Le Zimbabwe va restituer des terres confisquées par Mugabe à des investisseurs étrangers

Les fermiers blancs de retour.

Le 08/05/2026 à 16h16

Le Zimbabwe va restituer des dizaines de fermes appartenant à des étrangers saisies il y a plus de 20 ans lors d’une réforme agraire, mais ne reviendra pas sur cette politique controversée, a déclaré vendredi le ministre de l’Agriculture.

L’accaparement des terres avait été lancé en 2000 par l’ancien président Robert Mugabe (1987-2017) pour réparer les injustices de l’époque coloniale, avec l’expulsion de milliers de fermiers blancs, souvent violemment, et la redistribution de leurs terres à des Zimbabwéens noirs.

A cause de cette politique, le Zimbabwe a subi des sanctions, ce qui a aggravé l’isolement économique du pays en limitant son accès au système bancaire international. De nombreuses fermes avaient en outre été cédées à des amis du pouvoir ou à des fermiers inexpérimentés, ce qui avait entraîné une baisse de la production agricole.

Le gouvernement va restituer à des investisseurs étrangers 67 exploitations agricoles faisant l’objet d’accords d’investissement bilatéraux «mais qui sont restées inoccupées», a déclaré le ministre de l’Agriculture, Anxious Masuka, dans un communiqué. Ces investisseurs sont originaires d’Allemagne, du Danemark, des Pays-Bas et de Suisse.

Plus de 400 agriculteurs blancs seront aussi autorisés à racheter tout ou partie de leurs exploitations, a ajouté M. Masuka.

Enfin, 840 autres fermes, qui appartenaient à des Zimbabwéens noirs avant l’époque coloniale britannique, seront rendues à ces derniers, selon le ministre.

«La question foncière était au coeur des griefs contre le régime odieux et oppressif des colons minoritaires. C’est ce qui a poussé des milliers de Noirs à mener une lutte armée pour se libérer des chaînes de l’oppression», a-t-il rappelé.

«Désormais, le peuple est avec sa terre et la terre avec ses maîtres. La réforme agraire est donc irréversible», a-t-il assuré.

Cette annonce, faite pour la première fois au Parlement en début de semaine, a été qualifiée de volte-face gouvernementale par les critiques.

Tendai Mbofana, un militant pour la justice sociale, a estimé que la politique foncière du Zimbabwe était guidée par l’opportunisme politique, «caractérisée par un décalage flagrant entre sa rhétorique révolutionnaire et ses concessions pragmatiques».

En 2020, le successeur de M. Mugabe, le président Emmerson Mnangagwa, avait conclu un accord prévoyant le versement d’une indemnisation de 3,5 milliards de dollars (3 milliards d’euros) à quelque 3.500 agriculteurs expulsés lors de la réforme agraire ratée.

Mais, plombé par une dette de plus de 21 milliards de dollars (18 milliards d’euros), le Zimbabwe a eu du mal à honorer cet engagement.

En 2023, l’offre a été modifiée: désormais 1% de l’indemnisation est versée en espèces et le reste en obligations du Trésor zimbabwéennes libellées en dollars américains, avec un taux d’intérêt de 2%.

Le Zimbabwe cherche à rétablir ses relations avec ses créanciers occidentaux grâce à un processus d’apurement des arriérés et de résolution de la dette.

Autrefois réputé pour être un grenier à blé, le pays d’Afrique australe souffre aujourd’hui de pénuries alimentaires chroniques.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 08/05/2026 à 16h16