Mauritanie: les islamistes reconnaissent l’échec de la tentative d’importation du "Printemps arabe"

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Le 26/09/2016 à 11h14, mis à jour le 26/09/2016 à 11h42

Les islamistes modérés mauritaniens font leur mea-culpa. Ils reconnaissent avoir mal jaugé l'impact de l'"importation" du "Printemps arabe" en Mauritanie. Désormais, leur leader dit s'engager pour une alternance graduelle et pacifique à la tête de l'Etat mauritanien.

Mohamed Jemil Ould Mansour, leader du Rassemblement national pour la réforme et la démocratie (RNRD-Tawassoul), mouvement islamiste modéré, reconnait l’échec de la tentative «d’importation» des révolutions du "Printemps arabe" en Mauritanie.

Dans une déclaration relayée dimanche par le site «Esssaharaa», le leader charismatique de la mouvance islamiste modérée mauritanienne fait son mea-culpa et admet «une erreur d’appréciation de sa formation au sujet des prévisions relatives aux effets dominos du Printemps arabe sur la Mauritanie".

Cette vague de contestation -du début de l’année 2011-, rappelle-t-on, a été à l’origine de la chute de régimes ayant exercé le pouvoir pendant 24 ans en Tunisie, 30 ans en Egypte et plus encore en Libye, ainsi que de la sanglante guerre qui prévaut actuellement en Syrie.

«Nous avons tenté de calquer des révolutions et des changements politiques survenus dans le monde arabe à la Mauritanie. Cette tentative a échoué en raison de la disparité entre les régimes de ces différents Etats et le pouvoir mauritanien», admet Jemil ould Mansour.

Tout en reconnaissant cet échec, les islamistes mauritaniens n’en demeurent pas moins engagés dans un processus d’alternance pacifique. «Conscient de l’impossibilité de provoquer une révolution sur le mode des Printemps arabes, notre parti a pris du recul par rapport à certaines orientations et œuvre désormais en faveur d’une alternance graduelle», a soutenu le leader islamiste.

Cette nouvelle analyse est basée sur le contexte de la Mauritanie, notamment «un vécu politique et socio-économique totalement différent de celui qui caractérise les Etats théâtre du printemps arabe, tels que le Yémen, la Syrie, l’Egypte et la Tunisie», s’est-il expliqué.

Compte tenu de cette réalité, le RNRD entend désormais mobiliser ses responsables, cadres, militants, sympathisants et toutes les forces démocratiques en faveur «d’un changement politique naturel et apaisé, en évitant de surfer sur les ondes de choc venues de l'extérieur et les parallélismes hasardeux», a insisté ould Mansour.

Le RNRD-Tawassoul est aujourd’hui la première force de l’opposition au sein de l’Assemblée nationale avec 16 députés. Il faut reconnaître tout de même que les élections législatives de novembre/décembre 2013 de l’actuelle législature étaient boycottées par le Rassemblement des forces démocratiques (RFD), premier parti de l’opposition mauritanienne, l’Union des forces de progrès (RFD) et de nombreux autres partis politiques.

Par Cheikh Sidya (Nouakchott, correspondance)
Le 26/09/2016 à 11h14, mis à jour le 26/09/2016 à 11h42