporas.

«Faire connaître notre culture littéraire»: la voix centrafricaine. Oser Balizou, écrivain centrafricain, pose d’emblée le ton: «Il est important de faire connaître notre culture littéraire. Mes œuvres parlent de développement personnel, mais mes collègues évoquent la culture et les crises qui ont secoué notre pays.»

Derrière les mots, une évidence : la littérature centrafricaine ne se réduit ni à la plainte ni à l’oubli. Elle puise dans la résilience pour construire des récits de transmission.

À 37 ans passés à la faculté des lettres et sciences humaines de l’Université Omar Bongo, Honorine Ngou, essayiste, romancière et désormais libraire, incarne la mémoire vivante des lettres gabonaises. Aujourd’hui exposante au festival, elle propose une diversité assumée: «Je vends les livres des autres et mes propres livres. Mon livre phare cette année est un recueil de contes intitulé Les cinquante contes éducatifs fang. Ce n’est pas restrictif. Quand on dit transmission des valeurs, c’est universel. Je m’adresse à l’âme, et tout le monde peut s’y retrouver.»

En quelques phrases, elle déplace le regard, le conte n’est pas un folklore, mais une philosophie accessible.

Paul Ulrich Kessany, ministre gabonais de la Culture, rappelle l’enjeu politique et symbolique de cette édition «Cette cinquième édition sur le thème L’Afrique et ses diasporas, regards croisés sur le monde nous invite à réfléchir sur les liens historiques, culturels et humains qui unissent le continent africain et ses diasporas. Ce thème résonne avec une acuité particulière dans le contexte actuel où les questions d’identité, de mémoire, de mobilité et de coopération culturelle occupent une place essentielle dans les débats contemporains».

Une manière de dire que le FILIGA n’est pas une simple vitrine livresque, mais une arène de pensée pour l’Afrique d’aujourd’hui et de demain.

Jusqu’au 30 mai, Libreville devient ainsi une page blanche où s’écrivent les ponts entre les rives du passé et les langages du futur. Ici, un auteur centrafricain dialogue avec un conteur gabonais; là, une libraire de 37 ans de carrière offre à un jeune lecteur un récit où les rites fang s’ouvrent au monde. Le FILIGA ne raconte pas seulement l’Afrique: il la fait respirer, par tous ses souffles épars et rassemblés.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 30/05/2026 à 08h50