Et si un simple boîtier électrique avait le pouvoir de révéler toutes les fractures d’un pays ? Au Cameroun, la fin de la facture approximative marque le début d’une révolution électrique sous haute tension sociale. Le 30 mai 2026, le Cameroun a officialisé la réception des équipements pour 20 000 compteurs intelligents, un jalon d’un Plan de redressement du secteur électrique (PRSEC) qui court jusqu’à la fin de l’année. Derrière l’écran de fumée technologique, c’est l’aveu d’un réseau malade, rongé par des pertes techniques abyssales et une facturation qui érode la confiance des usagers comme l’équilibre financier de l’opérateur.
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La Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) ne s’y sont pas trompées en finançant cette mue, qui dépasse la simple pose de boîtiers. Le virage stratégique du postpayé vers le prépayé, couplé à l’installation d’un Data Center à Douala, vise à faire entrer le réseau camerounais dans l’ère de la mesure en temps réel. L’objectif est ambitieux: traquer chaque kilowattheure perdu, responsabiliser le consommateur et restaurer une chaîne de revenus durable.
Mais c’est un pari social autant qu’industriel. Là où la facture était un lointain souvenir, parfois contestée des mois après, le compteur connecté impose une transparence brutale, transformant l’électricité en un service prépayé qui peut couper net en cas de crédit épuisé.
La pédagogie de terrain sera le vrai facteur de succès, faute de quoi ces sentinelles numériques cristalliseront le mécontentement si la qualité de la fourniture ne suit pas. Les microcoupures, les baisses de tension, hier invisibles comptablement, seront enregistrées et pourraient se retourner contre l’image d’une modernisation mal maîtrisée.
Le PRSEC ne se réduit pas à ces 20 000 unités: il prévoit l’extension du réseau et le renforcement des postes, preuve que le gouvernement sait que la technologie n’est qu’un capteur, pas un remède. «Les équipements informatiques dédiés à cette opération ont été réceptionnés dernièrement, ouvrant ainsi la voie au déploiement progressif du système», indique le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie, notant qu’un Data Center est en cours d’installation à Douala afin d’assurer la centralisation et le traitement sécurisé des données issues des compteurs intelligents.
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Le Data Center de Douala n’est pas qu’un centre de stockage: il incarne la volonté de l’État de reprendre la main sur les données de consommation, un enjeu de souveraineté dans un secteur souvent dominé par des opérateurs étrangers.
Le basculement massif vers le prépayé pourrait creuser une fracture: les foyers solvables géreront leur budget électrique via des applications, les ménages précaires subiront la coupure comme un marqueur d’exclusion. Avec ces 20 000 compteurs, le Cameroun rebat les cartes du contrat social, espérant qu’une facture limpide restaure la confiance.
