Zimbabwe: le sucre local 1,5 fois plus cher que l’importé, symptôme d’une filière sous verrou

Du sucre brun.

Le 26/09/2026 à 09h09

Au Zimbabwe, un récent rapport parlementaire sur la chaîne de valeur du sucre met en cause la concentration de la transformation entre les mains de Tongaat Hulett et expose les planteurs sous contrat à des coûts qui dépassent leurs revenus.

Deux sucreries pour tout un pays, une seule entreprise pour les contrôler et 44% des hectares cultivés par des planteurs sous contrat. Au Zimbabwe, le sucre est moins une filière qu’un rapport de force. C’est dans ce contexte que le Parlement zimbabwéen demande une nouvelle sucrerie à Mkwasine. Mais pas que. Il demande de briser un monopole, de reconstruire un rail et de rendre le crédit agricole soutenable avant octobre 2026.

Le Parlement zimbabwéen vient de transformer une évidence économique en crise politique. Dans un pays où deux sucreries seulement, Hippo Valley et Triangle, toutes deux détenues par Tongaat Hulett, contrôlent la transformation, contre plus de 14 en Afrique du Sud et en Égypte, les planteurs sous contrat ne sont pas des partenaires mais des variables d’ajustement.

Le rapport de la Commission parlementaire de l’Industrie et du Commerce sur la chaîne de valeur du sucre, présenté après des auditions avec producteurs, transformateurs et plusieurs ministères, établit un déséquilibre qui dépasse le simple monopole. Il révèle une filière où 44% des 46.000 hectares consacrés à la canne à sucre sont cultivés par des exploitants dépendants de contrats de production, donc exposés à des taux d’intérêt pouvant atteindre 60%, leur régime foncier ne permettant pas d’accéder facilement au crédit bancaire.

Le poids des intrants aggrave cette captivité. 98% des matières premières utilisées dans la fabrication des engrais sont importées. L’eau est facturée 6,82 dollars par mégalitre et l’électricité 4,75 dollars par kWh. Le transport de la canne revient à 44 dollars par chargement de cinq tonnes, tandis que les frais routiers atteignent 175 dollars par chargement après l’effondrement du transport ferroviaire. À Mkwasine, les agriculteurs doivent en plus parcourir de longues distances pour acheminer leur production vers les sucreries.

La Commission, présidée par l’ancien vice-ministre des Finances Clemence Chiduwa, pointe aussi le partage des recettes, fixé à 80,5% pour les agriculteurs et 19,5% pour les transformateurs. Mais les producteurs dénoncent un manque de transparence, les transformateurs contrôlant notamment le pesage de la canne.

Le rapport critique encore le coût de 9 à 10 dollars par tonne lié à l’enrichissement du sucre en vitamine A. Plus révélateur, la taxe sur le sucre introduite en 2024 a entraîné une hausse de 15 à 45% des prix des boissons et laissé 90.000 tonnes de sucre sans débouchés en 2025. Le sucre produit localement se vend désormais entre 890 et 900 dollars la tonne, contre 600 dollars pour le sucre importé.

Le Parlement demande donc de modifier la loi sur le sucre de 1964 d’ici au 31 octobre 2026, de créer une nouvelle sucrerie à Mkwasine, de recapitaliser la Compagnie ferroviaire nationale et de mettre en place, d’ici décembre 2026, des prêts à taux préférentiels inférieurs à 15%.

Ainsi, un transformateur unique, des planteurs endettés, un rail à reconstruire et un fisc qui pénalise la demande font tenir la filière sucrière zimbabwéenne dans un étau. Le Zimbabwe sucrier n’est pas seulement en difficulté. Il est prisonnier d’un modèle où la production locale coûte plus cher que l’importation, où la taxe réduit les débouchés et où le Parlement doit légiférer dans l’urgence pour desserrer le verrou.

La question n’est plus de savoir si le monopole est un problème, le rapport le dit. Elle est de savoir si l’État osera casser ce verrou avant que les 44% de planteurs sous contrat ne deviennent la variable sacrifiée d’une filière qui produit pourtant un sucre plus cher que celui qu’elle prétend remplacer.

Par Le360 (avec MAP)
Le 26/09/2026 à 09h09