Depuis le 1er octobre 2026, les réfugiés de tout horizon, y compris africains, demandeurs d’asile, survivants de traite et de violences domestiques ne sont plus éligibles au financement fédéral de Medicaid, l’assistance médicale cofinancée par le gouvernement fédéral des Etats-Unis, et du Children’s Health Insurance Program (CHIP), l’assistance santé pour les enfants ou liée à la grossesse, sauf urgences médicales.
La mesure découle de la loi fédérale H.R. 1 («One Big Beautiful Bill Act», Public Law 119-21) et des directives du Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS). Elle ne relève pas d’une simple décision discrétionnaire. Elle est inscrite dans la loi et s’applique à l’ensemble des États, territoires et districts. Nuance: Medicare et Medicaid sont deux programmes de couverture santé américains, mais ne ciblent pas les mêmes personnes. Medicare est une assurance santé liée à l’âge ou au handicap, tandis que Medicaid est une couverture santé liée aux faibles revenus.
Pour l’Afrique, l’onde de choc est directe. Le continent figure parmi les principales régions de réinstallation aux États-Unis, suivie de la région Proche-Orient et Asie du Sud. Viennent ensuite l’Amérique latine et les Caraïbes, l’Asie de l’Est, l’Europe et Asie centrale.
Statuts et accès à Medicaid/CHIP après le 1er octobre 2026
| Statut | Accès au financement fédéral complet |
|---|---|
| Réfugié africain | Perte de Medicaid/CHIP, sauf urgence médicale |
| Demandeur d’asile africain | Perte de couverture |
| Résident permanent africain («green card») | Reste en principe éligible, généralement après cinq ans |
| Entrant cubain ou haïtien | Catégorie maintenue dans la loi |
| Migrant COFA (États fédérés de Micronésie, les Îles Marshall et Palaos) | Éligible au programme de financement fédéral (FFP) complet, exempté de la période de cinq ans |
| Survivant de traite ou de violences domestiques | Exclu du FFP complet, sauf autre statut éligible |
| Enfant ou femme enceinte résidant légalement | Couverture possible via l’option CHIPRA 214, si l’État l’a adoptée |
| Personne sans couverture | Peut bénéficier de Medicaid pour une urgence médicale |
Source: Administration Américaine.
Pour l’exercice fiscal 2025, Washington avait prévu d’accueillir 30.000 à 50.000 réfugiés africains, sur un total mondial de 125.000. Les autres régions étaient ventilées comme suit: Asie de l’Est (10.000 à 20.000); Europe et Asie centrale (2.000 à 3.000); Amérique latine et Caraïbes (35.000 à 50.000); Proche-Orient et Asie du Sud (30.000 à 45.000).
L’Afrique se situait donc dans le même haut de fourchette que l’Amérique latine et Caraïbes et le Proche-Orient et Asie du Sud.
Désormais, les réfugiés et demandeurs d’asile africains régulièrement admis perdent l’accès au Medicaid et au CHIP, à l’exception des urgences médicales.
La lettre State Health Official SHO #26-001 du CMS, datée du 8 avril 2026, confirme que le financement fédéral (FFP) pour les bénéfices complets de Medicaid et du CHIP) est généralement limité aux citoyens et nationaux américains, aux résidents permanents légaux (LPR), aux entrants cubains ou haïtiens et aux migrants COFA, migrants citoyens des États fédérés de Micronésie, les Îles Marshall et Palaos, trois États du Pacifique, qui peuvent vivre et travailler aux États-Unis sans visa grâce aux Compacts of Free Association (accords de libre association) signés avec Washington.
Les réfugiés, les asilés, et les victimes de traite en sont exclus, sauf s’ils relèvent d’une autre catégorie éligible.
L’Algérie apparaît aussi dans le rapport du Congrès américain avec 3 réfugiés admis pour l’année fiscale 2023, soit 0,005% du total. Le Département d’État l’a placée sur la Special Watch List pour restrictions de la liberté religieuse ; les lois de 2006 et 2012 du pays ciblent l’Église protestante d’Algérie et la communauté ahmadie.
