En attendant l’arrivée de matériel dans des zones isolées et en proie aux violences des groupes armés, les habitants s’organisent comme ils peuvent, parfois sans «aucune protection».
Une équipe de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) à Bunia, dans la province orientale de l’Ituri, a cherché à placer des cas suspects dans les hôpitaux proches, mais tous ont répondu: «Nous sommes saturés de cas suspects. Nous n’avons plus de place».
«Cela vous donne une idée de la situation chaotique actuelle», a souligné Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF.
Ebola provoque une fièvre hémorragique très meurtrière. Les experts de santé jugent toutefois une pandémie peu probable, le virus, qui a fait plus de 15.000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années, étant relativement moins contagieux par exemple que le Covid ou la rougeole.
L’OMS a déclenché dimanche une alerte sanitaire internationale pour faire face à cette nouvelle flambée d’ Ebola en RDC, la 17ème dans ce vaste pays d’Afrique centrale de plus de 100 millions d’habitants.
Le ministre de la Santé de RDC, Samuel Roger Kamba, a fait état mardi de 136 décès «supposés» être liés à Ebola et d’environ 543 cas suspects, lors d’une conférence de presse.
Peu d’échantillons ont pu être testés en laboratoire à ce jour et les bilans en RDC s’appuient principalement sur des cas de suspicion.
«Je ne pense pas que cette épidémie sera terminée dans deux mois», a averti mardi Anne Ancia, représentante de l’OMS en RDC, rappelant qu’une précédente épidémie avait duré deux ans.
«L’ampleur de l’épidémie dépendra de la rapidité de notre réponse», a-t-elle ajouté, indiquant que plusieurs tonnes de matériel ont été acheminées dans les zones touchées par le virus.
«Pas de protection»
À l’Hôpital de Rwampara, l’un des foyers de l’épidémie situé dans l’Ituri, la réponse tarde toutefois à s’organiser.
Une simple bande de plastique délimite le site destiné au traitement et à l’isolement des malades du virus, pas encore sorti de terre, a constaté un correspondant de l’AFP.
«Nous creusons des tombes et enterrons des personnes mortes sans gants ni aucune protection. Nous sommes tellement exposés», s’inquiète Salama Bamunoba, représentant d’une organisation de jeunesse locale.
«Nous sommes déjà à une centaine de cas», mais «nous n’avions pas de lieu approprié pour faire le triage et isoler les cas suspects» jusqu’à lundi, a déclaré un responsable hospitalier dans la zone.
«On est en train de décharger» le matériel, «nous disposons de tout ce dont les prestataires de soin auront besoin», a assuré de son côté le ministre de la Santé.
L’Ituri, province aurifère du nord-est congolais frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, est l’une des plus troublées du pays. Des groupes armés y commettent régulièrement des massacres, et entretiennent l’insécurité sur les routes.
Deux cas suspects ont également été signalés à Butembo, carrefour commercial situé dans la province du Nord-Kivu voisine de l’Ituri, a indiqué Samuel Roger Kamba.
Le Nord-Kivu et la province voisine du Sud-Kivu sont coupés en deux par les lignes de front entre les forces de Kinshasa et celles du groupe armé M23, soutenu par Rwanda, et les combats s’y sont poursuivis mardi, selon des sources locales.
Le médecin congolais et prix Nobel de la paix Denis Mukwege a exhorté mardi le M23 à rouvrir l’aéroport de Goma, capitale du Nord-Kivu, afin de faciliter l’acheminement de l’aide.
L’épidémie intervient alors que les ONG font face à une baisse générale des aides internationales, en particulier des Etats-Unis depuis le deuxième mandat de Donald Trump.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a toutefois assuré mardi que Washington avait débloqué 13 millions de dollars d’aide pour lutter contre Ebola en RDC, en estimant que l’OMS avait «un peu tardé» à identifier l’épidémie.
«On a besoin de l’aide internationale, le virus nous concerne tous», a déclaré pour sa part Samuel Roger Kamba.
Un porte-parole de la Banque mondiale a de son côté indiqué à l’AFP que la «priorité immédiate» de l’organisation était de «garantir que le financement et l’appui technique puissent être mobilisés rapidement pour soutenir la riposte à l’épidémie».
Pas de vaccin
Il n’existe ni vaccin, ni traitement spécifique pour la souche du virus responsable de la flambée actuelle, appelée Bundibugyo.
Les mesures pour tenter d’endiguer sa propagation reposent donc essentiellement sur le respect des mesures barrières et la détection rapide des cas pour limiter les contacts.
Les autorités congolaises ont déclaré avoir mis en place un contrôle renforcé aux points d’entrée dans le pays, le virus ayant déjà dépassé les frontières de la RDC.
Un décès et un cas ont été enregistrés en Ouganda. Il s’agit de deux Congolais qui avaient voyagé depuis la RDC, mais aucun foyer d’épidémie local n’a été signalé.
L’Allemagne a déclaré mardi qu’elle allait «accueillir et soigner» un médecin missionnaire américain travaillant pour une ONG chrétienne dans l’Ituri, exposé au virus en traitant des patients.
Depuis mardi, Washington «recommande fortement» à ses ressortissants de ne pas se rendre en RDC, au Soudan du Sud ou en Ouganda.
Le Bahreïn, petit Etat de la péninsule arabique, a lui annoncé mardi soir interdire pour un mois l’entrée des visiteurs venant de ces trois pays.
Et les Etats-Unis avaient annoncé lundi un renforcement des contrôles sanitaires aux frontières pour les voyageurs aériens en provenance des pays touchés en Afrique. Mais un responsable du département d’État a indiqué que Washington autoriserait l’équipe nationale de football de la RDC à se rendre aux États-Unis pour la Coupe du monde.
L’OMS a déclaré mardi être en train d’examiner quels vaccins et traitements pourraient être utilisés pour juguler l’épidémie.
