Le rapport de l’AIE souligne que les investissements énergétiques en Afrique devraient augmenter de 11% en 2026 pour atteindre 110 milliards de dollars. Malgré cette progression, le continent ne représente encore que 3% des investissements énergétiques mondiaux alors qu’il abrite un cinquième de la population de la planète.
Ce décalage traduit l’ampleur des besoins encore non satisfaits. D’après le document, tandis qu’environ un milliard de personnes n’ont toujours pas accès à des solutions de cuisson propres.
Le rapport montre ainsi que la question énergétique africaine ne relève pas uniquement de la transition climatique. Elle demeure avant tout un enjeu de développement économique, d’industrialisation et d’inclusion sociale. L’accès à l’énergie continue de conditionner la capacité des économies africaines à attirer des investissements productifs, à développer des chaînes de valeur locales et à soutenir la croissance démographique urbaine.
En chiffres, l’énergie d’Afrique en 2026
| Indicateurs africains | Valeur |
|---|---|
| Investissements énergétiques totaux | 110 milliards de dollars |
| Part du total mondial | 3% |
| Population mondiale représentée par l’Afrique | 20% |
| Personnes sans accès à l’électricité | 590 millions |
| Personnes sans accès à une cuisson propre | 1 milliard |
| Investissements dans l’énergie propre | Près de 50 milliards de dollars |
| Progression des investissements énergétiques en 2026 | +11% |
Source : AIE, World Energy Investment 2026
Cette réalité explique pourquoi les combustibles fossiles continuent de dominer les investissements énergétiques du continent. Selon l’AIE, la progression attendue des dépenses en 2026 repose largement sur le renforcement des investissements dans l’approvisionnement en hydrocarbures.
L’analyse régionale du rapport montre toutefois une transformation profonde de la géographie pétrolière africaine. Les investissements amont ont atteint 37 milliards de dollars en 2025, contre 68 milliards en 2016.
Les grands producteurs historiques conservent une position dominante. L’Algérie, l’Angola, l’Égypte, le Nigeria et la Libye concentrent à eux seuls 70% des investissements et 80% de la production africaine.
Pourtant, le rapport relève que les capitaux investis dans ces cinq producteurs ont été divisés par deux en moins d’une décennie, passant de 50 milliards à 25 milliards de dollars. Cette évolution traduit une perte relative d’attractivité des actifs matures et un déplacement progressif des investissements vers de nouvelles zones de production.
L’émergence de nouveaux producteurs redessine la carte énergétique
Ce mouvement profite à plusieurs pays qui n’étaient pas traditionnellement au centre de l’industrie énergétique africaine.
Le document précise que les investissements au Mozambique, en Namibie, au Sénégal et en Ouganda sont passés de 1,5 milliard de dollars en 2016 à 5 milliards de dollars en 2025.
Cette hausse intervient alors même que leur production actuelle demeure limitée. Selon l’AIE, les investisseurs misent sur le développement de projets fortement capitalistiques, notamment dans le gaz naturel liquéfié et l’offshore profond.
Cette dynamique révèle une transformation importante du secteur énergétique africain. Les capitaux ne se dirigent plus uniquement vers les producteurs établis. Ils cherchent désormais à sécuriser de nouvelles ressources dans un environnement mondial marqué par les préoccupations de sécurité énergétique et de diversification des approvisionnements.
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Toutefois, le rapport rappelle que les budgets publics limités de plusieurs pays producteurs réduisent la capacité des compagnies nationales à financer seules ces développements. Le Mozambique et le Sénégal figurent parmi les exemples cités où le recours aux partenariats internationaux devient indispensable.
Parallèlement aux hydrocarbures, les minerais critiques s’imposent progressivement comme un nouveau moteur d’investissement.
L’AIE indique que la part de l’Afrique dans les investissements mondiaux liés aux minerais critiques est passée de 14% à 19% au cours de la dernière décennie.
Les dépenses consacrées aux nouveaux projets miniers ont doublé, passant d’environ 3,5 milliards de dollars en 2016 à plus de 7 milliards de dollars en 2024.
Plus de 90% de cette croissance concerne le cuivre, avec une forte concentration en République démocratique du Congo, au Maroc et en Zambie. Le lithium commence également à attirer davantage de capitaux. Les investissements dans ce segment ont atteint 28 millions de dollars en 2024, soit un niveau 2,5 fois supérieur à celui observé en 2023.
Cette évolution reflète le rôle grandissant de l’Afrique dans les chaînes d’approvisionnement mondiales liées aux batteries, aux véhicules électriques et aux technologies bas carbone.
Transformation locale, le défi principal
L’intérêt croissant pour les minerais critiques ne garantit toutefois pas une montée en puissance industrielle du continent.
Le rapport précise que treize pays africains ont instauré depuis 2023 des restrictions ou interdictions d’exportation sur certains minerais critiques afin de favoriser leur transformation locale.
Pour autant, les investissements dans le raffinage progressent beaucoup plus lentement. Ils n’ont atteint que 2,5 milliards de dollars en 2024 après une décennie de croissance modérée.
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Selon l’AIE, plusieurs obstacles empêchent encore le continent de capter une plus grande part de la valeur ajoutée industrielle : pénurie d’eau, déficits électriques, insuffisance des infrastructures et manque de compétences spécialisées.
Cette observation constitue l’un des enseignements majeurs du rapport. L’enjeu africain n’est plus seulement l’extraction des ressources, mais leur transformation industrielle afin de créer davantage de valeur, d’emplois et de revenus domestiques.
Les énergies propres gagnent du terrain
Si les hydrocarbures demeurent dominants, le rapport souligne également une accélération des investissements dans les technologies à faibles émissions.
Les dépenses consacrées à l’énergie propre ont progressé de 17% entre 2024 et 2025 et devraient approcher 50 milliards de dollars en 2026.
L’investissement dans la production électrique bas carbone, principalement solaire et nucléaire, représente désormais 90% des investissements dans les nouvelles capacités de production électrique du continent. Cette part a été multipliée par 3,5 en dix ans.
Le rapport met également en avant l’accélération des importations de panneaux solaires. Quinze pays africains ont enregistré des importations record de plus de 400 millions de dollars au premier trimestre 2026, contre 650 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2025.
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Cette tendance illustre une volonté croissante de réduire la dépendance aux carburants importés tout en répondant à des besoins énergétiques en forte croissance.
Le rapport indique que les investissements dans ce segment ont progressé de 50% entre 2024 et 2025 et pourraient tripler en 2026. Le parc africain de véhicules électriques est passé de 4.000 unités en 2020 à 130.000 en 2025.
L’Afrique de l’Est apparaît comme la région la plus dynamique. L’Éthiopie, le Kenya et le Rwanda multiplient les mesures destinées à accélérer l’adoption de véhicules électriques.
Le document souligne également que les start-up africaines de la mobilité électrique ont attiré 115 millions de dollars de capital-risque en 2025, soit plus du double de la moyenne observée au cours des quatre années précédentes. L’AIE décrit une Afrique engagée dans une transformation énergétique réelle mais encore incomplète. Les investissements progressent, de nouveaux producteurs émergent, les minerais critiques attirent davantage de capitaux et les technologies propres gagnent du terrain.
