La succession à la tête de l’État est déjà ouverte dans les rues de Yaoundé, parce qu’il est évident pour la majorité des Yaoundéens que Paul Biya âgé de 93 ans et président depuis 1982 pourrait céder le pouvoir à la fin de son mandat en cours.
Paul Biya a gravi les échelons sous son prédécesseur Ahmadou Ahidjo, pour devenir Premier ministre de 1975 à 1982. Propulsé à la présidence par la Constitution après la démission surprise d’Ahidjo. Seul candidat, il est élu avec 100% des suffrages en 1984. Puis il sera réélu en 1988, puis six fois encore après l’instauration du multipartisme en 1990.
Le président Biya a été proclamé vainqueur de la présidentielle du 12 octobre avec 53,66% des voix selon les résultats officiels publiés par le Conseil constitutionnel.
Pour la succession à la présidence de la République, la constitution a prévu les mécanismes d’élection d’un nouveau Président.
Seulement que dans le pays, plusieurs personnes pensent que le régime de Yaoundé prépare minutieusement la relève, c’est-à-dire un candidat consensuel qui poursuivra l’œuvre de l’actuel Président afin que le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais perdure le plus longtemps au pouvoir.
Et dans les chaumières un seul nom circule, celui de Franck Emmanuel Biya, le fils aîné du Chef de l’État né le 21 août 1971 à Yaoundé.
Un nom qui alimente les débats sur l’efficacité de ce jeune effacé de la scène politique comme l’a fait remarquer une citoyenne rencontrée au quartier Mendong. «À mon avis, Franck Biya n’est pas l’homme de la situation parce qu’on ne l’a pas vu à l’œuvre depuis sa naissance. Ni membre du gouvernement, ni président d’une organisation humanitaire encore moins élu du peuple. Notre pays a besoin d’une personnalité rompue à la tâche», a-t-elle déclaré.
Plusieurs autres Yaoundéens partagent l’avis de cette habitante de la capitale politique du Cameroun et se reconnaissent dans cette description qui cible Franck Biya, né Paul Biya issu de son premier mariage avec la défunte Jeanne Irène Biya.
Lire aussi : Cameroun: l’opposition en panne à quelques mois des législatives et des municipales
Mais ces critiques sont rejetées par les défenseurs des droits de l’Homme comme Paul Guy Hyomeni qui rappelle que: «aucun texte national ou international n’empêche un fils d’un Chef d’État d’accéder à la magistrature suprême. Tout ce qui est préconisé est le respect des principes de la démocratie qui garantissent des élections transparentes. La polémique est certainement née de la nouvelle Constitution qui a créé le poste de vice-Président nommé par le Président de la République. Et là encore, le Président a la latitude de nommer qui il veut y compris son fils biologique sans que cela n’émeuve la communauté internationale. D’ailleurs, une disposition restrictive causerait une entorse aux droits des citoyens».
Peu importe aux Camerounais le nom de celui qui succédera à l’actuel Président de la République. Leur désir ardent est de voir leurs conditions de vie s’améliorer et le pays se développer.
Selon l’ONU, près de 40% de la population vit dans l’extrême pauvreté et la corruption est omniprésente à divers niveaux de l’administration.
