Depuis les années 1980, plusieurs digues, gabions et enrochements ont été construits à Rufisque. Après les submersions marines de 2007, des protections supplémentaires ont été ajoutées, notamment à Diokoul et Thiawlène.
Plus récemment, d’autres projets financés par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et mis en œuvre par l’Agence d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public contre le sous-emploi (AGETIP) ont permis de renforcer certains tronçons, mais plusieurs experts estiment que les secteurs non couverts restent vulnérables.
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Pour l’environnementaliste Mamadou Diop Thioune, le principal problème est l’absence d’une protection continue sur l’ensemble du littoral. «L’avancée de la mer à Rufisque ne doit pas être traitée par morceaux. Les études avaient recommandé de commencer par Diokoul avec des gabions afin de limiter à la fois l’érosion et l’ensablement. Mais les travaux ont été interrompus avant d’être repris à Thiawlène, puis de revenir à Diokoul. Cette succession d’interventions n’a pas permis d’assurer une protection cohérente sur toute la côte».
Si le phénomène de la montée des eaux des océans à travers la planète, le Sénégal n’est évidemment pas épargné; En juillet 2024, la Banque mondiale avertissait que «le Sénégal possède 700 km de littoral atlantique et 60% de sa population vit dans les zones côtières; le pays est donc particulièrement vulnérable à la montée du niveau des océans et aux ondes de tempêtes.»
Le ministère sénégalais de l’Environnement et du développement durable estime que l’érosion côtière se traduit par un recul du trait de côte en moyenne entre 0,5 et 2 mètres par an.
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Sur le terrain, les habitants disent vivre avec un sentiment d’urgence. À leurs yeux, le temps des constats est dépassé.
«C’est une véritable urgence sociale. Il faut des solutions pour arrêter l’avancée de la mer, et c’est possible. Des pays comme le Danemark ont réussi à protéger leur littoral. Nous avons des compétences ici, et s’il le faut, allons chercher l’expertise ailleurs. Les maisons disparaissent peu à peu, et même notre cimetière est avalé par l’eau. À ce rythme, nous risquons de ne plus avoir de terre pour enterrer nos morts», explique Ma Awa Ndaw, habitante de Rufisque.
Au-delà du manque de continuité des ouvrages, certains choix techniques sont également pointés du doigt. Selon Mamadou Diop Thioune, certaines digues n’ont pas été réalisées avec tous les dispositifs nécessaires pour résister durablement aux vagues.
«À Diokoul, il fallait compléter la digue avec un tapis de protection et des épis en plongée pour casser l’énergie des vagues. Dans la zone allant de Ndéppé à Keury Souf, ce tapis n’a pas été réalisé. Aujourd’hui, on constate que la digue s’affaisse progressivement. À partir de la mosquée de Diokoul, une restructuration de l’ouvrage devient indispensable», a expliqué Mamadou Diop Thioune, environnementaliste.
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Les études récentes sur le littoral de Rufisque confirment que les ouvrages de protection ont permis de sécuriser certains secteurs, mais qu’ils peuvent aussi déplacer l’érosion vers les zones voisines lorsqu’ils ne s’inscrivent pas dans une stratégie globale. Les experts plaident ainsi pour une gestion intégrée du littoral, combinant ouvrages techniques, suivi scientifique et aménagement du territoire.
À Rufisque, chaque marée rappelle que le combat contre l’océan est loin d’être gagné. Tant que les protections resteront incomplètes, les habitants continueront de vivre avec cette même inquiétude: voir la mer gagner, encore, quelques mètres de plus.
