Cacao camerounais: 61 604 tonnes volatilisées des statistiques officielles en une seule saison

Le 09/08/2026 à 16h07

Un an après avoir touché un sommet historique, la filière cacao camerounaise essuie une contraction de près de 20% de ses volumes commercialisés. Un revers brutal qui masque une réalité bien plus trouble où une partie de la récolte semble échapper aux radars officiels, entre aléas climatiques et attractivité des circuits frontaliers.

61 604 tonnes de cacao volatilisées des statistiques officielles en une seule saison: le Cameroun encaisse un choc aux allures de crise de confiance. Aléas du climat ou ruée silencieuse vers les acheteurs nigérians ? La chute record du cacao camerounais raconte bien plus qu’une simple météo défavorable.

Selon les données de l’Office national du cacao et du café (ONCC), la production nationale commercialisée de cacao au Cameroun a chuté de 19,9% au terme de la campagne 2025-2026, pour s’établir à 247.914 tonnes, contre 309.518 tonnes lors de la saison précédente. Il s’agit du volume le plus faible enregistré au cours des cinq dernières campagnes, précise la même source, relevant que cette baisse de 61.604 tonnes intervient après la campagne record de 2024-2025, au cours de laquelle 309.518 tonnes de cacao avaient été commercialisées, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré par la filière camerounaise.

D’après l’ONCC, les volumes publiés correspondent exclusivement aux fèves ayant transité par les circuits officiels de commercialisation et n’intègrent ni les stocks reportés, ni les ventes différées, ni les éventuels flux échappant aux circuits réglementés. Les autorités camerounaises compétentes n’ont pas encore fourni d’explication officielle ou analyse détaillée sur les causes de cette contraction qui intervient après une campagne exceptionnelle.

Toutefois, des observateurs, cités par des médias locaux, estiment que plusieurs facteurs, dont les changements climatiques qui affectent la floraison des cacaoyers, l’évolution des cours internationaux, les conditions de production et le comportement des producteurs, auraient impacté les volumes commercialisés. A noter que la campagne cacaoyère 2025-2026, ouverte le 1er août 2025, s’est achevée le 15 juillet dernier.

Notons qu’en passant de 309 518 tonnes, un sommet historique, à 247 914 tonnes en une seule campagne, la production commercialisée de cacao camerounais ne recule pas simplement de 19,9% ; elle signe un effondrement qui interroge la solidité même des équilibres de la filière.

L’Office national du cacao et du café (ONCC) livre un chiffre brut, inédit par sa sévérité, tout en se gardant de l’accompagner d’une quelconque explication officielle. Ce silence, au lendemain d’une moisson record, transforme la statistique en symptôme d’un dérèglement plus profond, où se croisent aléas météorologiques, signaux de marché et géographie discrète des circuits parallèles.

Le communiqué de l’ONCC comporte un aveu technique lourd de sens: les volumes publiés correspondent exclusivement aux fèves ayant transité par les circuits réglementés, ni stocks reportés ni ventes différées, et encore moins ces «éventuels flux échappant aux circuits réglementés». Autrement dit, 61 604 tonnes ont disparu des radars officiels, sans que l’on puisse déterminer la part qui relève d’un véritable accident agronomique et celle qui a délibérément fui les marchés contrôlés. Une distinction qui est pourtant cruciale.

Quand les observateurs locaux, cités sans être nommés, invoquent pêle-mêle «les changements climatiques affectant la floraison», «l’évolution des cours internationaux», «les conditions de production» et «le comportement des producteurs», ils dessinent une réalité bien connue des initiés: une partie de la récolte peut prendre le chemin du Nigeria voisin, où le naira et l’organisation des achats aux frontières offrent parfois des prix plus attractifs aux planteurs que le système camerounais de commercialisation.

Un glissement sémantique du «comportement des producteurs» qui est un marqueur. Il désigne sans la nommer la rationalité économique de planteurs qui, face à une volatilité des prix bord champ et à des coûts d’intrants en hausse, maximisent leur revenu immédiat en s’écartant des canaux officiels.

La chute brutale de la production déclarée serait alors moins le reflet d’un effondrement agronomique global que le symptôme aigu d’un divorce grandissant entre les réalités du verger et la capacité de l’État à capter la récolte dans ses statistiques. Les conditions climatiques défavorables ont certainement amputé le potentiel productif, mais l’ampleur de la dégringolade suggère que l’hémorragie invisible vers les marchés informels a joué un rôle d’amplificateur.

Après une campagne exceptionnelle qui avait pu donner l’illusion d’une filière apaisée et performante, le Cameroun se retrouve avec le volume commercialisé le plus faible en cinq ans. Une photographie instantanée qui agit comme un révélateur de fragilités structurelles: une dépendance à des conditions pluviométriques de plus en plus irrégulières, un différentiel de prix transfrontalier agissant comme un aimant sur la production, et une gouvernance de la commercialisation qui peine à fidéliser les planteurs dans les circuits officiels. Derrière la variation statistique, c’est toute l’architecture d’une économie cacaoyère qui grince, partagée entre la mémoire d’un record et l’épreuve d’une défection silencieuse des producteurs.

Par Le360 (avec MAP)
Le 09/08/2026 à 16h07