Gabon. Il y a une année, le budget de la santé était dopé: les malades toujours mal-en-point

Le 08/05/2026 à 09h51

VidéoQuelles améliorations a apporté l’augmentation de 9,66 milliards de Fcfa, en 2025, du budget de la santé à 140 milliards? La réponse se trouve dans les différents services des hôpitaux publics: longues attentes, factures exorbitantes, système à deux vitesses. En attendant que le secteur de la santé soigne ses propres maux, les Gabonais prennent leur mal en patience.

C’est une angoisse sourde, aussi tenace que la maladie. Celle de devoir choisir entre sa santé et son portefeuille. Au Gabon, l’accès aux soins, théoriquement garanti par une assurance maladie publique, bute sur une réalité sociale implacable. Malgré les annonces budgétaires et les promesses de couverture santé universelle, le chemin vers l’hôpital reste semé d’embûches pour des milliers de Gabonais.

Dans les couloirs des centres hospitaliers publics, une patiente, Marie Stéphane, résume l’amertume générale: «L’accès n’est pas facile. L’attente est longue. Et en cas d’hospitalisation, vous sortez avec une facture exorbitante. Il n’est plus question de sauver des vies, c’est du commerce.»

Un cri du cœur qui résonne comme un signal d’alarme. Car si le pays dispose de structures de proximité, l’hospitalisation ou les soins lourds deviennent une épreuve financière. Pour beaucoup, le renoncement aux soins n’est plus un risque, mais une réalité quotidienne.

Sur le terrain, un autre malaise apparaît, celui du traitement inéquitable. Arsène Mondjo, patient exaspéré, en témoigne: «Malheureusement, il faut forcément avoir quelqu’un à l’hôpital pour avoir de meilleurs soins.»

Mais ce sentiment de «deux poids, deux mesures» est contesté par certains agents. Merlin Assoumou, agent de santé publique, défend sa corporation: «Le personnel de santé est là pour tout le monde. Nous travaillons à la prise en charge des patients sans exception. Nous ne faisons pas de différence de statut. Pas de place pour le copinage.»

Une position que nuance l’expérience des usagers. Du côté administratif, on met en avant le circuit classique: «Quand vous arrivez à l’hôpital avec votre ticket modérateur, vous remplissez les formalités… et tout de suite vous êtes prise en charge», explique Annie Nadine, agent hospitalier.

Mais dans les faits, ce ticket, censé rester modique, peut grimper très vite.

Face aux lenteurs du secteur public, le privé apparaît comme une échappatoire… pour ceux qui en ont les moyens. Lucie Sandrine, patiente, tranche: «Pas facile d’aller dans les hôpitaux privés sans moyens. Par contre, ceux qui en ont peuvent aller comme ils veulent.»

Une phrase qui résume à elle seule le paradoxe gabonais: une volonté affichée d’universalité, mais une réalité où l’argent reste le meilleur des médecins.

Sur le papier, l’État bouge. La loi de finances 2025 alloue 141,14 milliards FCFA à la santé, soit une hausse de 9,66 milliards par rapport à 2024. Un effort qui traduit, selon les autorités, la volonté de renforcer l’accès aux soins et d’améliorer les infrastructures.

Pourtant, sur le terrain, rien ou presque n’a changé. La pandémie de Covid-19 avait pourtant mis en lumière les failles criantes du système: manque de personnel, plateaux techniques vétustes, circuits de financement opaques. Des leçons qui semblent déjà oubliées.

Face à ce «fardeau silencieux», la question reste entière: comment concilier accessibilité pour les patients et viabilité pour les structures? Réduire les coûts pour les uns, soutenir financièrement les établissements pour les autres: l’équilibre est indispensable, mais fragile. Car au-delà de la technique médicale, c’est un choix de société qui se dessine.

Demain, le seul combat d’un malade devrait être celui de sa guérison, pas celui de son porte-monnaie. Mais pour y parvenir, des réformes profondes, sociales, économiques et structurelles, sont plus que urgentes.

Le budget 2025 est une opportunité. Reste à savoir si elle sera saisie. Au Gabon, l’hôpital public soigne encore à reculons. Et pour certains, se faire soigner reste un luxe. Ou un combat.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 08/05/2026 à 09h51