Au cœur de cette unité de production, des techniciens s’activent autour des postes de soudure. Les équipements prennent forme progressivement: réservoirs, brûleurs, systèmes de soufflerie sont assemblés avec précision. Chaque pièce est ensuite testée afin d’en garantir l’efficacité et la sécurité.
En cherchant des alternatives au charbon de bois, ces techniciens apportent à leur niveau une préoccupation partagé e par de nombreux pays d’Afrique, des Nations unies et de l’Agence internationale de l’énergie.
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En mai 2024, Paris accueillait le «Sommet sur la cuisson propre en Afrique» sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et en présence des représentants d’une soixantaine d’États.
Dans la capitale française, l’AIE rappelait que la cuisson à partir du «bois ou du charbon est la deuxième cause de décès prématuré en Afrique, principalement chez les femmes et les enfants d’Afrique subsaharienne (...) L’inhalation des particules émises pendant la cuisson a des conséquences directes sur la santé. Chaque année, on compterait près de 4 millions de décès liés à l’usage des fours traditionnels.»
Ces informations ressassées à satiété par l’AIE devraient être une motivation supplémentaires aux techniciens de Labé d’autant plus qu’à «l’issue du Sommet, 2,2 milliards de dollars de financements et d’investissements ont été annoncés par quelques Gouvernements et entreprises du secteur privé».
En attendant, les techniciens de Labé croient en leurs produits «Nous avons des soudeurs qui fabriquent ces équipements localement. Une fois fabriqués, on les envoie pour des essais. Lors de ces tests, on utilise un système composé d’un réservoir, d’un brûleur où l’on pose la marmite et d’un souffleur. Avec cet équipement, je peux sensibiliser les femmes en leur expliquant que c’est un moyen de faire des économies et réduire la coupe de bois. En l’utilisant, on n’a plus besoin d’acheter du charbon», confie Oumou Hawa Diallo, technicienne.
Au-delà de la fabrication, l’intérêt de ce système réside aussi dans son coût réduit et sa simplicité d’utilisation.
L’huile usée, notamment celle issue de la vidange, devient une source d’énergie alternative capable de remplacer le charbon ou le gaz dans la cuisson quotidienne.
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Le responsable de la structure insiste sur les avantages techniques et économiques de cette innovation. «Avec un litre de combustible, soit environ 500 francs -ou même 1000 francs guinéens selon le cas- on peut cuisiner rapidement et efficacement. Le liquide utilisé est de l’huile usée, notamment de l’huile de vidange recyclée. La particularité de ce système, c’est qu’il ne présente aucun risque d’explosion. Il est important de le souligner: il n’y a aucun danger de ce côté-là. Son utilisation est simple et pratique, et il ne dégage aucune fumée. Cette huile est comparable au gaz», confie Aguibou Barry, DG de Fapel.
Les usagers confirment de leur côté les bénéfices de ces équipements dont ils vantent la facilité d’usage, la rapidité de cuisson et la propreté du dispositif, même dans des conditions climatiques difficiles.
Et le meilleur témoignage vient d’une cérémonie de mariage où de tels équipements sont utilisés «Nous avons l’habitude de travailler avec ces équipements, très utiles, réduisent les contraintes. Il n’y a pas de fumée à inhaler lorsqu’on ajuste le feu. Le fond des marmites ne se salissent. La cuisson est également rapide. De plus, même en saison pluvieuse, le feu reste stable et continue de bien fonctionner», confie Bintou Keita, usager.
Ainsi, de l’atelier de soudure aux foyers, cette innovation s’impose progressivement comme une alternative crédible aux modes de cuisson traditionnels. En transformant un déchet en énergie utile, elle ouvre la voie à une cuisine plus économique, plus propre et potentiellement plus durable.
