Ebola: la justice kényane suspend l’ouverture prévue vendredi du centre de quarantaine américain au Kenya

Le 29/05/2026 à 10h37

La justice kényane a temporairement interdit vendredi au gouvernement kényan d’installer au Kenya un centre de quarantaine américain destiné aux ressortissants des Etats-Unis susceptibles d’avoir été exposés au virus Ebola depuis l’épidémie déclarée à la mi-mai en République démocratique du Congo (RDC).

Jeudi, des responsables américains avaient fait savoir que l’ouverture de ce centre, à propos duquel le gouvernement kényan est resté quasi-muet et qui a suscité une forte opposition au Kenya, était prévu vendredi sur la base aérienne de Laïkipia, à environ 200 km au nord de Nairobi.

Ce site, dont le projet avait été révélé mercredi par le Wall Street Journal, servira «de centre de quarantaine pour les citoyens américains susceptibles d’avoir été exposés à la souche Bundibugyo du virus Ebola», responsable de l’épidémie actuelle, a expliqué jeudi un responsable américain ayant requis l’anonymat.

Il disposera initialement de 50 lits d’isolement et sera géré par des soignants et techniciens américains actuellement en route pour le Kenya, a-t-il ajouté.

Saisie par le Katiba Institute, une organisation de défense des droits constitutionnels, la Haute Cour du Kenya, compétente notamment en matière de droits et libertés fondamentaux, a décidé que «l’intérêt général» justifiait « une mesure conservatoire» empêchant l’ouverture du centre «en attendant que les parties» soient entendues sur le fond.

Cette «mesure conservatoire» interdit au gouvernement kényan «d’établir, mettre en service, permettre, approuver ou autoriser l’établissement d’un établissement de quarantaine, isolement ou traitement lié à l’exposition à Ebola au Kenya, en vertu d’un quelconque accord avec les Etats-Unis ou avec un quelconque gouvernement étranger».

Elle interdit également au gouvernement kényan d’admettre au Kenya ou d’y permettre l’entrée de «personnes exposées ou infectées par Ebola en vertu de l’accord contesté».

Cette décision sera signifiée dans les 24 heures au gouvernement qui aura alors 48 heures pour répondre, précise la Haute Cour du Kenya qui indique qu’elle ferait savoir le 2 juin la suite qu’elle entend donner à ce dossier.

Nairobi et Washington ont signé en décembre un accord de coopération en matière de santé - lui-même contesté devant la justice kényane - qui prévoit notamment le soutien financier américain à des programmes de «réponse et préparation à des épidémies de maladies infectieuses».

Le gouvernement kényan n’a jusqu’ici pas évoqué publiquement l’ouverture du centre de quarantaine américain et le Katiba Institute dénonce une mise en oeuvre en secret.

«Accord préalable»

L’actuelle épidémie de maladie à virus Ebola, fièvre hémorragique extrêmement contagieuse, a été déclarée le 15 mai dans le nord-est de la RDC. L’Ouganda voisin, qui a confirmé sept infections dont une mortelle, est le seul autre pays où le virus s’est pour l’heure propagé.

Plus de 1.077 cas suspects - dont 246 décès - ont été enregistrés jusqu’ici, selon l’agence sanitaire de l’Union africaine Africa CDC. Il n’existe aucun vaccin ou traitement spécifique contre le variant Bundibugyo responsable de l’actuelle épidémie.

Le responsable américain a également indiqué jeudi que le centre serait ensuite, à une date non précisée, doté de personnel supplémentaire ainsi que de «trois unités d’isolement, pouvant chacune accueillir quatre patients» et de «deux unités de confinement biologique, pouvant chacune accueillir deux patients».

Si les individus isolés venaient à présenter des symptômes ou à être testés positifs, ils seraient pris en charge dans ces unités «jusqu’à leur transfert» vers des centres spécialisés en Europe.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles ces patients ne seraient pas évacués aux Etats-Unis, où des infrastructures dédiées existent, le responsable a expliqué qu’il s’agissait d’écourter le voyage des malades et «d’offrir les meilleurs soins» aux Américains affectés, niant toute motivation politique.

La veille, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio avait pourtant déclaré que les Etats-Unis ne laisseraient aucun cas d’Ebola entrer sur leur territoire.

Un autre responsable américain a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient «obtenu l’accord préalable» des autorités kényanes pour l’ouverture du centre d’isolement.

Marco Rubio s’est entretenu jeudi au téléphone avec le président kényan William Ruto, a fait savoir son porte-parole, annonçant l’intention de Washington de financer à hauteur de 13,5 millions de dollars les «efforts de préparation du Kenya face à Ebola».

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 29/05/2026 à 10h37