Mali. Textile: pourquoi les teintures doivent reprendre des couleurs locales

Un teinturier mélange des pigments et des produits chimiques dans un bain d'eau chaude pour créer des couleurs.

Le 20/08/2026 à 11h36

VidéoAu Mali, les teintures synthétiques utilisées particulièrement pour les bazins, sont encore dominantes dans le secteur de l’habillement. Cependant, 20% des colorants sont évacués au rinçage d’un vêtement et polluent les cours d’eau et représentent un risque sur la santé des personnes qui les manipulent. Pourtant, n’galama, indigo, néré... la flore locale est riche en plantes qui devraient permettre de renouer avec la nature.

La teinture est un procédé qui permet de colorer le fil, le tissu ou le vêtement. Globalement, on distingue deux types de teintures, chimiques et végétales. Les premières offrent un choix infini de couleurs et sont conçues industriellement pour résister au lavage et à la lumière. C e sont ces avantages qui font qu’elles soient largement utilisées, beaucoup plus que celles à base de plantes

Toutefois, du fait de leurs compositions chimiques comme les métaux lourds, le formaldéhyde, les phtalates, le potassium, ou encore le mercure, sont dangereux et toxiques pour les personnes qui les manipulent du fait qu’ils sont susceptibles de perturber le système hormonal et d’augmenter les risques de cancer, et pour l’environnement en polluant les eaux et les sols.

Au niveau environnemental, une étude affirme qu’en moyenne chaque kilo de tissu fini a besoin de 80 à 100 litres d’eau pour être teint.Par exemple, un t-shirt qui pèse environ 200 grammes utiliserait entre 16 et 20 litres d’eau uniquement pour sa coloration. De plus, 80% du colorant serait retenu par le tissu. Le 20% restant serait évacué lors de l’étape de rinçage. Cette évacuation pollue l’eau dans laquelle le colorant entre en contact.

Malheureusement, au Mali, comme c’est le cas au niveau des pays de la région, cette teinture est encore très dominante. Les teintures naturelles à base de végétaux et de boue existent et concerne particulièrement le bogolan.

Parmi eux, Moussa Bagayoko, un maître artisan designer a été fasciné par la technique de teinture japonaise à l’expo universelle 2025 à Osaka. «J’ai été à l’école japonaise pour voir comment ils font l’indigo. Au Japon, il y a le sukumo, une matière obtenue par la fermentation de feuilles d’indigo. La différence est énorme, parce que la teinture naturelle protège les personnes, l’environnement et nourrit son homme».

De l’expérience tirée de ce voyage, il précise que l’école japonaise a été une riche expérience et «qu’avec la mondialisation, il faut retourner aux sources pour montrer au monde entier les réalités maliennes en termes de teinture».

La flore du Mali est riche en plantes qui devrait permettre à Moussa Bagayoko de renouer avec la nature. Ngalama, indigo, néré, henné, raisin de brousse... permettent d’obtenir tout spectre de couleurs du brun, du bleu, du jaune, du brun rougeâtre... de quoi satisfaire la créatrice de mode, Djènèba Diakité selon laquelle «la teinture végétale permet de valoriser le savoir-faire traditionnel tout en répondant à une mode plus responsable et authentique».

Elle ajoute que «cette technique offre des couleurs uniques, naturelles qui donnent du caractère et de l’originalité aux créations. Le vêtement doit être beau, moderne et de qualité». Elle conclut en disant que «le Mali possède un énorme potentiel dans le domaine des teintures naturelles. Il faut juste organiser le secteur».

Par Diemba Moussa Konaté (Bamako, correspondance)
Le 20/08/2026 à 11h36