Le gouvernement ghanéen vient de lancer une revue complète du réseau électrique et des infrastructures énergétiques du pays, à la suite des récentes perturbations du système, a rapporté lundi l’Agence ghanéenne de presse (GNA).
Mieux, le pays ne se contente plus de constater les défaillances de son système électrique: il passe à l’offensive. En lançant une revue complète du réseau et des infrastructures énergétiques, le gouvernement d’Accra envoie un signal fort aux opérateurs privés. Derrière ce diagnostic indépendant se profile un pipeline d’opportunités commerciales qui va bien au-delà de la simple remise en état.
Lire aussi : Un été de pénuries d’électricité et d’essence dans une Libye riche en pétrole
Annoncée lundi 31 août 2026, l’initiative vise à «fournir une évaluation indépendante de l’état et des performances des infrastructures électriques», selon les propos rapportés du ministre de l’Énergie et de la Transition écologique du Ghana, Dr John Abdulai Jinapor. S’exprimant lors de la conférence «Future of Energy 2026» organisée par l’Africa Centre for Energy Policy (ACEP), le ministre a précisé qu’une équipe d’experts a été chargée d’établir un diagnostic précis. Une démarche qui n’a rien d’un simple exercice administratif: elle doit garantir une alimentation «fiable et prévisible», condition posée pour soutenir l’industrialisation du pays.
Or, qui dit fiabilité dit modernisation des équipements, supervision intelligente, renforcement des lignes de transport et digitalisation des postes. Les spécialistes des smart grids et des systèmes de contrôle-commande y verront un terrain d’autant plus fertile qu’il est explicitement évoqué le renforcement du réseau de transport et l’investissement dans des capacités de stockage pour absorber les pics de demande. Le stockage d’énergie, en particulier, apparaît comme un segment à fort potentiel, encore peu développé en Afrique de l’Ouest, et directement lié à l’intégration croissante des énergies renouvelables.
L’assainissement financier du secteur change la donne pour les investisseurs. Le ministre indique que le gouvernement ghanéen avait réglé 1,7 milliard de dollars de dettes héritées envers les producteurs indépendants d’électricité (IPP) et rétabli la garantie de la Banque mondiale. Un double signal qui réduit considérablement le risque perçu par les développeurs de projets et les financiers. Les banques et fonds d’infrastructure, qui hésitaient face aux arriérés de paiement, peuvent désormais envisager des partenariats public-privé avec une visibilité contractuelle restaurée.
Lire aussi : Secteur électrique africain: ce que la présence de 24 pays à Marrakech dit du leadership continental du Maroc
Le basculement d’une grande partie de la production thermique des combustibles liquides vers le gaz a déjà permis d’économiser environ 500 millions de dollars l’année dernière, grâce à la baisse des importations de carburants. Une transition qui ouvre un marché pour les équipementiers spécialisés dans les turbines à gaz, les systèmes de conversion et la logistique gazière. Parallèlement, l’appel d’offres annoncé pour 1 200 MW de nouvelles capacités thermiques, avec une mise en service prévue à l’horizon 2029, constitue l’opportunité la plus visible. Les grands groupes internationaux de construction de centrales, les fabricants de turbines et les cabinets d’ingénierie spécialisés dans les cycles combinés vont se positionner.
Mais l’évaluation elle-même est une première source de contrats: audits techniques, due diligences, modélisation des flux, analyse de la vétusté des ouvrages. Les cabinets d’ingénierie et les auditeurs indépendants peuvent espérer des missions immédiates, souvent rémunérées par des bailleurs internationaux. Enfin, la diversification du mix via les renouvelables ouvre la voie à des projets solaires ou éoliens avec des solutions de stockage, à condition de garantir leur intégration au réseau.
En somme, le Ghana ne cherche pas seulement à réparer un système défaillant ; il crée un cadre propice aux affaires. L’évaluation en cours servira de base à une vague d’investissements qui touchera toute la chaîne de valeur, des études techniques à la construction, en passant par la digitalisation et le financement. Les acteurs qui sauront lire ce diagnostic comme un appel d’offres déguisé auront une longueur d’avance.
