Jamais la Côte d’Ivoire n’avait importé autant d’engrais. Et jamais les cartes n’avaient été aussi favorables à ceux qui les vendent, les distribuent ou les utilisent.
Avec 789 500 tonnes importées en 2025, la Côte d’Ivoire a pulvérisé son précédent record de 613 527 tonnes (2023), selon les données du Centre international de développement des engrais (IFDC). Derrière ce bond de 38% sur un an, tous les maillons de la chaîne ne sont pas logés à la même enseigne. L’analyse des flux, des prix et des filières agricoles permet d’identifier quatre catégories d’acteurs qui captent l’essentiel des retombées économiques de cette dynamique.
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Commençons par les importateurs et distributeurs locaux, premiers bénéficiaires en volume. La détente des prix internationaux depuis 2023 a offert une fenêtre d’opportunité exceptionnelle à ces opérateurs. Comme le souligne le rapport de l’IFDC, «cette amélioration des conditions d’approvisionnement a permis aux importateurs de constituer d’importants stocks et de mieux répondre aux besoins du marché national».
Traduction concrète: des achats massifs à des coûts maîtrisés, puis une revente sur un marché intérieur en pleine expansion. La consommation apparente a grimpé de 41% pour atteindre 593 107 tonnes, un volume directement absorbé par le réseau local. Même si les marges unitaires restent sous pression concurrentielle, la hausse des volumes compense largement. Les distributeurs qui ont su sécuriser des approvisionnements dès 2024 sortent grands gagnants.
Seconde catégorie de bénéficiaires: les fournisseurs internationaux, portés par une demande record. La Côte d’Ivoire, dépourvue de production primaire d’engrais, dépend entièrement des importations. Le volume record de 789 500 tonnes fait du pays une destination stratégique pour les producteurs mondiaux d’urée, de NPK et autres fertilisants. Ces fournisseurs, souvent des multinationales ou des négociants basés au Maghreb, au Moyen-Orient ou en Europe, voient dans le marché ivoirien un relais de croissance majeur en Afrique de l’Ouest.
Parmi ces fournisseurs l’on trouve l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), qui dispose d’une présence opérationnelle en Côte d’Ivoire via sa filiale OCP Africa, à travers laquelle il écoule des engrais et déploie des programmes agricoles dans le pays.
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L’urée représente à elle seule environ 20% de la consommation apparente, soit près de 120 000 tonnes. Une manne qui, en 2025, s’est négociée dans un contexte de prix encore relativement bas, mais avec des volumes en forte hausse.
Viennent ensuite les acteurs de la filière cacao, dopés par le prix bord champ. Le lien est direct: la hausse du prix garanti du cacao, passé de 1 800 FCFA/kg en 2024 à 2 800 FCFA/kg en octobre 2025, a mécaniquement renforcé la capacité d’investissement des planteurs. L’IFDC note que cette amélioration «a contribué à accroître les revenus des producteurs et à favoriser davantage d’investissements dans l’utilisation des engrais».
Les coopératives, les acheteurs et les exportateurs de cacao profitent également d’une production mieux fertilisée, donc potentiellement plus abondante et de meilleure qualité. Le cacao et le coton ont absorbé ensemble plus de 287 250 tonnes d’engrais, soit près de la moitié de la consommation apparente. Un cercle vertueux pour la première culture d’exportation du pays.
Quatrième catégorie: les acteurs des filières du cacao et du coton, bénéficiaires économiques silencieux mais solides. Ils ont absorbé ensemble plus de 287.250 tonnes d’engrais, soit près de la moitié de la consommation apparente enregistrée en 2025.
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A côté du cacao, la filière cotonnière apparaît comme l’autre grand moteur de la demande intérieure. Les sociétés cotonnières, qui fournissent généralement les intrants à crédit aux producteurs, ont vu leurs programmes de distribution d’engrais monter en puissance.
La hausse de la consommation apparente est de 41%. Le coton, culture exigeante en fertilisants, a contribué de manière significative à l’absorption des volumes importés. Pour ces acteurs, la sécurisation des approvisionnements en 2025 a été un enjeu central, et ceux qui ont anticipé la demande en sortent renforcés.
Reste que cette dynamique pourrait se heurter à un mur en 2026. La Banque mondiale prévoit une hausse de plus de 30% des prix mondiaux des engrais, tirée par les perturbations du transport maritime au Moyen-Orient. L’urée pourrait atteindre 675 dollars la tonne, soit près de 60% de plus qu’en 2025.
Pour les quatre catégories de bénéficiaires identifiées, le défi sera de maintenir les volumes sans sacrifier les marges, ou de répercuter la hausse sur des producteurs dont les revenus, pour le cacao, restent soumis à la volatilité des cours mondiaux.