Un arbitrage budgétaire assumé
Le CMS ne cache pas la logique. «l’administration Trump a pour mission publique, obligation légale et devoir moral de préserver les programmes fédéraux de santé», déclare l’administrateur du CMS, Dr Mehmet Oz. «Aujourd’hui, nous rendons hommage à ces trois principes en fournissant des directives claires destinées à aider les États à respecter la loi et à protéger l’argent des contribuables.»
La lettre State Health Official (SHO) précise que, à compter du 1er octobre 2026, «le programme de financement fédéral (FFP) ne s’appliquera plus aux prestations complètes de Medicaid ou du CHIP fournies aux non-citoyens éligibles qui ne sont pas également des non-citoyens éligibles au programme FFP (par exemple, les bénéficiaires du droit d’asile, les réfugiés, les personnes bénéficiant d’une libération conditionnelle ou les victimes de la traite), à moins qu’ils ne disposent d’un autre statut ou d’une autre catégorie d’immigration répondant à la définition d’un non-citoyen éligible au programme FFP».
Trois exceptions subsistent: l’urgence médicale, l’option CHIPRA 214 pour les enfants et femmes enceintes résidant légalement, et les Health Services Initiatives du CHIP. Autrement dit, un réfugié africain admis légalement, par exemple de la République démocratique du Congo, du Soudan, de la Somalie ou d’Éthiopie, peut rester en situation régulière, mais ne plus bénéficier de Medicaid ou du CHIP, sauf pour le traitement d’une urgence médicale. Les soins primaires, dentaires, de santé mentale et les traitements chroniques sont retardés ou empêchés.
La couverture des enfants nés ou résidant aux États-Unis devient précaire lorsque la famille dépendait du CHIP. Et l’aide médicale aux réfugiés (RMA) a déjà été réduite de 12 à 4 mois par l’Office of Refugee Resettlement depuis mai 2025.
Pour les Africains, l’effet n’est pas seulement sanitaire. L’accès même au statut de réfugié s’est fortement réduit. Le programme d’accueil des réfugiés a été suspendu fin janvier 2025, puis le plafond pour l’exercice 2026 a été fixé à 17.500 personnes, le plus bas de l’histoire du programme; 7.730 réfugiés avaient été admis au 30 juin 2026.
La quasi-totalité des réfugiés admis au cours des dix premiers mois de l’exercice 2026 venaient d’Afrique du Sud, une évolution qui réduit fortement l’accès des autres nationalités africaines.
Le rapport au Congrès sur les admissions proposées pour l’année fiscale 2026 est explicite. Le président propose un plafond de 7.500 admissions, principalement des Afrikaners d’Afrique du Sud en vertu de l’Executive Order 14204, ainsi que d’autres victimes de discrimination illégale ou injuste. La détermination présidentielle d’urgence du 21 mai 2026 relève ce plafond à 17.500, les admissions supplémentaires étant allouées aux Afrikaners d’Afrique du Sud.
Ce basculement géographique est lourd de conséquences: les pays africains historiquement les plus représentés dans le programme (République démocratique du Congo, Soudan, Somalie, Éthiopie, Érythrée, Soudan du Sud, Burundi) se retrouvent marginalisés.
Les chiffres qui disent l’exposition africaine
Les tableaux du rapport pour l’année fiscale 2025 sont sans ambiguïté. Pour l’année fiscale 2023, sur 6.014 réfugiés admis aux États-Unis, la République démocratique du Congo représentait 18.145 personnes, soit 30,24% du total.
Le Soudan suivait avec 1.635 arrivées (2,72%), la Somalie 1.385 (2,31%), l’Érythrée 973 (1,62%), la République centrafricaine 634 (1,06 %). Suivent le Soudan du Sud avec 592 arrivées (0,99%), l’Éthiopie 441 (0,74%), le Burundi 335 (0,56%).
Plus loin, le Sénégal (86 réfugiés admis), le Rwanda (85 réfugiés admis), le Cameroun (29 réfugiés admis), le Mali (26), la Guinée (25), la Côte d’Ivoire (22), le Liberia (9) complètent ce panorama.
