Côte d’Ivoire. Comment assurer des cours dans des écoles occupées par des familles déguerpies? Un master class de cohabitation non désirée

Le 03/10/2026 à 11h58

La reprise des cours à l’école Lonaci Bad de Koumassi Campement, se déroule sous tension. Des familles déguerpies ont trouvé refuge dans des salles de classe depuis plus de quatre mois, rendant les cours quasi impossibles. Les parents d’élèves s’en prennent à ceux qui n’ont pas ailleurs où loger. Une cohabitation pour le moins compliquée. Des affrontements ont même fait des blessés.

En juin 2026, plusieurs centaines de familles ont été expulsées et leurs habitations détruites lors d’une opération de déguerpissement à Koumassi Campement. Faute de solution de relogement, ces familles sinistrées ont trouvé refuge à titre provisoire dans les salles de classe de l’école EPP Lonaci Bad.

À la rentrée, 14 septembre 2026, les occupants étaient toujours sur place malgré les appels et séances de sensibilisation de la mairie de Koumassi et des guides religieux pour libérer les lieux.

À l’école Lonaci Bad de Koumassi Campement, la rentrée scolaire se déroule dans un climat inhabituel. Dans cet établissement censé accueillir les élèves, des familles déguerpies ont installé leurs effets personnels, transformant une partie des locaux en abris de fortune. Une situation qui perturbe le fonctionnement de l’école et suscite l’inquiétude des parents d’élèves.

«La rentrée a commencé le 14 septembre et jusque-là des familles vivent dans cette école encore indépendamment de leur volonté. Certains sont partis après avoir reçu des aides», confie Coulibaly Abdoulaye, porte-parole du collectif des sinistrés de Koumassi Campement, trouvé sur place.

De nombreux parents d’élèves ont vivement contesté cette relocalisation temporaire, dénonçant diverses difficultés. «Qu’ils libèrent l’école pour que nos enfants fassent les cours dans la quiétude. Ce n’est pas présentable! Qu’ils aillent se plaindre à la mairie», se plaignent-ils.

Se montrant de plus en plus impatients, ces parents d’élève ont mené ont une guérilla aux occupants de l’école de leurs enfants. Des affrontement qui fait des blessés.

Pour ces derniers, la priorité reste la scolarisation des enfants. Ils dénoncent une occupation qui compromet la tranquillité, la sécurité et les conditions d’apprentissage des élèves. Ils exigent ainsi le départ des occupants afin que les cours puissent se dérouler normalement, sans perturbations ni tensions.

Mais derrière cette revendication se cache une autre réalité, celle de familles qui disent avoir tout perdu à la suite des opérations de déguerpissement. Sans solution de relogement, ces personnes affirment n’avoir d’autre choix que de s’installer dans l’enceinte de l’établissement, en attendant une aide des pouvoirs publics.

«C’est vraiment humiliant de se voir ici alors que les enfants y viennent pour les cours. Nous avons juste besoins d’un dortoir ou d’accompagnent financier pour pouvoir louer une maison où se reloger», sollicitent les sinistrés encore présents dans les salles de classe.

Au-delà de la précarité, les déguerpis évoquent également les humiliations et les altercations qu’ils disent avoir subies de la part de certains parents d’élèves. Ils se disent blessés par des comportements qu’ils jugent méprisants, alors qu’ils traversent déjà une période difficile.

Pour eux, la demande de libération des lieux ne devrait pas se traduire par des affrontements, mais plutôt donner lieu à un dialogue et à une prise en charge de leur situation.

«Des parents ont été instrumentalisés pour venir nous narguer. Alors que nous aussi, nous avons des enfants et nous ne sommes pas ici par plaisir. Nous avons été déguerpis et nous ne savons plus où aller. Nous demandons aux autorités de penser à nous et de nous trouver une solution», résume le cri de détresse de ces occupants, dont les conditions de vie restent précaires.

Ce relogement avait été indiqué comme une solution temporaire. Selon eux, ceux ayant reçu de l’aide ont quitté les lieux. Face à cette situation, les déguerpis dénoncent ce qu’ils perçoivent comme un silence des autorités.

«Les autorités communales restent publiquement muettes sur la situation, ils nous ont fait signer des documents mais nous n’avons encore rien reçu, c’est pourquoi nous sommes encore là. Ce n’est pas de gaité de cœur que nous dormons dans ces conditions exécrables. Nous choppons des infections, la fraicheur nous tape (…)», déplore Mme Zahui épouse Moibri, une sinistrée, visiblement remplie d’amertume.

Comme elle, ils disent tous attendre désespérément une intervention pour sortir de cette impasse et retrouver un minimum de dignité. Entre le droit des élèves à bénéficier d’un environnement scolaire adapté et la détresse de familles sans abri, l’école LONACI Bad se retrouve au cœur d’un conflit social qui appelle une réponse urgente.

À Koumassi Campement, l’enjeu est désormais de concilier le droit à l’éducation et la nécessité d’un accompagnement humain des personnes déguerpies. Car derrière les salles de classe occupées, ce sont aussi des familles en quête de protection et des élèves désireux d’apprendre dans la quiétude qui attendent une issue à cette situation.

Après les démolitions opérées à Koumassi-Campement, la justice est intervenue pour situer les responsabilités. L’enquête est toujours en cours, mais les premiers éléments révélés par le procureur de la République donnent une idée sur la complexité du dossier.

Par Emmanuel Djidja (Abidjan, correspondance)
Le 03/10/2026 à 11h58