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Algérie. Voici l'impossible prix du baril de pétrole pour équilibrer le budget, selon le FMI

Mise à jour le 20/04/2021 à 14h59 Publié le 20/04/2021 à 14h47 Par Moussa Diop

#Economie
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#Algérie : Le déficit budgétaire algérien sera abyssal en 2021. Les experts du Fonds monétaire international (FMI) ont estimé le cours du baril nécessaire pour atteindre l’équilibre budgétaire, sachant que les recettes des hydrocarbures pèsent entre 50 et 60% des ressources du budget. Et il est très élevé.

Le déficit budgétaire se creuse en Algérie, dans le sillage de la crise sanitaire et surtout du niveau des recettes tirées des hydrocarbures qui représentent entre 50 et 60% des ressources budgétaires, en fonction du niveau du cours du baril de pétrole sur le marché international.

Et en 2021, selon les projections des autorités, contenues dans la loi de Finances 2021, le déficit budgétaire devrait s’établir à hauteur de 3.614,42 milliards de dinars algériens, soit 27,40 milliards de dollars, et représenter 13,75% du PIB du pays.

Toutefois, le niveau du déficit budgétaire devrait être beaucoup plus important, sachant que les autorités algériennes ont tendance à minorer son ampleur.

Et si la hausse du cours du baril de pétrole au cours de ces derniers mois a donné une bouffée d’oxygène à l’Algérie, il n’en demeure pas moins que le niveau du cours est loin de permettre au pays de retrouver l’équilibre budgétaire.

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En effet, le cours du baril s’est établi à 62,38 dollars en février et 65,76 dollars en mars derniers. Des niveaux largement supérieurs à la moyenne de 2020 qui se situe autour de 42.

Pourtant, ce niveau reste très insuffisant pour réduire l’abyssal déficit budgétaire. Selon les prévisions du FMI, citées par Liberté Algérie, l’Algérie a besoin d’un cours du baril de pétrole de 169 dollars pour rééquilibrer son budget 2021. Un niveau qui atteste de l’ampleur du déficit budgétaire que l’Algérie doit supporter au titre de l’exercice 2021.

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Ce cours est le "prix d’équilibre", définit par le FMI comme étant le prix moyen que doit atteindre la baril de pétrole sur une année pour permettre à un pays fortement dépendant des hydrocarbures, comme c’est le cas pour l’Algérie (97% des recettes d’exportation proviennent des hydrocarbures et dérivées), d’équilibrer son budget. En septembre 2020, ce prix d’équilibre pour l’Algérie était de 157,2 dollars, toujours selon le FMI. C’est de loin le plus élevé parmi les pays exportateurs de pétrole.

Et il est certain que le cours du baril de pétrole n’atteindra pas ce niveau en 2021. Les projections les plus optimistes tablent sur un baril à 75 dollars durant le second semestre de l’année et ce, uniquement en cas de nette reprise de l’économie mondiale. Or, toutes les projections convergent vers un cours beaucoup plus bas que celui avancé par le FMI. Ainsi, selon une étude du Crédit Agricole français, il devrait se situer, en moyenne, à 62 dollars en 2021 et 67 dollars en 2022.

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Le niveau du cours dépendrait beaucoup de la dynamique de la reprise de l’économie mondiale qui est aujourd’hui liée à l’évolution de la pandémie. Une accélération des campagnes de vaccinations dans le monde pourrait réduire les contagions au Covid-19 et permettre le redémarrage des économies développées qui sont actuellement les plus affectées par la pandémie.

Toutefois, à travers les projections du FMI, il est clair que le niveau du déficit budgétaire algérien sera considérable. Et pour le moment, la marge de manoeuvre des autorités algériennes est plus que faible. L’économie reposant uniquement sur la rente pétrolière, les autorités sont désarmées pour atténuer le niveau du déficit.

Pour preuve, depuis quelques semaines, se sont les transferts sociaux, outil fondamental de la politique de redistribution du revenu national, et qui visent à atténuer les inégalités sociales, qui sont dans la ligne de mire des autorités algériennes. Si certains avancent la nécessité d’éliminer certaines subventions, d’autres militent pour un meilleur ciblage des bénéficiaires.

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Seulement, le problème du déséquilibre budgétaire de l’Etat ne peut être uniquement corriger sous l’angle des transferts sociaux, notamment les subventions, si importants soient-ils.

Les autorités doivent mettre l’accent sur d’autres gisements financiers qui pourraient contribuer à rééquilibrer les finances publiques algériennes. Ainsi, sachant par exemple que la contribution fiscale du secteur privé algérien qui pèse à hauteur de 80% du PIB du pays, hors hydrocarbures, ne représente même pas 1% du PIB, il y a là une niche à exploiter. Et l’impôt sur les salaires qui pèse deux fois plus que celui tiré des bénéfices des sociétés algériennes, constitue aussi une aberration. En outre, la fraude et l’évasion fiscales pèsent énormément en ce sens qu’elles représentent environ 1,5% du PIB par an.

Ce qu’il faut dont pour atténuer l’abyssal déficit budgétaire c’est une réforme structurelle de l’économie algérienne et surtout essayer de sortir du modèle économique basé presque uniquement sur la rente pétrolière.

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Au-delà du déficit budgétaire, le FMI souligne également que pour équilibrer ses comptes extérieurs, l’Algérie a aussi besoin d’un cours moyen du baril de 87,7 dollars. On est donc loin du compte à ce niveau aussi. Seulement, si pour le déficit budgétaire le gouvernement peut tricher à travers par exemple le recours à la "planche à billets" et la dévaluation du dinar pour gonfler artificiellement ses ressources, pour les comptes extérieurs, c’est un autre cas de figure. Le déficit de la balance commercial, l’absence d’investissements directs étrangers et la faiblesse des transferts de la diaspora algérienne ne favorisent pas une évolution favorable du compte courant.

Les autorités algériennes, ne pouvant pas agir sur ce déséquilibre des comptes extérieurs, hormis en réduisant drastiquement les importations, même s’il faut affamer la population, comme c’est le cas avec les nombreuses pénuries qui sont liées à cette politique de réduction coûte que coûte de la facture des importations et donc des sorties de devises, devront malheureusement vivre la poursuite de la chute de leurs avoirs en devises. D’ailleurs, les autorités monétaires algériennes communiquent très peu cette année sur le niveau réel de ses avoirs.

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Une chose est sure, les déficits jumeaux –déficit budgétaire et déficit de la balance des opérations courantes- abyssaux risquent de se creuser encore cette année, malgré la lueur d’espoir offerte par le niveau actuel du cours du baril de pétrole. 

Du coup, l’endettement extérieure reste la seule alternative crédible pour l’Algérie. Seulement, dans le contexte actuel, les autorités ne veulent pas retomber dans les mains du FMI avec une batterie de réformes structurelles et leurs lourdes conséquences sociales à la clef.
Le 20/04/2021 Par Moussa Diop