La Libye est minée par les divisions depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 et deux exécutifs s’y disputent le pouvoir: celui dirigé par Abdelhamid Dbeibah, reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et un autre dans l’Est, contrôlé par le puissant maréchal Khalifa Haftar et son clan.
La Turquie s’est félicitée de la ratification mais l’Union européenne et la Grèce ont rapidement fait part de leur désapprobation, disant toujours considérer l’accord comme «nul et non avenu».
«La Chambre des représentants a voté à l’unanimité la ratification» de cet accord «relatif à la délimitation des zones de juridiction maritime en mer Méditerranée», a déclaré le porte-parole du Parlement, Abdallah Bliheq, à l’issue d’une réunion de l’assemblée mardi à Benghazi.
Le Parlement a également voté, à l’unanimité, l’abrogation de la décision datant de 2020 par laquelle il avait refusé de ratifier les textes signés entre Tripoli et Ankara, invoquant à l’époque une atteinte à la souveraineté nationale.
Le ministère turc des Affaires étrangères a salué cette ratification, évoquant un accord «fondé sur les principes du droit international et de l’équité (qui) protège les droits et intérêts mutuels des deux pays».
Ankara «continuera de travailler avec tous ses partenaires pour garantir la sécurité, la stabilité et la paix dans le bassin méditerranéen», indique le ministère.
De son côté, l’Union européenne a dit «profondément regretter» la ratification.
«Cet accord porte atteinte aux droits souverains d’États tiers, il n’est pas conforme au droit de la mer, il est nul et non avenu», a déploré sur X la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
«Nous réaffirmons notre solidarité avec la Grèce et Chypre. Nous réitérons la position bien connue de l’Union européenne contre toute ingérence extérieure en Libye», a-t-elle ajouté.
«Stabilité» en Méditerranée
La Grèce a de son côté dit rejeter le vote du Parlement libyen.
«La géographie et le droit international de la mer ne peuvent être modifiés par des décisions parlementaires unilatérales dénuées de fondement juridique. La Turquie et la Libye ne disposent pas de côtes opposées ou adjacentes qui constitueraient une base légale pour une délimitation des zones maritimes», a dénoncé le ministère grec des Affaires étrangères.
«Nous appelons la partie libyenne à s’abstenir de toute action contraire au droit international et susceptible de porter atteinte à la stabilité en Méditerranée orientale. La Grèce a déjà informé ses partenaires et alliés et prendra toutes les mesures appropriées pour protéger ses droits souverains», a-t-il ajouté.
Signé en novembre 2019 avec l’ancien Gouvernement d’union nationale (GNA), l’accord de délimitation maritime en Méditerranée orientale, par lequel Ankara entend étendre ses droits sur d’importantes zones maritimes, avait déjà été jugé illégal à l’époque par la Grèce et Chypre et avait suscité l’ire de l’Union européenne.
En vertu d’accords conclus avec Tripoli, la Turquie avait contribué à repousser en juin 2020 l’offensive des forces du maréchal Khalifa Haftar contre la capitale.
Mais ces dernières années, les relations entre la Turquie et les autorités de l’Est libyen se sont sensiblement réchauffées, les deux camps multipliant les contacts politiques et économiques après des années d’hostilité.
L’ex-président du Parlement Aguila Saleh, qui figurait parmi les plus farouches opposants à l’accord avec la Turquie, a été évincé au début du mois.
