Libye: plainte à la CPI après la mort des migrants ayant dérivé 11 jours durant

DR

Le 06/12/2018 à 07h57, mis à jour le 06/12/2018 à 08h09

Une ONG a demandé mercredi à la Cour pénale internationale d'enquêter sur le "crime" des organismes européens engagés au large de la Libye, où 15 migrants sont morts après avoir dérivé 11 jours sans que personne intervienne.

L'ONG allemande Mission Lifeline "accuse Frontex et Eunavfor Med de crimes contre l'humanité et appelle la Cour pénale internationale à enquêter", a annoncé son fondateur Claus-Peter Reisch sur Twitter.

Ces deux agences européennes "disposent de navires militaires, de satellites, d'avions de reconnaissance qui couvrent toute cette zone. Ils avaient les moyens de voir que ces réfugiés étaient en détresse. Mais ils n'ont rien fait, ils les ont laissés mourir, ça s'appelle un crime", a expliqué à l'AFP un porte-parole de l'ONG, Axel Steier.

Partis de Sabratha, à 70 km à l'ouest de Tripoli, 25 migrants qui tentaient de rejoindre les côtes italiennes ont été emportés par le courant et ont dérivé 11 jours sans eau ni nourriture, avant de chavirer au large de Misrata, à 270 km plus à l'est, puis d'échouer lundi soir sur une plage, selon le Croissant rouge libyen.

Seuls dix d'entre eux, dont deux femmes, ont survécu, dans un état de grave déshydratation. Après les premiers secours, ils ont aussitôt été conduits dans un centre de détention à Misrata.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a précisé dans un communiqué que quatre d'entre eux "requérant des soins médicaux d'urgence" avaient été "transférés dans un hôpital privé à Tripoli".

D'autres voix se sont élevées mercredi pour réclamer un renforcement des secours au large de la Libye, où au moins 1.267 migrants sont morts ou ont disparu cette année, selon un comptage de l'OIM, malgré une baisse drastique des départs.

"Sauver les vies en mer est une priorité", a insisté Flavio Di Giacomo, le porte-parole de l'OIM en Italie.

"Nous continuons à plaider en faveur de solutions alternatives à la détention pour les migrants renvoyés sur les côtes libyennes, en particulier pour les personnes les plus vulnérables", a déclaré le chef de mission de l'OIM en Libye, Othman Belbeisi.

"L'absence de mécanismes permettant de mieux gérer les retours, associée à une capacité réduite de recherche et de sauvetage en mer, rend la traversée de plus en plus dangereuse pour les migrants", a déploré M. Belbeisi.

Selon lui, les migrants ont moins de chance de survivre en mer qu'il y a un an. "Ceci est inacceptable. Sauver des vies en mer doits être la priorité numéro un et les opérations de recherche et sauvetage doivent manifestement être renforcées", a-t-il ajouté dans un communqué.

"Des rapports de plus en plus alarmants confirment ce dont les équipes de l'Aquarius ont été témoins : les capacités de recherche et de secours sont insuffisantes et les embarcations en détresse sont ignorées", a dénoncé Médecins sans frontières (MSF).

"Pendant ce temps, les bateaux civils de sauvetage sont entravés dans leur mission par des attaques politiques ciblées", a rappelé SOS Méditerranée, dont le navire l'Aquarius, affrété avec MSF, est bloqué à Marseille faute de pavillon.

Le Lifeline, principal navire de Mission Lifeline, est pour sa part bloqué à La Valette, également pour des questions administratives.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 06/12/2018 à 07h57, mis à jour le 06/12/2018 à 08h09