La crise du Covid et plus récemment la guerre Russie-Ukraine avaient dévoilé les fragilités structurelles du secteur des carburants en Afrique. Quasi absence de raffineries de taille, insuffisance des capacités de stockage, infrastructures logistiques et de stockage ne répondant pas aux normes dans de nombreux pays, insuffisance et même absence des stocks stratégiques dans certains pays,…
Conséquence, chaque crise se traduisait par une flambée rapide des prix des produits pétroliers raffinés et par des pénuries qui paralysaient certains pans des économies les plus touchées.
Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, touchant le cœur de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, avait suscité l’inquiétude en Afrique, rappelant les effets de la crise sanitaire.
Aujourd’hui, l’on est en droit de se demander si l’Afrique a su tirer les enseignements pour ne plus revivre les pénuries de carburants et les files de voitures dans les stations-services, comme ce fut le cas durant les deux dernières crises énergétiques?
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Il est certain, et contrairement aux crises précédentes et le verrouillage de l’approvisionnement mondial en pétrole brut et en carburants en raison de la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz d’où transite plus de 20% du brut mondial, l’Afrique est pour le moment relativement épargnée.
En effet, si les prix à la pompe ont valsé dans de nombreux pays avec une tendance à la hausse dans le sillage de l’augmentation des prix des produits pétroliers raffinés, le continent est jusqu’à présent globalement épargné par les pénuries de carburants, alors que l’offre mondiale s’est réduite au niveau des principaux marchés qui approvisionnaient le continent: Europe, Moyen-Orient et Russie.
Mieux, l’Afrique est même devenue source d’approvisionnement du marché mondial, notamment européen ces derniers mois pour certains produits raffinés comme le kérosène et le diésel.
Une chose est sure, si tous les pays africains n’ont pas apporté des solutions durables aux flambées des prix des carburants et des pénuries, certains pays ont décidé de prendre leur destin en main et de ne plus dépendre totalement des produits raffinés importés.
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La première source des carburants étant les raffineries, de nombreux pays ont investi dans la rénovation et les constructions de telles installations industrielles.
À ce titre, il faut d’abord souligner l’impact de la méga-raffinerie d’Aliko Dangote d’une capacité de traitement de 700.000 barils par jour. Inauguré en 2024, celle-ci a atteint sa vitesse de croisière cette année tirant profit de la guerre au Moyen-Orient et du quasi arrêt de production des raffineries des pays du Golfe, des difficultés que connaissent certaines raffineries européennes et des bombardements ukrainiens des raffineries russes.
La raffinerie Dangote est devenue en avril et mai 2026 le plus grand exportateur mondial de kérosène. En juin et juillet, cette installation s’est érigée au premier rang des fournisseurs en kérosène et en diésel de l’Europe, supplantant pour la première fois les États-Unis sur ce segment du carburant d’aviation.
Durant cette même période, la raffinerie du Nigérian a expédié 466.000 tonnes de diésel et 400.000 tonnes de kérosène vers l’Europe, s’accaparant le cinquième du volume des importations européennes.
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Parallèlement, et en raison du recul de l’offre européenne, la raffinerie Dangote a gagné des parts de marché en Afrique. Les ventes vers le reste du continent ont atteint près de 120.000 barils par jour de produits raffinés durant le second trimestre 2026. Cet apport a contribué à réduire les tensions au niveau des marchés de certains pays en comblant les importations qui provenaient d’Europe et du Moyen-Orient.
En Afrique australe, l’Angola, deuxième producteur de pétrole africain derrière le Nigeria, compte accélérer son autonomie en produits raffinés en misant sur les projets de raffinage de Cabina (30.000 à 60.000 barils par jour), entre en production en mars 2026 pour la première phase, et de Lobito (200.000 barils par jour) pilotés par la compagnies nationale Sonangol.
La raffinerie de Lobito, d’un coût de 3,8 milliards de dollars produira du diesel, de l’essence, du fioul, du GPL, du carburéacteur et du souffre. Le projet affiche un taux d’exécution de plus de 25%. À ces deux projets, s’ajoutera la future raffinerie de Soyo devant porter la capacité totale de raffinage du pays à plus de 445.000 barils par jour.
