Gabon. 4 mois après le passage de la CAN à 28 équipes, des interrogations demeurent

Patrie Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF).

Le 06/10/2026 à 15h50

VidéoAlors que la CAF annonce l’élargissement de la phase finale à 28 sélections dès 2027, une question taraude les amoureux du ballon rond africain: cette expansion suffira-t-elle à transformer la CAN en véritable tremplin vers le Mondial? À Libreville comme ailleurs, les avis divergent.

En juillet dernier depuis Johannesburg, Patrice Motsepe avait officialisé ce que beaucoup pressentaient: la Coupe d’Afrique des Nations se jouera, dès 2027, à vingt-huit équipes contre vingt-quatre.

Quatre places supplémentaires, quatre rêves de plus, mais aussi quatre nouvelles interrogations.

La décision du président de la Confédération africaine de football intervient dans un contexte particulier. Partout sur le continent, les éliminatoires battent leur plein.

À Libreville, comme dans bien d’autres métropoles africaines, les discussions vont bon train. Et la question revient, lancinante: la CAN est-elle vraiment cette rampe de lancement vers le Mondial que l’on nous promet?

Pour certains, la réponse ne souffre aucun débat. Rodolphe Nguema, athlète, en est convaincu. «Une bonne CAN ne peut être que bénéfique pour une équipe qui y participe, parce qu’elle va gagner en expérience et rencontrer d’autres talents.»

L’argument se tient. Les grandes nations du football mondial se sont forgées dans la répétition des confrontations de haut niveau. Chaque match de CAN est une leçon, chaque adversaire une école.

Mais l’équation est loin d’être aussi simple. Ezéchiel Nguembi, supporter passionné, nuance. «C’est vrai que la CAN aide les équipes à performer, mais elle reste avant tout une fête continentale. Le Mondial réunit tous les continents, et c’est un grand moment de football planétaire.»

Et si le débat sur le nombre d’équipes n’était qu’un écran de fumée? Louis Robert Issembe, observateur avisé, pose le doigt là où ça fait mal. «Avant de penser à la CAN, il faut à la base avoir un bon championnat et une politique de formation locale des joueurs. Sans cette vision, rien n’est possible.»

Difficile de lui donner tort. À quoi bon élargir la vitrine si les rayons restent vides? Les championnats nationaux africains, souvent exsangues, peinent à retenir leurs talents. Les centres de formation, quand ils existent, fonctionnent au ralenti.

L’élargissement à 28 équipes ne résoudra pas ce problème structurel. Il pourrait même l’aggraver en diluant le niveau général de la compétition.

Il y a des sujets que l’on préfère éviter. Martin, lui, n’a pas la langue dans sa poche. «Tous les problèmes que connaissent les sélections africaines, le Gabon notamment, viennent de la mauvaise gouvernance du football par les instances faîtières comme la Fegafoot. Parmi les maux qui minent notre onze national, il y a l’ingérence politique, y compris dans le choix des joueurs.»

Les crises à répétition au sein des fédérations, les sélections changées au gré des humeurs politiques, les entraîneurs limogés avant même d’avoir pu imprimer leur marque... Autant de maux qui plombent le football africain bien plus sûrement que le format d’une compétition.

Une porte d’entrée, vraiment? Alors, la CAN est-elle cette porte d’entrée vers le Mondial? La réponse, sans doute, tient en une phrase: elle pourrait l’être, mais elle ne l’est pas encore. Une porte d’entrée suppose un couloir, une structure, une direction. Or, le football africain avance souvent sans boussole, au gré des vents contraires.

L’élargissement à 28 équipes offre indéniablement plus d’opportunités. Plus de matchs, plus d’expériences, plus de visibilité pour les joueurs et les sélections. Mais l’opportunité n’est pas la réussite. Encore faut-il que les fédérations s’en saisissent, que les championnats se structurent, que la formation devienne une priorité.

En attendant, les supporters continueront de rêver. De rêver d’une CAN qui ne soit pas seulement une fête, mais un véritable laboratoire du football africain. De rêver d’un Mondial où les équipes africaines ne seraient plus des faire-valoir, mais de sérieuses prétendantes au titre. Le chemin est long. Et il ne se résume pas à quatre places de plus.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 06/10/2026 à 15h50