Togo. L’État puise dans les réserves de carburants: l’endurance de l’économie à rude épreuve

Une station de services à Lomé.

Le 17/09/2026 à 13h32

VidéoDepuis le 11 septembre, le litre de super sans plomb est passé de 725 à 817 francs CFA. C’est la deuxième fois cette année que les tarifs sont relevés, grevant le pouvoir d’achat des ménages d’un pays essentiellement agricole. Quelles marges de manœuvre dispose encore l’État après la réduction des subventions des produits pétroliers et le recours aux réserves de sécurité? Témoignages à Lomé.

À Lomé, c’est la nouvelle réalité des stations-service. Depuis le 11 septembre, le litre de super sans plomb est passé de 725 à 817 francs CFA. 92 francs de plus, pour la deuxième fois en quatre mois, après la hausse de mai dernier. En cause: la flambée des cours mondiaux du pétrole.

«Cette hausse s’explique d’abord par la montée mondiale des cours du pétrole, compliquant les subventions de l’État. Les stocks tampons, ces réserves que l’État a mises en place en cas de pénurie et d’où il puise en cas de pénurie commencent, eux aussi, à s’épuiser», explique Junior Laris, économiste.

Cette hausse pèse d’abord sur ceux qui vivent de la route et du commerce. Chauffeurs de taxi-moto, livreurs, commerçants, tous doivent acheter un carburant plus cher, sans toujours pouvoir répercuter ce surcoût sur les prix qu’ils pratiquent.

C’est le cas d’Abraham Amevor, livreur à moto à Lomé. «Le carburant que j’achète à 2.000 francs me suffit toute la journée, mais avec l’augmentation du prix, je suis obligé d’en prendre pour 3.000 voire 3.500 francs. Le comble, est que je ne peux pas augmenter mes prix déjà fixés par la société».

Pour amortir le choc, l’État maintient une subvention partielle: 14,2 milliards de francs CFA prévus cette année pour les produits pétroliers, contre 25 milliards en 2025. Une réduction des subventions décidée sous la pression du FMI.

Une marge de manœuvre resserrée, alors que la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) relève une légère poussée de l’inflation au niveau régional, de 0,2 à 1,4%.

Jusqu’où l’État peut-il tenir?

«Dans le semestre à venir, l’État peut sans doute maintenir le prix à 817 francs pour le sans plomb, mais sur le long terme, ce sera difficile à tenir. La solution, n’est pas forcément d’injecter indéfiniment de l’argent pour soutenir le prix à la pompe, mais d’investir dans les programmes sociaux de base et pourquoi pas relancer des transferts d’argent pour les foyers à faible revenu», avance l’économiste Junior Laris.

Bien qu’essentiellement agricole, le Togo a vu ces deux dernières décennies «émerger de nouveaux services et activités industrielles et des investissements dans les infrastructures portuaires ont renforcé sa position comme corridor commercial en Afrique de l’Ouest», note l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui relève également une «manque d’infrastructures de transport et d’énergie dans les régions les moins favorisées entrave tout effort d’industrialisation».

En attendant de relever ces défis, chacun continue de composer avec un carburant plus cher: les ménages sur leur budget, les entreprises sur leurs marges. L’État, lui, avance sur une ligne de crête, entre soutien au pouvoir d’achat et rigueur budgétaire. Reste à savoir combien de temps cet équilibre pourra tenir.

Par le360
Le 17/09/2026 à 13h32