L’Algérie apparaît dans le rapport du Congrès avec 3 réfugiés admis pour l’année fiscale 2023, soit 0,005% du total. Le Département d’État l’a placée sur la Special Watch List pour restrictions de la liberté religieuse ; les lois de 2006 et 2012 du pays ciblent l’Église protestante d’Algérie et la communauté ahmadie.
Le Maroc aussi est cité une fois dans le tableau des admissions de réfugiés par pays d’origine pour l’exercice fiscal 2023, avec 1 arrivée individuelle, soit 0,002% des 60 014 réfugiés admis.
Ces populations sont jeunes. L’âge médian des arrivées de RDC et du Soudan du Sud était de 18 ans, de l’Érythrée de 21 ans, du Soudan de 21 ans, de l’Éthiopie de 22 ans, de la Somalie de 23 ans.
Pour l’année fiscale 2023, 11,24% des réfugiés admis avaient moins de 5 ans et 34,08% étaient en âge scolaire (5-17 ans). La perte de Medicaid/CHIP frappe donc en plein cœur les familles et les enfants. Pour un réfugié africain, la restriction sanitaire s’ajoute à une restriction d’accès au territoire américain.
Exposition africaine pour l’année fiscale 2023
| Pays | Réfugiés admis | % du total | Âge médian |
|---|---|---|---|
| République démocratique du Congo | 18.145 | 30,24% | 18 ans |
| Soudan | 1.635 | 2,72% | 21 ans |
| Somalie | 1.385 | 2,31% | 23 ans |
| Érythrée | 973 | 1,62% | 21 ans |
| République centrafricaine | 634 | 1,06% | 18 ans |
| Soudan du Sud | 592 | 0,99% | 18 ans |
| Éthiopie | 441 | 0,74% | 22 ans |
| Burundi | 335 | 0,56% | - |
| Sénégal | 86 | 0,14% | - |
| Rwanda | 85 | 0,14% | - |
| Cameroun | 29 | 0,04% | - |
| Mali | 26 | 0,04% | - |
| Guinée | 25 | 0,04% | - |
| Côte d’Ivoire | 22 | 0,03% | - |
Source: Administration Américaine.
Un transfert de coûts vers les États et les familles
L’analyse budgétaire est tout aussi préoccupante. Le Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS) rappelle que les États devront mettre à jour leurs systèmes d’éligibilité, leurs formulaires, leurs procédures de vérification et leurs contrats de managed care.
Le financement fédéral reste disponible pour l’urgence médicale, mais limité au taux Federal Medical Assistance Percentage (FMAP), que l’on peut traduire par pourcentage fédéral d’aide médicale, régulier de l’État, et non aux taux majorés du groupe adulte. Les dépenses d’urgence Medicaid doivent être déclarées sur la ligne 27 du formulaire CMS-64.
Le CMS a déjà identifié environ 1,8 milliard de dollars de dépenses douteuses déclarées par huit États pour des services fournis à des non-citoyens pour lesquels le FFP n’est disponible que pour l’urgence Medicaid.
Pour les États américains qui cofinancent le programme d’assistance médicale, la tentation sera de ne pas financer de couverture entièrement étatique. Le CMS indique qu’il ne considérera pas comme Medicaid une couverture financée à 100% par l’État.
Les contrats avec les plans de managed care devront être séparés et distincts pour les services financés par l’État. En clair, le coût risque de se déplacer vers les hôpitaux, les cliniques caritatives, les ONG et les familles.
Or, l’étude citée par le Department of Health and Human Services (HHS), en français Ministère de la Santé et des Services sociaux, estime l’impact fiscal net des réfugiés et asilés sur 15 ans à 123,8 milliards de dollars, dont 31,5 milliards de bénéfice net pour le gouvernement fédéral et 92,3 milliards pour les États et collectivités locales.
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La restriction actuelle pourrait éroder cette contribution en retardant l’intégration et en augmentant les soins tardifs, plus coûteux.
