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Covid-19. Maghreb: tout sur la hausse des contagions, la vaccination et les risques du variant Delta

Mise à jour le 01/07/2021 à 20h31 Publié le 01/07/2021 à 16h31 Par Moussa Diop

#Société
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#Maroc : Les pays maghrébins font face à un rebond des contagions. Si la situation reste encore maitrisée au Maroc et en Algérie, contrairement à la Tunisie, l’ouverture des frontières et l’Aïd al-Adha risquent de plonger la région dans une 4e vague, inquiétante, de contagions au Covid-19.

Un peu partout dans le monde, la crainte d'une 4e vague de contagions, à cause des variants indiens Delta et Delta plus qui se propagent, se fait sentir.

La région du Maghreb n’est pas épargnée par cette nouvelle phase de contagions au Covid-19. Il ne pouvait en être autrement sachant que tous les pays de la région ont rouvert leurs frontières, ou au moins permis l'accès à leur territoire par vols ou bateaux spéciaux, pour accueillir leurs ressortissants et même les touristes, dans le respect de certaines conditions sanitaires.

Outre l’effet de l’ouverture des frontières qui se traduit par le retour de nombreux membres de la diaspora maghrébine vivant en Europe, l’autre facteur fondamental de cette hausse des cas est le relâchement des mesures barrières dans les espaces publics, le non port du masque…

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De même, la faiblesse du nombre de personnes vaccinées contre le Covid-19, hormis au Maroc, réduit l’immunité de la population.

Conséquence, si la situation est encore sous contrôle au Maroc et en Algérie, elle est déjà catastrophique en Tunisie où les records de contagions au Covid-19 ont été enregistrés ces derniers jours avec des taux de positivité (cas positifs rapportés au nombre de tests réalisés) les plus élevés au monde.

Et les jours à venir risquent de s’avérer difficile à cause des préparatifs de la fête de l’Aïd al-Adha, source de rassemblement et de retour des membres de la diaspora qui souhaitent passer la fête au pays. Ainsi, comme ce fut le cas l’année dernière, l’après-Aïd risque d’être synonyme d’explosion des cas de Covid-19 au niveau des trois pays maghrébins, avec des conséquences graves selon le niveau de vaccination de chaque pays.

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Enfin, l’apparition des variants indiens (Delta et Delta plus) inquiète énormément quand on sait que ceux-ci sont devenus majoritaires en ce qui concerne les infections au Covid-19 au niveau de nombreux pays européens où vivent la diaspora maghrébine (Royaume-Uni, Allemagne,…). En Allemagne, le variant Delta représenterait 70% à 80% des infections. Au Maghreb, quelques rares cas de variants indiens sont annoncés. Sachant que ces souches sont très contagieuses, il est certain que le nombre de contaminations aux variants indiens sont beaucoup plus significatifs dans la région.

Tunisie : la situation est déjà très critique avant l’Aïd al-Adha

En Tunisie, la situation sanitaire se dégrade de jour en jour, avec des contagions records enregistrées ces derniers jours. Ainsi, lors de la journée du 29 juin, 5.921 nouveaux cas ont été enregistrés, ainsi que 116 morts, portant le bilan du pays à 420.103 cas confirmés pour 14.959 décès. Environ 600 patients sont en réanimation. Avec un taux de positivité de plus de 36% durant ces deux derniers jours, le pays affiche le taux le plus élevé au monde. Ainsi, les hôpitaux dédiés au Covid-19 de plusieurs régions sont saturés.

Plus grave, le variant indien est présent dans le pays. Il a fait son apparition dans 4 villes du gouvernorat de Sousse : Jawhara, Kalaa Sghira, Kalaa Kebira et Sousse ville. Le taux de réanimation dans la région a atteint 151% et celui en oxygène est à 96,8%.

Face à la situation dans le pays, le gouvernement a pris une série de nouvelles mesures pour freiner les contaminations. Désormais, les rassemblements publics de toutes natures, y compris les prières collectives, sont interdites jusqu’au 14 juillet dans quatre régions dont le Grand Tunis et les villes balnéaires de Sousse et Monastir. Quant au couvre-feu, il est désormais fixé de 20h à 5h. Il faut aussi souligner qu’un confinement total est décidé depuis le 20 juin et concerne 4 gouvernorats : Béjà, Siliana, Zaghouan et Kairouan. De même, le test PCR est obligatoire pour tous les voyageurs entrant en territoire tunisien.

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L’ouverture des frontières pour redynamiser le tourisme, en n'exigeant pas de test PCR à certains voyageurs vaccinés, est grandement responsable de cette flambée des cas de Covid-19, à côté du relâchement des gestes barrières par la population et la faiblesse du nombre de personnes vaccinées.