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En Afrique de l’ouest, le Ghana a inauguré en janvier 2024, la première raffinerie privée du pays, la Sentuo Oil Refinery, grâce à un investissement chinois de près de 2 milliards de dollars. Avec une capacité initiale de 40.000 barils par jour, celle-ci est en extension pour atteindre 100.000 barils par jour. Et avec la relance de la raffinerie publique de Tema, le Ghana compte produire 70% de son carburant localement.
En plus des nouvelles raffineries, plusieurs pays modernisent leurs anciennes unités laissées à l’abandon depuis des années. C’est le cas du Nigeria et de l’Afrique du Sud. Cette dernière, avec 27 milliards de litres consommés par an dont 61% couverts par les importations, a décidé de relancer la production de deux anciennes raffineries à l’abandon pour faire face au recul de sa production de carburants et de sa forte dépendance.
Pourtant, en 2019, le pays couvrait 79% de ses besoins en carburants. Toutefois, l’arrêt de certaines installations à cause du vieillissement des équipements, aux incidents industriels et des problèmes techniques, le pays ne compte plus que deux raffineries en activité -Natref et Astron Energy- pour une capacité de traitement cumulée d’environ 208.000 barils par jour.
Face à cette dépendance dangereuse, les autorités ont décidé de remettre sur pied deux raffineries publiques: SAPREF, au sud de Durban, endommagée par les inondations de 2022, et Mossel Bay. La remise en état de fonctionnement et l’augmentation des capacités de traitement avec un objectif de traitement de 700.000 barils par jour nécessiteront plus de 8 milliards de dollars.
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Pour les années à venir, plusieurs raffineries sont annoncées au niveau du continent qui devraient contribuer à assurer une plus grande sécurité énergétique.
En premier lieu, il y a la nouvelle méga-raffinerie d’Aliko Dangote au Kenya dont le coup d’envoi a été donné le 30 septembre 2026 par le milliardaire nigérian et le président kenyan William Ruto en présence de chefs d’État d’Afrique de l’Est et de l’Ouest.
Celle-ci sera dotée d’une capacité de traitement de 700.000 barils de pétroles par jour et comblera une partie significative des besoins des pays de la région dont elle réduira la dépendance aux importations.
Au niveau de la même région, la Tanzanie et l’Ouganda ont signé en août 2026 avec Vitol, leader mondial de négoce d’énergie et porteur du projet, un accord majeur de 20 milliards de dollars pour développer le Tanga Regional Energy Hub, un complexe intégré de raffinage, de stockage et de transport de pétrole, adossé au projet d’oléoduc reliant les deux pays.
La raffinerie sera approvisionnée en brut à partir des champs pétroliers ougandais par l’oléoduc long de 1.443 km et à même de transporter environ 230.000 barils de brut par jour depuis l’Albertine Graben en Ouganda jusqu’au port de Tanga , en Tanzanie.
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Sur cette même lancée, le Sénégal s’est engagé à construire une deuxième raffinerie pour renforcer ses capacités de raffinage. L’objectif est de réduire ses importations en transformant le pétrole brut provenant du champ offshore de Sangomar et de produire une large gamme de pétroles bruts.
La Société africaine de raffinage (SAR) a conclu avec le groupe turc Yamata un protocole d’accord pour la construction d’une seconde raffinerie de pétrole. Le groupe turc est en charge de l’ingénierie, des achats, de la construction et la mobilisation du financement.
Ce projet nécessitera un investissement entre deux et trois milliards de dollars pour une capacité de raffinage de quatre millions de tonnes par an. Tout en garantissant la souveraineté énergétique du pays, cette seconde raffinerie contribuera à exporter des carburants vers les pays de la région (Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Gambie…).
Le protocole prévoit également la modernisation de la raffinerie de Mbao exploitée par la SAR et dotée d’une capacité de 1,5 million de tonnes par an, pour un investissement supplémentaire de 300 à 500 millions de dollars.