Le volet technique est loin d’être neutre. Les États doivent vérifier le statut migratoire via le programme SAVE du DHS, le Hub VLP v37.1 v2 et ses indicateurs. Un nouvel indicateur «Eligible Noncitizen» (Non-ressortissant éligible) pour Medicaid/CHIP est introduit. L’indicateur «Qualified Noncitizen» (Ressortissant étranger remplissant les conditions requises) aura un usage limité après le 1er octobre 2026.
Les bénéficiaires actuels doivent être réévalués. En cas d’impossibilité de vérification électronique, un délai de 90 jours (ROP) est prévu, avec préavis et droit à un recours avant toute suppression.
Mais dans la pratique, ces procédures peuvent produire des interruptions de couverture pour des personnes déjà vulnérables: survivants de traite, victimes de violences domestiques, enfants et femmes enceintes.
L’option CHIPRA 214 reste une bouée pour les enfants et femmes enceintes résidant légalement, si l’État l’a adoptée. En effet, l’option CHIPRA 214 est une faculté offerte aux États par le Children’s Health Insurance Program Reauthorization Act of 2009 (CHIPRA) (P.L. 111-3).
Elle permet aux États de fournir une couverture complète Medicaid et CHIP à deux catégories de personnes résidant légalement aux États-Unis: les enfants, jusqu’à 21 ans pour Medicaid et jusqu’à 19 ans pour le CHIP ; et les femmes enceintes.
L’intérêt de cette option est qu’elle permet de couvrir ces personnes sans avoir à respecter la période d’attente de cinq ans qui s’applique normalement à de nombreux non-citoyens qualifiés.
Mais le CHIP séparé ne couvre pas les urgences, et le Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS) prévoit la fin du programme de financement fédéral (FFP) pour les bénéficiaires CHIP non éligibles, même en période de continuité.
Pour les réfugiés africains, l’accès aux soins devient un patchwork: urgence Medicaid ici, CHIPRA 214 là, RMA réduite à quatre mois, soins primaires reportés. La santé mentale, les traumatismes, les violences basées sur le genre et les maladies chroniques restent les grands perdants.
Quels pays africains se démarquent ?
La République démocratique du Congo (RDC) se démarque par son poids historique dans les admissions: 30,24% des réfugiés admis pour l’année fiscale 2023. Elle est aussi l’une des populations les plus exposées à la perte de couverture. Le Soudan, la Somalie, l’Éthiopie, l’Érythrée et le Soudan du Sud illustrent la Corne de l’Afrique et les Grands Lacs, régions où les besoins de réinstallation restent élevés.
L’Afrique du Sud, elle, se démarque par une allocation quasi exclusive dans le plafond de l’année fiscale 2026, au titre des Afrikaners.
Mais cette exception sud-africaine se construit au détriment des autres nationalités africaines, qui perdent à la fois l’accès au programme et la couverture santé fédérale.
Le contraste est saisissant. D’un côté, un plafond mondial de 125.000 réfugiés pour l’année fiscale 2025, avec une allocation africaine de 30.000 à 50.000. De l’autre, un plafond pour l’année fiscale 2026 de 7.500, relevé à 17.500 pour les Afrikaners, alors que 7.730 réfugiés seulement avaient été admis au 30 juin 2026.
La loi H.R. 1 et la lettre SHO #26-001 ferment la porte sanitaire; la détermination présidentielle d’urgence et l’Executive Order 14204 ouvrent une porte étroite, réservée à une catégorie.
La loi fédérale américaine a fait un choix budgétaire. Pour les réfugiés africains des Grands Lacs, de la Corne de l’Afrique et d’Afrique centrale, la double restriction est déjà une réalité: moins d’admissions, moins de soins, plus de vulnérabilité.
Admissions de réfugiés par région du monde - exercice fiscal 2025
| Région | Admissions pour l’ année fiscale 2025 |
|---|---|
| Afrique | 30.000 - 50.000 |
| Asie de l’Est | 10.000 - 20.000 |
| Europe et Asie centrale | 2.000 - 3 000 |
| Amérique latine / Caraïbes | 35.000 - 50.000 |
| Proche-Orient / Asie du Sud | 30.000 - 45.000 |
| Total | 125.000 |
Source: Administration Américaine.




