Journalistes, activistes de la société civile et des défenseurs des droits humains allongent quotidiennement la liste des prisonniers d’opinion hostiles au régime algérien.
Hassan Bouras a été incarcéré le 12 avril dernier, il paie son combat et son engagement pour la documentation des affaires de corruption, la dénonciation des dysfonctionnements et la défense des droits et libertés fondamentaux, malgré les pressions et les risques encourus.
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C’est la raison qui l’a conduit à rejoindre la longue liste des journalistes en prison sur lesquels les autorités algériennes ont jeté une chape de plomb. D’ailleurs, le silence est quasi-total au niveau des médias algériens où le mutisme est devenu la règle lorsqu’il s’agit de journalistes indépendants, de militants ou de défenseurs des droits humains, illustrant la fermeture progressive de l’espace médiatique et la crainte de poursuites aux motifs de «diffusion de fausses informations» ou «atteinte à l’ordre public».
Journaliste et défenseur infatigable des droits humains, Hassan Bouras est en grève de la faim depuis 16 jours pour dénoncer sa détention arbitraire.
Un refus de s’alimenter que le régime algérien essaye, par tous les moyens, d’étouffer. «On le sait, le pouvoir ne se contente pas d’embastiller Hassan Bouras. Il organise le silence autour de sa détention et de celle des 200 autres prisonniers d’opinion. Lasse et défaite, la classe politique comme la majeure partie de la presse regardent ailleurs, laissant dans l’ombre, l’oubli et la solitude ces prisonniers d’opinion. Ces victimes d’un innommable arbitraire. La dernière liberté qui reste à Hassan Bouras c’est celle de se priver de nourriture pour s’élever contre sa condition», écrit Le Matin d’Algérie.
Le média algérien ajoute que «quand un prisonnier, un journaliste en l’occurrence, en arrive à mettre sa vie en balance, ce n’est pas seulement un homme qui proteste. C’est une conscience qui accuse ses geôliers. C’est une voix qui nous appelle pour secouer nos consciences».
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En agissant ainsi, le régime poursuit un double objectif; criminaliser les opinions critiques, déshumaniser les détenus politiques en les effaçant de la conscience collective. Ils n’existent tout simplement pas.
«Hassan Bouras avait été arrêté le dimanche 12 avril 2026, vers 19h45, devant son domicile, par des éléments de la sûreté de wilaya d’El Bayadh" rapporte Shoaa, une organisation à but non lucratif qui défend les droits de l’homme. La même source précise que Hassan Boura est poursuivi pour «quatre chefs d’accusation, dont deux crimes et deux délits« , sans en préciser la nature.
Cette décision intervient après sa présentation devant le procureur de la République, qui l’a ensuite déféré devant le juge d’instruction. Il a été entendu avant que le mandat de dépôt ne soit prononcé.
N’acceptant pas ce sort, Hassan Bouras, tout en étant conscient de mettre sa vie en danger, a décidé de faire entendre sa voix autrement en entamant une grève de la faim derrière les barreau.
Face à cette situation, Commitee for Justice (CFJ), une association indépendante qui œuvre pour la défense des droits humains, basée à Genève en Suisse et qui soutient les victimes et les défenseurs des droits humains vulnérables aux violations, a exprimé sa vive inquiétude suite à l’annonce d’une grève de la faim illimitée depuis sa cellule à la prison d’El Bayadh, entamé le 3 mai 2026.
Selon CFJ, «le placement de M. Bouras en détention provisoire le 13 avril 2026, sous les chefs d’inculpation criminels et correctionnels, s’inscrit dans un harcèlement systématique visant à réduire au silence une voix indépendante dénonçant la corruption», rappelant qu’avant lui d’autres journalistes ont aussi eu recours à la grève de la faim, tel que Abdelwakil Balam, en détention depuis janvier 2025.
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Face à cette situation, le CFJ «appelle les autorités algériennes à la libération immédiate de Hassan Bouras, à garantir son intégrité physique et à mettre fin à l’instrumentalisation de la détention provisoire contre les professionnels des médias et les défenseurs des droits de l’homme».
Et malheureusement, son cas n’est pas isolé. Dernière en date, la condamnation le mardi 19 mai courant de l’activiste et journaliste Abdelkrim Zeghileche à une peine d’un an de prison dont six mois ferme, assortie d’une amende de 100.000 dinars algériens pour «diffusion de discours de haine».
Il doit sa condamnation à une publication rédigée sous forme de «note de propositions» appelant simplement à la mise en place d’un cadre juridique, dans le respect de la constitution algérienne, permettant aux personnes se considérant victimes de répression politique de revendiquer leurs droits par des voies légales et pacifiques. Suffisant pour se retrouver dans les geôles du régime politico-militaire algérien.
