Un été de pénuries d’électricité et d’essence dans une Libye riche en pétrole

Les exportations d’hydrocarbures libyennes, source quasi exclusive de financement public, ne bénéficient plus pleinement au pays.

Le 28/08/2026 à 14h54

Longues coupures d’électricité en pleine canicule et pénuries d’essence: l’été 2026 est l’un des pires des dernières années en Libye, pays pourtant doté des plus abondantes réserves de pétrole d’Afrique.

Pour les experts comme pour l’ONU, ces problèmes s’expliquent par une mauvaise gouvernance, des investissements insuffisants, un manque d’entretien des infrastructures et une corruption endémique dans ce pays instable et divisé depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

La Libye, dont les réserves prouvées de pétrole brut atteignent environ 48 milliards de barils, est gouvernée par deux exécutifs parallèles: l’un à l’ouest basé à Tripoli, reconnu par l’ONU, et l’autre à l’est installé à Benghazi et contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar.

A Tripoli, les températures infernales cet été se traduisent par des fermetures de magasins et des pertes de denrées alimentaires, en raison de longs délestages, destinés à soulager un réseau électrique sollicité au-delà de ses capacités.

Dans son épicerie, Slimane Fitouri contrôle régulièrement le générateur qu’il s’est procuré pour rester ouvert avec une température extérieure frôlant les 50 degrés.

«A cause des coupures de courant, deux réfrigérateurs sont hors service et mes produits laitiers ont tourné, je ne sais pas combien de temps je vais tenir», confie-t-il à l’AFP.

Pendant que les clients poursuivent leurs emplettes à la lumière de leurs téléphones, M. Fitouri met en route son générateur.

Ces groupes électrogènes nécessitent de grandes quantités de carburant. «C’est très coûteux et ça double mes pertes», dit l’épicier.

«J’ai quatre enfants et ma femme m’a forcé à acheter un générateur car ils n’arrivent pas à dormir avec cette chaleur et l’humidité», explique à l’AFP Abderrahmane Souissi, employé au ministère de la Santé, rencontré dans une boutique de groupes électrogènes.

«Les prix (des générateurs) sont très élevés et le mazout pour les actionner est introuvable, cela laisse perplexe dans un pays aussi riche en ressources pétrolières», ajoute-t-il.

L’AFP a effectivement filmé des files interminables de voitures devant les stations-service. L’attente peut «durer six heures ou plus» et les queues « s’étalent parfois sur 4 km », déplore Abdeslam Zarti, après avoir obtenu la quantité d’essence à laquelle il a droit.

Un comble dans un pays qui produit 1,5 million de barils par jour, avec l’ambition d’atteindre les 2 millions de bpj.

Pour Béchir Jouini, chercheur sur la Libye, cette crise est « complexe » car le pays est certes « producteur de pétrole mais dépend de ses importations » de carburants pour approvisionner les automobilistes et alimenter les centrales électriques.

Selon des données officielles, les raffineries locales ne fournissent que 30% des besoins en carburants, les 70% restants devant être importés. En 2025, le pays a dû faire venir de l’étranger pour 7,8 milliards de dollars de produits pétroliers raffinés, selon la compagnie pétrolière publique NOC.

Ce déficit est aggravé « par des problèmes de contrebande » des carburants sortant des raffineries libyennes, revendus à l’étranger par des trafiquants, et par un « manque d’entretien des centrales électriques », souligne M. Jouini.

«Corruption endémique»

Le gouvernement libyen « dispose des ressources et de la trésorerie nécessaires », accordant d’« énormes budgets à la compagnie électrique nationale » mais le pays « souffre d’une mauvaise gouvernance et la corruption est endémique », dénonce l’expert.

La cheffe de la mission de l’ONU en Libye, Hanna Tetteh, a récemment souligné devant le Conseil de sécurité l’absurdité de la situation dans un pays si riche en pétrole.

«Les récents et vastes délestages d’électricité et le mécontentement de la population, aggravés par une vague de chaleur prolongée, ont mis en lumière les conséquences de la fragmentation institutionnelle» entre l’est et l’ouest, a critiqué Mme Tetteh.

Elle a également pointé «le sous-investissement» dans les infrastructures et «un manque de coordination dans la prise de décisions» comme «autant de défaillances dans la gouvernance».

La crise a été accentuée par des attaques de drones début août sur l’immense complexe de Zawiya (ouest), qui comprend une raffinerie, des réservoirs, un terminal pétrolier et une centrale électrique.

Un dépôt contenant 4,5 millions de litres de pétrole a été incendié lors de ces attaques encore inexpliquées et son contenu est parti en fumée.

La région de Zawiya est depuis des années le théâtre de combats entre bandes rivales qui se disputent le territoire pour s’adonner à tous types de trafics: carburants, drogue et migrants.

Par Le360 (avec AFP)
Le 28/08/2026 à 14h54