Le TPLF estime que cette élection met fin à l’administration intérimaire désignée par le gouvernement fédéral depuis 2022, selon un accord de paix signé à l’issue d’un conflit sanglant entre les forces régionales du Tigré et l’armée fédérale - épaulée par des milices locales et l’armée érythréenne.
Le Parlement régional du Tigré avait été élu en 2020 après le rejet par le TPLF (Front de libération du Peuple du Tigré), qui dirigeait alors la région, du report d’un an des législatives décidé par le Premier ministre Abiy Ahmed.
Ce scrutin, jugé illégal par Addis Abeba, avait été l’un des déclencheurs du conflit qui a fait au moins 600.000 morts entre 2020 et 2022.
Le 8 avril, Addis Abeba a prolongé d’un an le mandat à la tête de l’administration intérimaire du général Tadesse Worede, membre du TPLF et ancien chef des forces régionales, suscitant la colère du parti qui estime qu’il aurait dû être consulté.
Mardi, Debretsion Gebremichael, chef du TPLF, a été élu à la tête du Parlement régional et «l’administration intérimaire n’existe plus», a affirmé à l’AFP Amanuel Assefa, numéro 2 du TPLF.
Lors de son discours devant le Parlement, M. Debrietsion a affirmé que «l’accord de paix de Pretoria s’est effondré» à cause du gouvernement fédéral.
Le TPLF, qui a dirigé l’Ethiopie durant près de 30 ans, avant d’être contesté puis marginalisé à l’arrivée au pouvoir de M. Abiy en 2018, a été radié de la liste des partis enregistrés, mais reste encore tout puissant au Tigré.
Interrogé par l’AFP sur les conséquences de cette nomination, le gouvernement fédéral n’a pour l’heure pas donné suite.
La stratégie du TPLF vise «à faire des vagues, afin de voir si cela permet au Tigré d’obtenir une position plus forte dans les négociations sur son statut financier et politique au sein de la fédération», a souligné après de l’AFP Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région au Oslo New University College (Norvège).
C’est une «manoeuvre désespérée» qui rend la situation «extrêmement inquiétante», a-t-il ajouté.
«Ces manœuvres incessantes pourraient facilement déboucher sur un conflit désastreux», a estimé de son côté sur X Abel Abate Demissie, chercheur du groupe de réflexion Chatham House.
Mardi, les autorités éthiopiennes ont accusé l’armée soudanaise d’avoir financé des «mercenaires» du TPLF, ce qu’il a démenti.
Au Tigré, plusieurs centaines de milliers de personnes sont toujours déplacées, et la région est exsangue financièrement, les autorités ayant coupé les subventions fédérales.
