Bénin: Romuald Wadagni élu nouveau président avec 94,05% des voix

Romuald Wadagni, nouveau président élu du Bénin.

Le 14/04/2026 à 06h56

Romuald Wadagni, ministre des Finances du Bénin, candidat de la majorité et grand favori du scrutin a été élu président du pays avec 94,05% des voix, selon des résultats provisoires proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (Cena) dans la nuit de lundi à mardi.

M. Wadagni succède à Patrice Talon qui l’avait adoubé et qui cède sa place, conformément à la Constitution, après deux mandats. Il n’avait qu’un seul adversaire, l’opposant modéré Paul Hounkpè qui a obtenu 5,95% des suffrages.

La participation s’est élevée à 58,75% selon la Cena.

Il a construit sa légitimité dans les chiffres avant de l’obtenir dans les urnes: après 10 ans au ministère des Finances où il a été l’architecte des profondes réformes économiques de son pays, Romuald Wadagni va devenir le nouveau président du Bénin, selon des résultats proclamés dans la nuit de lundi à mardi.

Du hall d’accueil de l’aéroport aux ronds-points de Cotonou, la plus grande ville du pays, il était impossible ces dernières semaines de rater le visage souriant cerné de lunettes rondes de Romuald Wadagni, campagne électorale oblige.

Pendant celle-ci, il a sillonné tout le Bénin, multipliant les meetings éclairs - jusqu’à six par jour - et mettant en avant sa proximité avec les populations, lui le technocrate discret rare dans les médias et qui apprécie peu les caméras.

Dans un style décontracté, tel un conférencier, sans cravate ni costume, il a enchaîné les discours sans note, balayant tous les sujets comme pour sortir de l’image de l’économiste pur jus qui lui colle à la peau.

«Pendant cette campagne, il a montré son vrai visage, il a une personnalité proche des gens, c’est sa vraie nature», assure un membre de son entourage.

Issu d’une famille d’intellectuels - son père Nestor était un important économiste béninois et sa mère entrepreneure - «RoW», comme le surnomment ses partisans, est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest, près du Togo voisin.

Il assure être resté proche de son terroir et aime rappeler qu’il possède une exploitation agricole qu’il n’a jamais perdue de vue.

Sa première vie se passe toutefois loin du Bénin: après des études en finance à l’Ecole supérieure de commerce de Grenoble, il suit une formation à Harvard et rejoint ensuite le prestigieux cabinet Deloitte où il deviendra associé et s’occupe notamment des opérations africaines.

En avril 2016, à quelques mois de ses 40 ans, le président Patrice Talon qui vient d’être élu lui confie les rênes du ministère de l’Economie et des Finances pour mettre en place un ambitieux programme de réformes économiques.

Sous sa houlette, le Bénin assainit ses finances avec un déficit divisé par trois et ramené à 3% du PIB, se lance dans de grands chantiers d’infrastructure et modernise son économie.

En 2021, lorsque Patrice Talon est réélu, celui-ci lui maintient sa confiance et le promeut même ministre d’Etat.

«Continuité»

La croissance est au rendez-vous, au-delà de 6% en moyenne sur la décennie et les investisseurs internationaux plébiscitent ce bon élève de l’Afrique de l’Ouest.

En tant que président «il va s’inscrire dans la continuité de ce qui a été fait», souligne l’analyste politique Franck Kinninvo.

Mais gouverner un pays ne se cantonne pas au développement économique et Romuald Wadagni devra affronter les violences jihadistes qui frappent durement l’armée dans le nord du pays.

Son entourage est formel: le président Talon l’a associé à toutes les décisions sécuritaires prises ces dernières années et l’a adoubé pour lui succéder.

Pour la campagne, il a obtenu le soutien des deux principaux partis de la majorité et même le ralliement de certains opposants. «C’est un rassembleur», assure un proche.

«Certains lui reprochent une relative discrétion politique, mais cela peut aussi être une force dans un contexte où la sobriété et l’efficacité sont recherchées. Pour nous, Wadagni représente une nouvelle génération de leadership, moins dans le discours et plus dans l’impact», estime Lucien Fayomi, un militant qui le soutient.

Sur le plan diplomatique, il devrait là aussi jouer la carte de la continuité.

S’il ne cache pas sa proximité avec la France, dans une Afrique de l’Ouest où l’ancienne puissance coloniale est de plus en plus impopulaire, il pense pouvoir reprendre le dialogue avec le Niger voisin où la junte souverainiste au pouvoir est ouvertement hostile au Bénin.

Maintiendra-t-il le tour de vis donné aux libertés publiques, après 10 années de verrouillage du pays durant lesquelles des opposants ont été condamnés à de lourdes peines pour divers crimes?

Elu pour un mandat de sept ans renouvelable une fois, Romuald Wadagni pourrait théoriquement rester au pouvoir jusqu’en 2040.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 14/04/2026 à 06h56