Côte d’Ivoire: le secteur privé est appelé à porter 70% du PND 2026-2030. Jusqu’où peut-il financer le rêve ivoirien sans en redéfinir les priorités ?

Côte d’Ivoire: le secteur privé veut s’associer au financement du PND 2026-2030

Le 23/06/2026 à 10h56

En confiant 70% des investissements du Plan National de Développement (PND) 2026-2030 au secteur privé, la Côte d’Ivoire redessine radicalement la frontière entre l’État et les affaires. Une réunion lundi à Abidjan a affiché l’unisson, mais soulève autant d’espoirs que d’interrogations sur la capacité réelle des entreprises à mobiliser 122,9 milliards d’euros.

175 milliards d’euros d’investissements, dont 122,9 milliards (70% de l’enveloppe) doivent sortir des caisses privées. Une proportion inédite qui transforme le secteur privé ivoirien de partenaire en pilier exclusif d’un édifice public. Le chiffre a le tranchant d’un pari faustien. Le secteur privé en Côte d’Ivoire a fait part lundi à Abidjan, de sa volonté de contribuer à la mise en œuvre du Plan National de Développement (PND) 2026-2030, en mobilisant les fonds nécessaires à cette fin.

Cette annonce a été fait lors d’une réunion de travail tenue par le ministre ivoirien du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, avec les représentants du secteur privé, relève une note du gouvernement ivoirien. Selon les chiffres officiels, le financement du PND repose sur une mobilisation conjointe des ressources publiques, des capitaux privés et des investissements internationaux, alors que le secteur privé est appelé à porter 70,02% de l’enveloppe globale, soit près de 122,9 milliards d’euros (80.614,7 milliards FCFA).

Notons que le PND 2026-2030 prévoit un volume global d’investissements de plus de 175 milliards d’euros (114.838,5 milliards de Fcfa). A cette occasion, le président de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire, Ahmed Cissé a indiqué que le secteur privé est prêt à déployer ses capitaux pour l’avenir économique du pays.

«Le secteur privé ivoirien est prêt. Prêt à innover, prêt à déployer ses capitaux et son savoir-faire, prêt surtout à co- construire l’avenir économique de notre nation aux côtés de l’État», a-t-il dit. De son côté, le ministre du Plan et du Développement a indiqué que la Côte d’Ivoire engage un nouveau cycle d’investissement et de transformation économique et sociale reposant sur six piliers stratégiques. Dans ce sens, il a fait savoir que le PND prévoit une croissance économique moyenne de 7,2% pour la période 2026-2030 et vise à ‘’construire une nation stable, ambitieuse et solidaire’’.

Il n’a pas manqué de relever que la troisième génération du PND porte sur des projets structurants, notamment dans les secteurs de l’agriculture et de l’agro-industrie, des transports et des infrastructures, de l’énergie et des mines, de l’éducation et de la santé, du numérique et de l’habitat, ainsi que du pilotage et de la gouvernance. Le gouvernement ivoirien prévoit l’organisation les 8 et 9 juillet prochain à Abidjan d’un Groupe consultatif, lequel doit permettre de mobiliser près de 17 milliards d’euros (11.138,2 milliards Fcfa) auprès des investisseurs.

Derrière l’unité affichée, se joue une reconfiguration profonde du pacte national: là où l’État redistributeur cède la place à l’État facilitant, les entreprises deviennent les architectes de l’agriculture, de l’énergie, du numérique, de l’habitat, c’est-à-dire du quotidien des Ivoiriens. La contrepartie tacite est lourde: une croissance projetée de 7,2% en moyenne, qui doit légitimer l’endettement privé et convaincre les investisseurs étrangers lors du Groupe consultatif des 8 et 9 juillet. Mais la Côte d’Ivoire a-t-elle la profondeur financière pour absorber une telle promesse ? Le tissu entrepreneurial local, dominé par quelques grands groupes, peut-il mobiliser près de 81 000 milliards de FCFA sans recourir massivement aux marchés internationaux, exposant alors le pays au risque de change et à la volatilité des capitaux ?

Et si l’objectif de 17 milliards d’euros à collecter en juillet venait à trébucher, quel pilier céderait en premier ? Le ministre énumère six piliers stratégiques, mais ne précise aucun mécanisme de garantie publique, aucun filet de sécurité. Le ministre parle de co-construire l’avenir ; on entend surtout le bruit d’une privatisation douce des grandes orientations nationales, où la feuille de route macroéconomique devient le terrain de jeu de l’actionnariat privé.

Le PND 2026-2030 de la Côte d’Ivoire n’est pas un simple cadre programmatique: c’est un transfert de responsabilités historiques, dont le premier crash-test se tiendra à Abidjan dans quinze jours.

Par Le360 (avec MAP)
Le 23/06/2026 à 10h56