La Tunisie est le 3e pays le plus touché par la pandémie en Afrique, aussi bien en nombre de cas que de décès, mais elle est également le 2e le plus touché en nombre de cas au Maghreb et le 1er en terme de décès liés au Covid-19. Et cette situation s'explique également du fait du retard dans la campagne de vaccination. En tout, 1,8 million de personnes ont été vaccinées sur un total de 12 millions d’habitants. Seulement, 549.000 personnes ont été complètement vaccinées, soit 4,57 % de la population du pays par manque de doses et un rythme de vaccination globalement lent.

La situation risque d’empirer durant la fête de l’Aïd al-Adha, les autorités craignant de confiner la population comme le souhaitent les médecins.

Maroc : le niveau de vaccination pourrait amortir le choc

Au Maroc aussi les contagions ont fortement augmenté par rapport à la semaine dernière. Ainsi, lors de la journée du 30 juin, plus de 789 nouveaux cas ont été enregistrés pour 18121 tests réalisés, alors que la moyenne quotidienne la semaine précédente était autour de 400 cas par jour.

L'accès, à nouveau autorisé, au territoire marocain et le retour massif des Marocains résidant à l’étranger (MRE), le non respect des gestes barrières (port du masque, distanciation physique, …) et les autorisations de certains rassemblements publics expliquent cette hausse des contagions.

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Toutefois, les cas actifs ne cessent de reculer grâce notamment à une campagne de vaccination qui a permis d’immuniser les personnes âgées qui sont les plus susceptibles d’être confrontés à des cas graves du Covid-19.
Ainsi, hormis les rappels au respect des gestes barrières et du port du masque, la situation est loin d’être jugée critique pour le moment.

Il faut dire que le Maroc est l’unique pays du Maghreb et d’Afrique à avoir bien mené sa campagne de vaccination. Après avoir réussi à s’approvisionner en doses, le Maroc a tenu à vacciner sa population à un rythme effréné.

En tout, plus de 19,11 millions de doses de vaccins anti-Covid-19 ont été administrés à la population. Et déjà 9,14 millions de Marocains sont totalement vaccinés, soit environ 25% de la population du pays.

Une situation qui a permis d’immuniser une bonne partie de la population dont la quasi-totalité des personnes âgées réduisant ainsi considérablement le nombre de cas grave et d’hospitalisation liés.

Le Maroc compte un cumul de 531.361 cas dont 517.576 guéris et 9.296 décès. 

Algérie: une réunion extraordinaire d’urgence face au brusque rebond des contagions

En Algérie, malgré des statistiques éloignées de la réalité du fait de la quasi absence de tests anti-Covid-19, la situation commence à inquiéter les autorités sanitaires du pays, conscients que les chiffres à leur disposition sont très sous-estimés. Avec environ 400 nouveaux cas par jour, en dépit de la faiblesse des tests, le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus (Covid-19) a tenu, mercredi 30 juin, une réunion extraordinaire d’urgence pour évaluer la situation et envisager des mesures préventives, avec un possible retour au confinement dans certaines villes. Les villes Alger, Oran, Constantine et Sétif figurent parmi les plus touchées par ce rebond des contagions très sous-estimées.

«Les chiffres des bilans ne reflètent pas le réalité», a expliqué Pr Rédha Malek Hamidi, chef de service de l’unité de réanimation au CHU de Beni Messouss à Alger, dans une vidéo, affirmant que le pays est bel et bien au cœur de la 3e vague de la pandémie. Il affirme que tous les lits de réanimation sont désormais occupés au niveau de plusieurs hôpitaux d’Alger. 



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Les experts ont souligné les craintes suscitées par l’apparition des nouveaux variants, notamment les variants indiens qui sont «très virulents, plus rapidement transmissibles et mortels».

En ce qui concerne la vaccination, selon certains responsables, environ 2,5 millions de doses ont été administrés à la population. Les autorités algériennes ne donnent pas d’indications sur le nombre total de personnes totalement vaccinées. C’est dire que l’Algérie est très en retard dans sa campagne de vaccination. Si au début la faute incombait à l’absence de vaccins à cause d’une politique d’approvisionnement hasardeuse, désormais le pays dispose des quantités de doses pour vacciner davantage de citoyens. A la date du 28 juin, 5,5 millions de doses de vaccins ont été réceptionnées par les autorités. En plus, 3 millions de doses seront reçus mensuellement durant les mois de juillet, août, septembre et octobre.

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Ces vaccins permettent au pays d’entamer une vaccination à grande échelle à un rythme accéléré. Toutefois, malgré les effets d’annonce sur les capacités du pays à vacciner massivement, le rythme ne s’accélère pas, malgré les moyens financiers, humains et logistiques dont dispose le pays pour vacciner sa population.

Conséquence de ce retard, le brusque rebond des contagions met déjà les hôpitaux algériens sous pression, poussant les responsables à augmenter les lits d’hospitalisation dans certaines régions. En conséquence, le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus (Covid-19) a ordonné une hausse de la fréquence de vaccination contre le Covid-19.
Le 01/07/2021 Par Moussa Diop