Maurice: les canalisations vétustes pèsent jusqu’à 60% de l’eau non génératrice de revenus

Travaux sur le terrain des équipes de la Central Water Authority (CWA) de Maurice

Le 10/10/2026 à 15h30

À Maurice, 1.500 kilomètres de conduites vétustes transforment chaque fuite en perte de recette, pour le prestataire public en charge de l’approvisionnement en eau et l’assainissement. Le déficit de la Central Water Authority (CWA) atteint 755 millions de roupies mauriciennes, environ 16 millions de dollars, mais le vrai gouffre est peut-être celui d’un réseau qui laisse filer entre 50 et 60% de son eau non génératrice de revenus.

À Maurice, la distribution d’eau potable n’est plus un service banal. L’actualité relative au système de traitement et de distribution, révèle une dette infrastructurelle que le pays ne peut plus différer.

La Central Water Authority (CWA), organisme public mauricien chargé principalement de l’approvisionnement en eau potable à Maurice, doit remplacer environ 1.500 kilomètres de conduites vétustes sur un réseau de quelque 5.400 kilomètres. Un peu plus du quart du maillage est fait de canalisations anciennes et endommagées, fabriquées notamment en ciment, en fer et en acier, dont certaines ont entre 50 et 80 ans.

Ces infrastructures subissent fuites et pannes récurrentes et réduisent la capacité d’acheminement efficace de l’eau potable. Les pertes physiques liées à cette vétusté représentent entre 50 et 60 pour cent du volume d’eau non génératrice de revenus. Une part majeure de l’eau produite et injectée dans le réseau ne donne lieu à aucune recette, à cause des fuites, des raccordements illégaux et des erreurs de comptage.

Maurice ne perd pas seulement une ressource vitale. Elle perd de la recette, de la crédibilité et de la marge de manœuvre. La CWA a identifié environ 500 kilomètres de conduites à remplacer en priorité, selon leur ancienneté et l’historique des pannes et des fuites. Le programme veut réduire les pertes d’eau et améliorer la régularité de l’approvisionnement dans les différentes régions de l’île.

Mais l’équation financière brise l’élan. Le déficit de la CWA atteint quelque 755 millions de roupies mauriciennes, soit environ 16 millions de dollars. Comment mobiliser des financements lourds, remplacer des tuyaux, moderniser les installations de captage et de stockage, renforcer les stations de traitement, construire de nouveaux réservoirs et mieux exploiter les ressources en eau disponibles, tout en assurant la continuité du service aux consommateurs ?

La question n’est pas théorique. Des perturbations de l’approvisionnement persistent dans plusieurs régions. Les autorités ont dû recourir à des mesures de rationnement durant les périodes de sécheresse. En août dernier, la CWA avait annoncé une série de mesures pour améliorer le service, notamment le recours à des entreprises privées pour accélérer la réparation des fuites, la préparation d’un nouveau programme de remplacement des conduites les plus anciennes et la réorganisation de la distribution d’eau par camions citernes.

Des décisions qui montrent une prise de conscience, mais elles ne masquent pas l’ampleur du chantier. L’île est confrontée à un choix que beaucoup de pays africains connaissent: investir massivement dans l’entretien d’un patrimoine invisible ou subir, année après année, les coupures, les pertes et la défiance des usagers.

Cela dit, remplacer 1.500 kilomètres de conduites n’est pas qu’un défi d’ingénierie. C’est un test de gouvernance, de priorisation budgétaire et de responsabilité intergénérationnelle. Derrière chaque fuite, il y a une goutte d’eau perdue, mais aussi une promesse publique qui s’effrite. Sans financement crédible, même le meilleur diagnostic reste une pièce de papier.

Par Le360 (avec MAP)
Le 10/10/2026 à 15h30