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Une fois ces deux opérations réalisées, le Sénégal disposera d’une capacité de raffinage de 5,5 millions de tonnes par an, couvrant la totalité de ses besoins et d’exporter l’excédent vers les pays de la sous-région.
En effet, en plus des produits raffinés au niveau de la raffinerie de Mbao, le Sénégal a importé en moyenne 3,45 millions de tonnes de produits pétroliers par an sur la période 2021-2025 pour une facture associée de près de 2,5 milliards de dollars par an.
Aliko Dangote (2e à partir de la droite) avec les présidents du Kenya, de l'Ouganda, du Bénin et du Togo lors de la pose de la première pierre de la méga-raffinerie de Lamu au Kenya d'une capacité de traitement de 700.000 barils par jour, le mercredi 30 septembre 2026.
Dans le même sens, la Côte d’Ivoire s’est engagée dans un processus d’implantation d’une deuxième raffinerie de pétrole à San Pedro. Un projet d’envergure visant une capacité de traitement de 170.000 barils par jour pour un investissement de 7 milliards de dollars. Cette unité ultra-moderne devrait entrer en production en 2030.
La liste des pays qui sont engagés à mettre en place de nouvelles raffineries et/ou de moderniser celles déjà existantes est plus longue. Tous ces projets concourent à assurer une plus grande sécurité énergétique au niveau du continent les années à venir.
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L’autre levier sur lequel certains pays tablent pour éviter de connaître des pénuries rapides de carburants après le déclenchement des crises énergétiques est la constitution de réserves stratégiques à même d’assurer la couverture des besoins du pays durant au moins trois mois.
Certains pays du continent se sont ainsi engagés à augmenter leurs réserves stratégiques de carburants. Le Maroc, dont la raffinerie de la Samir est à l’arrêt depuis de nombreuses années, met l’accent sur le stock stratégique national en produits énergétiques.
Un plan dévoilé en mai 2026 par la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, prévoit une augmentation des capacités nationales de stockage.
Celles-ci ont augmenté de 30% depuis 2021 pour atteindre 3,2 millions de mètres cubes en 2025. Il est prévu d’accroitre les capacités de stockage de plus de 1,5 million de mètres cubes supplémentaires à l’horizon 2030 pour un investissement de 6 milliards de dirhams, soit environ 620 millions de dollars.
Il est aussi prévu d’augmenter les capacités de stockage pour le gaz butane et le kérosène. Dans cette optique, plusieurs projets de stockage sont prévus à l’horizon 2030, avec des capacités additionnelles de 400.000 mètres cubes pour le gaz butane et 100.000 mètres cubes pour le kérosène.
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Outre le Maroc, l’Égypte également met l’accent sur l’augmentation de ses réserves stratégiques. Le pays prévoit la constitution d’une réserve stratégique d’environ 16 millions de barils de brut destinés à renforcer la sécurité énergétique du pays.
Ces réserves devraient provenir de Libye (10 millions de barils) et d’Irak (6 millions de barils). L’Égypte a déjà réceptionné trois millions de barils de la Libye en août dernier. Et la réserve globale de 16 millions de barils devrait être constituée d’ici fin 2026.
Pour cela, le gouvernement égyptien a prévu une enveloppe de 1,36 milliard de dollars. Cette réserve va aider l’Égypte à faire face aux crises énergétiques qui ont tendance à se multiplier ces dernières années.
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Enfin, de nombreux pays essayent aussi de trouver des solutions aux problèmes logistiques qui aggravent les problèmes d’approvisionnement en carburant durant les crises.
Outre la construction de ports dédiés et de bacs de stockage, certains pays développent des pipelines pour faciliter la distribution des carburants.
Dernier en date, le projet d’un pipeline reliant Djibouti à l’Éthiopie. D’un coût de 660 millions de dollars, celui-ci, combiné à un bac de stockage de 400 millions de litres, facilitera le transport de carburant vers le second pays le plus peuplé d’Afrique.
Ainsi, raffineries, réserves stratégiques et amélioration de la logistique sont les leviers qui devraient permettre à l’Afrique d’assurer davantage sa sécurité énergétique à l’horizon 2030





